Pow-Wow …

 

J’aime passionnément le Nouveau Monde.

 

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Comme le regretté Yves Berger, je me qualifie volontiers de « Fou d’Amérique ». Sans son talent, hélas.

Comme lui, mon enfance, bercée de Jack London et de James Fenimore Cooper, m’a inspiré une « passion du Nouveau Monde » qui ne m’a jamais quitté. Grâces soient rendues à ma mère, attentive et visionnaire, pour m’avoir donné en me faisant lire ces auteurs le goût des grands espaces et de l’ailleurs. Et un hommage au passage à un autre auteur contemporain qui m’est également cher: Jean Raspail, qui dans sa jeunesse remonta en canoë pendant un an le Saint-Laurent, les Grands Lacs et le Mississipi de Québec à La Nouvelle Orléans sur les traces des « Voyageurs » de la fourrure et qui s’est auto-désigné avec humour il y a quelques années « Consul » en France de la Patagonie qu’il a parcouru de long en large.

J’ai longtemps vécu en Amérique, j’y ai moi aussi beaucoup voyagé, du Nord au Sud jusqu’à la Terre de Feu et au cap Horn. J’y ai passé quinze ans de ma vie professionnelle dans cinq pays différents. J’ai eu d’assez nombreux contacts avec les Indiens d’Amérique latine, en particulier en Amérique centrale et en Amazonie.

Mais je n’avais jamais eu l’occasion d’approcher vraiment les « Indiens » d’Amérique du Nord, ceux qu’on a désormais décidé d’appeler (politiquement correct oblige) « autochtones », « première nations » ou autres « amérindiens », alors que le nom d’ Indiens que nous leur donnions jusque là convenait parfaitement et ne supposait, que je sache, aucune idée « discriminatoire » . Et Yves Berger, s’il était encore là, ne me contredirait pas. Mais passons…

Je n’avais eu qu’un très bref contact de quelques heures avec un petit groupe de la tribu des Kutenai lors d’une mission au Centre des Arts de Banff, dans les Montagnes Rocheuses, pendant mon séjour au Canada. Ils étaient à peine une demi-douzaine, venus rencontrer les chercheurs en sciences humaines du Centre, et, entre deux séances d’interviews, m’avaient invité à partager avec eux, au beau milieu d’un studio d’enregistrement, une « danse de la pluie » qui m’avait beaucoup impressionné, ne serait-ce que par la sonorité profonde et envoutante du tambour et la monotonie répétitive de leurs chants d’accompagnement.

 

J’ai donc profité de deux mois de solitude à Ottawa l’été dernier pour tenter d’approfondir (un tout petit peu) ma connaissance du monde amérindien.

Mes photos datent de Juin 2017, elles ont été prises au Canada dans la province de l’Ontario et aux Etats-Unis dans les Etats de New-York State et du Vermont lors de rencontres entre Chipewas, Cris, Iroquois, Ojibwés, Abenakis, Algonquins, Hurons, Mohawks et même Apaches.

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Les « Pow-Wow »:

Ces rencontres sont une bonne occasion d’approcher en particulier la nébuleuse des Indiens des Plaines.

Comme on le sait, les tribus étaient le plus souvent nomades avant l’arrivée des Européens et ont été artificiellement séparées par les frontières imposées par la colonisation. Elles ont donc pris coutume de se retrouver à intervalles réguliers et organisent chaque année, de préférence en été, des rencontres tribales ou inter-tribales consacrées à leurs retrouvailles et à la célébration de leurs traditions et de leurs croyances.

Ces « Pow-Wow », se déroulent généralement sur le territoire d’une réserve qui accueille pour l’occasion les membres de plusieurs autres tribus ayant pu faire le voyage. Il peut arriver de façon exceptionnelle que des tribus indiennes d’Amérique latine soient également représentées.

Ces cérémonies, très spectaculaires par la beauté des costumes et des danses, revêtent également pour les participants une grande valeur spirituelle et sont soumises à des règles institutionnalisées par la coutume tribale. Elles durent généralement trois jours et ont lieu en plein air, sur un terrain obligatoirement de forme circulaire au milieu duquel sont installés les grands tambours de peau de buffle qui rythmeront  les différentes phases du  Pow-Wow.

Un « feu sacré » est allumé par le « medecine man » au tout début de la réunion et devra être alimenté, sans jamais s’éteindre, pendant toute la durée du Pow-Wow. Celui-ci s’ouvre toujours par une cérémonie à fort contenu spirituel réglée par une étiquette très stricte.

Les représentants des différentes tribus présentes effectuent ensuite leur entrée  « officielle » et se livrent à la première danse sacrée, au cours de laquelle sont interdits photographie et vidéo.

La suite de la rencontre est d’une nature différente qui varie selon les cas: si toutes sont l’occasion d’échanges d’information entre responsables des communautés, certaines sont proclamées « apolitiques » mais d’autres au contraire donnent lieu, dans la  dignité et le calme comme il sied, à des déclarations ou revendications adressées par les représentants des tribus au(x) gouvernement(s) concernés.

La partie la plus animée et pittoresque du Pow-Wow se déroule ensuite. Il s’agit essentiellement de concours de danses traditionnelles, que se dédient successivement les unes aux autres les différentes tribus présentes:  le jeu de la courtoisie aidant, les danseurs vont effectuer, pratiquement sans discontinuer, dans la chaleur moite de l’été, des figures et des pas recherchés au son lancinant des chants traditionnels et des grands tambours, chacun fortement martelé par plusieurs musiciens.  Le soir, les danses et les chants continuent parfois à la lueur de grands feux dans cette ambiance sonore assez obsessionnelle.

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Chacune de ces cérémonies a sa personnalité propre, en fonction des tribus représentées, des moyens mis en oeuvre (et étroitement liés à la situation financière des tribus ) et du but de la réunion. Certains existent depuis plus de trente ans, d’autres ont à peine quelques années d’expérience et leur « renommée » n’est pas encore bien établie.

A Pikwakanagan, au lac Scugog et à Midland en Ontario, l’atmosphère était à la fête dans un environnement assez favorisé car le gouvernement canadien apporte une aide assez significative aux autochtones. Plusieurs centaines de « danseurs » étaient venus, et plusieurs milliers de visiteurs.

 

Celui de Big Indian, dans le Vermont, réunissait en revanche moins de cinquante personnes autour d’une poignée d’anciens « vétérans » très nostalgiques car l’armée reste pour nombre d’hommes amérindiens la voie la plus directe vers une stabilité et une reconnaissance sociale qui leur sont encore trop chichement accordées. Et le motif de la réunion était de surcroît un hommage à  » Spirit of the Earth », un « grand ancien » récemment disparu. Ce fut évidemment le plus émouvant.

J’ai cependant trouvé un point commun à ces quatre réunions: j’y ai croisé des hommes et des femmes attentifs à leur culture et leur spiritualité d’origine. Ce sont des citoyens « modernes » et dans leur siècle: tous arrivent au Pow-Wow en 4X4 avec leurs jeans, leur T-shirt et leur iPhone en poche et on aurait bien du mal à les distinguer dans un supermarché. Mais ils conservent un jardin secret, celui d’une vraie appartenance, alors que nous nous perdons dans un anonymat peu à peu interchangeable et délétère. Tous mes interlocuteurs m’ont frappé par leur foi dans leur identité, – identité pourtant quelque peu malmenée et méprisée depuis des siècles, et par leur force d’âme, à la fois nostalgique et vivifiante. Une confiance qu’ils cherchent à communiquer à leurs enfants, comme le montre le nombre de jeunes et de très jeunes qui prennent une part très active aux manifestations.

J’ai passé parmi ces gens attachants, très accueillants et joviaux malgré leurs problèmes, des heures marquantes et j’ai la ferme intention de persister lors de mes futurs voyages. Les énormes distances à parcourir sur ce continent de l’hyperbole en valent la peine.

Les organisateurs m’ont d’ailleurs confirmé que leurs rencontres annuelles connaissent un succès grandissant auprès du public « non-indigène », peut-être inconsciemment séduit, en nos temps de « globalisation » forcenée, par ces exemples de fidélité et de continuité. Bien au delà de clichés bariolés et séduisants pour le voyageur ou le photographe, les Amérindiens et leurs Pow-Wows ont peut-être une leçon à nous enseigner sur la perte de sens et de substance de nos sociétés atomisées et à notre individualisme atone d’enfants gâtés.

 

Le deuil de « Spirit of the Earth » au Vermont:

 

 

 

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A toutes fins utiles, un calendrier des Pow-Wow au Canada :

https://www.beadeddreams.ca/pages/pow-wow-schedule

Et aux USA:

https://calendar.powwows.com/pow-wows-map/

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