Quatre saisons à Ottawa…

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Au jeu (quelque peu opaque) des affectations à l’étranger, le Quai d’Orsay m’envoya en 1994 au Canada alors qu’on m’avait promis Washington. Il serait malhonnête de prétendre que je n’étais pas un peu déçu: notre ambassade aux Etas-Unis reste notre poste le plus prestigieux.

Mais ce n’était certainement pas un drame: le Canada était également une destination très enviable.  Je m’inquiétais seulement, comme tout le monde, des rigueurs du fameux hiver canadien, et surtout, si j’avais quelques notions de la vie à Montréal, Québec ou Toronto, la capitale Ottawa, à l’époque peu fréquentée par le tourisme, demeurait  pour moi un épais mystère…

Or, ce fut une « divine surprise » ! Après des séjours dans des métropoles agitées comme Jakarta, Londres ou Madrid et bien entendu Paris, je n’aurais pu rêver mieux. Cette affectation fut en fait ma rencontre avec la ville de mes rêves.

L’écrivain Alphonse Allais professait avec humour à la belle Epoque qu’il fallait                  « construire les villes à la campagne, car l’air y est plus sain ». Ottawa est l’incarnation même de sa boutade.

C’était quand j’y arrivai une agglomération d’à peine 700.000 habitants avec ses villes satellites. Un lieu sans industries, sans pollution, sans embouteillages, où circuler en  voiture était une promenade et où assez nombreux ceux qui l’hiver se rendaient à leur bureau à ski ou en patin à glace, et l’été…en bateau.

Je découvris donc une ville à taille humaine, sans angoisses, très sûre, où tout le monde vous souriait, où le contact avec la nature et ses créatures, parfois mêmes les plus farouches, était hautement préservé et quasi quotidien. Une ville-jardin, au confluent de trois cours d’eau importants, pourvue de plusieurs lacs, de pelouses infinies, à proximité immédiate d’immenses parcs naturels et d’une myriade d’autres lacs au milieu des forêts; un lieu changeant complètement de personnalité au gré des saisons, chacune lui apportant un cachet très marqué.

Une ville de silence et de calme extrêmement bien dessinée et organisée pour la facilité du quotidien et qui permettait de consacrer toute son énergie à l’essentiel. Un lieu sans pertes de temps inutiles, favorisant la réflexion la concentration , mais aussi l’épanouissement personnel, moral comme physique, sans être pour autant coupé de la vie culturelle ou artistique nationale et internationale. Précisons d’emblée que, avec certes quelques évolutions dont je dirai plus loin un  mot, ces caractéristiques demeurent inchangées au moment de cet article.

Bref, un lieu d’exception.

Je vais tenter, avec succès j’espère, de vous faire partager ce sentiment …

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Le blason d’Ottawa

 

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Commençons par le commencement:

Ottawa, une capitale « Ex Nihilo »….

Au confluent de deux importantes rivières et au milieu des forêts, Ottawa n’était au milieu du XIXème siècle qu’un rendez-vous épisodique de troc entre tribus indiennes, sans habitat permanent. Et d’ailleurs, en langue algonquine, Ottawa signifie « lieu où l’on fait es échanges« . Après l’installation d’une famille de colons irlandais à partir de 1826, l’endroit devint un minuscule établissement de traite des fourrures et de flottage de bois vers l’aval, en direction des scieries de Montréal et du Bas Canada.

 

Pourquoi alors aller bâtir la future Capitale Fédérale  sur ce bout de terre à demi-inconnu? Lorsqu’en Décembre 1857choisit ce lieu perdu pour y édifier la future capitale fédérale du Dominion canadien, ce ne fut certes pas du tout par souci poétique ou naturaliste, mais bien par des choix très politiques.

Victoria avait trois problèmes à résoudre :

–  elle entendait mettre fin une fois pour toutes à la féroce concurrence opposant MontréalTorontoQuébec et Kingston, ayant toutes déjà joué dans la jeune histoire du Canada un rôle important et estimant de ce fait être la capitale « naturelle » du Dominion britannique,

– elle devait également neutraliser ou tout au moins appaiser le conflit linguistique et culturel entre Toronto, la cité des anglophones, et Montréal, celle des francophones, qui prétendaient chacune au titre de dépositaire du pouvoir central.

– elle était enfin confrontée à des considérations stratégiques: après le conflit de 1812-1815 entre les Etats-Unis récemment émancipés (1776) et le Canada appartenant encore à l’Angleterre, on souhaitait que la future capitale soit aussi éloignée que possible de la frontière entre les deux pays.

 

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Le premier campement de la future Ottawa , dessin par le Colonel John By.

 

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Le monument canadien à la guerre anglo-américaine de 1812-1815

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Ottawa aujourd’hui.

Ottawa est assez peu fréquentée par les touristes pressés, qui lui préfèrent Montréal, Toronto ou Vancouver, très grandes villes bien entendu plus riches en distractions. Un journée au maximum pour arpenter à toute allure les monuments « incontournables » recommandés par les guides, et les voilà repartis; à leur décharge, il est certain qu’Ottawa ne se livre pas du premier coup, et qu’elle est davantage une ville à vivre qu’à visiter.

Mais, « first things first », comme on dit du côté anglophone de la Rivière Ottawa, commençons tout de même par le « tour des touristes »…d’autant qu’il en vaut largement la peine !

La Colline du Parlement ( Parliament Hill )

 

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La « Colline du Parlement » est le coeur de la capitale fédérale. C’est ici le périmètre originel de la ville, telle que la voulurent ses fondateurs, sur une sorte de plateau dominant la rivière où on trouve, à quelques centaines de mètres à peine les uns des autres, dans leur style gothique et néogothique, le Parlement Fédéral et sa superbe Bibliothèque, la Cour Suprême, les Archives, la Cathédrale, la grande gare d’Union Station et le fameux Hôtel-Château Laurier, le Musée des Beaux-Arts du Canada, et enfin un peu en contre-bas le marché en plein air de Byward Market, dont les guides affirment qu’il est « le seul marché à ciel ouvert d’Amérique du Nord ».

 

Le Parlement Fédéral du Canada

Chaque Province du Canada possède son propre parlement. Mais les habitants d’Ottawa sont à juste titre fiers de « leur » Parlement Fédéral. L’ensemble est imposant mais harmonieux, spacieux, érigé sans souci d’espace disponible, comme tout dans ce pays. L’architecture s’inspire évidemment de celle de son « confrère » britannique et on ne saurait s’en étonner

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So British !….

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Le Sénat

Devant le Parlement, une immense pelouse très britannique elle aussi. Elle est pour les « Outaouais » le lieu de multiples occasions de se retrouver dans l’atmosphère détendue mais courtoise qui est la marque de la ville. On y célèbre chaque année, entre autres,  la Fête Nationale du Canada ainsi que l’anniversaire officiel de la Reine Elisabeth II, actuel chef de l’Etat. Ce sont des évènements où l’on aime se rendre en famille, le plus souvent habillé de rouge et de blanc, les couleurs nationales, dans une ambiance de communion collective que d’autres pays ont parfois oubliée…

Mais l’esplanade, sorte de forum moderne, est aussi au fil des saisons le lieu d’évènements plus « festifs »et le centre de nombreuses activités auxquelles les habitants sont particulièrement attachés. L’été, le clocher, qui a un musicien attitré payé par la Couronne, offre régulièrement de remarquables  concerts de carillons très fréquentés.

 

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Une grande séance de yoga en plein air sur le gazon du Parlement. On imagine assez mal ce genre de chose sur la place de la Concorde…

La Bibliothèque du Parlement présente un intérêt esthétique tout particulier par sa forme circulaire et ses collections; architecture, mobilier et parquets remarquables en font une des très belles bibliothèques du monde.

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Entre le Château Laurier  et le Parlement, le Monument aux Morts du Canada nous rappelle, à nous, Français, que près de 112.000 soldats de ce pays pourtant si paisible tombèrent sur les champs de bataille de 1914-18 et 1940-45 pour délivrer l’Europe de ses démons.

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Le monument aux morts et le Château Laurier

D’autres démons se réveillent hélas à présent: en Octobre 2014, un soldat canadien qui montait la garde au pied de ce « War Memorial » fut  assassiné par un terroriste islamiste qui entra ensuite dans le Parlement à quelques dizaines de mètres de là et soutint une fusillade avec les gardes avant d’être abattu. Deux jours auparavant, un autre soldat canadien avait été volontairement tué à Saint-Jean de Richelieu au Québec par une voiture conduite par un autre terroriste islamiste.

De quoi rappeler à nos démocraties trop oublieuses que la liberté et la sécurité ne doivent jamais être tenues pour acquises mais sont le résultat d’une vigilance et d’une lutte quotidiennes…

 

La Basilique Notre Dame, construite entre 1841 et 1858. 

Une construction « Néo-Gothique » dont l’extérieur sobre contraste fortement avec le décor intérieur, qui ne laisse pas indifférent. La taille de la nef centrale et son acoustique sont au demeurant propices à l’organisation de concerts d’envergure.

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– La gare du « Transcanadien »

Toujours près du Parlement, deux monuments emblématiques de l’immensité canadienne me tiennent particulièrement à coeur: l’ex-gare du Chemin de Fer Transcanadien  et son « hôtel-étape » , le Château-Laurier, qui figurent parmi  les premiers jalons de la « Conquête de l’Ouest » canadienne.

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L’ancienne « Union Station »

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Comme aux Etats-Unis, le rail fut ici le premier trait d’union entre les gigantesques étendues du pays: construit en plusieurs étapes, le réseau finit par rejoindre l’Atlantique au Pacifique.

Comme aux Etats-Unis et peut-être plus encore, cette aventure technique et humaine témoigna de la volonté de bâtir une nation; il faut se souvenir que la Colombie Britannique avait soumis son adhérence à la Fédération canadienne à la construction d’un lien transcontinental.

Bien qu’elle n’ait pas bénéficié de l’intérêt d’Hollywood, cette épopée vaut bien celle des trains américains; je recommande entre autres le site (en anglais) du  journaliste-voyageur Bob Fisher:

https://robefish.wordpress.com/2013/12/11/chateaux-in-canada-the-great-railway-hotels/

Ainsi que l’ouvrage de Tom Murray   » Rails across Canada » (2011)

 

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A chaque grande étape de la construction, qui fut menée par des entreprises privées et parfois subventionnées, furent érigés, côte à côte, une gare monumentale, ainsi qu’un château-hôtel de vastes proportions et de belle architecture pour ceux qui entreprenaient cette gigantesque traversée  (le Canada fait plus de 5.500 km en ligne droite de l’Atlantique au Pacifique). Les plus fameuses de ces étapes sont le « Château Frontenac devenu le symbole même de Québec, le « Château Laurier d’Ottawa, le « Château Montebello, le plus grand édifice en tronc d’arbres jamais construit et dont je parle plus loin, le Château Lake Louise dans les Rocheuses et ainsi de suite jusqu’à Vancouver…

A Ottawa, ‘Union Station » a depuis longtemps été « exfiltrée » vers l’extérieur de la ville et  son ancien bâtiment transformé en palais des Congrès pour le Sénat. Tribu payé au modernisme et à l’aménagement urbain…

Heureusement, son pendant le « Château Laurier » a conservé ses fonctions hôtelières et y a ajouté des activités culturelles de haut niveau. Il est même devenu le siège des studios de Radio-Canada pour la région. On peut y goûter, dans le faste un peu surrané de ses magnifiques salon, une parcelle de ce que fut la « grande époque »…

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Le Château-Laurier

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Sir Winston mais aussi bien d’autres hommes d’Etats ont été les hôtes du Château Laurier…

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Et puis enfin…le « Grand Sam » !…

Il ne s’agit bien sûr pas de John Wayne, mais, conformément à un de ces mauvais jeux de mots auxquels je ne sais pas résister, de l’immense…

Samuel de Champlain

Nos amis anglophones ont réservé une place de choix dans la scénographie emblématique de la Colline du Parlement au souvenir de celui qui, « transportant » notre culture vers cette partie du monde, y créa la « Nouvelle France ». Ils lui ont érigé, sur un autre promontoire faisant pendant au Parlement, une statue monumentale qui domine la Rivière Ottawa. Sa silhouette résolument tournée vers l’Ouest évoque avec force les rêves que suscitèrent l’immense continent s’ouvrant à l’Ancien Monde.

 

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Soutenu par Henri IV et Richelieu, Champlain (1567-1635) , originaire de la Saintonge, fut tout à la fois soldat, navigateur, explorateur, géographe et cartographe. Il  a fondé Québec en 1608. En 1613, il a exploré la rivière des Outaouais (Ottawa River). La statue commémore le 300e anniversaire du son second voyage sur cette rivière des Outaouais. Elle est érigée à l’endroit même où il aurait fait son observation solaire lors de son expédition de 1615. Un grand compatriote dont trop souvent aujourd’hui les (jeunes) Français ignorent presque tout: nous savons bien qu’aux yeux de beaucoup, les découvreurs et les conquérants sont aujourd’hui passés de mode, voire suspects et sujets de repentir…

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Il faut monter les quelques marches qui mènent au promontoire: depuis le pied de la statue, la vue offre un avant-goût de l‘immensité et de la forte personnalité de ce pays: d’Est en Ouest, le cours puissant de la rivière, couverte de voiliers l’été et d’une grande épaisseur de glace l’hiver. Vers le Nord, par les escarpements et les innombrables lacs du Bouclier Canadien, des chemins encore assez peu fréquentés mènent par le Québec à la Baie d’Hudson. Derrière nous, vers le Sud, le majestueux Saint-Laurent sort du Lac Ontario et baigne la rive des Etats-Unis: tout cela, c’est l’AMERIQUE, qui fut pendant des siècles et demeure encore l’espoir des amoureux d’espace et de liberté.

http://www.francophoniedesameriques.com/blog/2015/04/22/statue-de-champlain-a-ottawa/

Et pour en savoir plus sur Jacques Cartier, Samuel de Champlain et la Nouvelle-France:

https://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france

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Le Parlement, la statue de Champlain, la Rivière Ottawa et de l’autre côté, le Québec avec les villes de Gatineau-Hull.

 

Pour mémoire, la « City », centre des affaires

Au bout de la grande esplanade gazonnée du Parlement commence la « City »,  le quartier des banques et du business dont il n’y a pas grand chose à retenir si ce n’est la sympathique Rue Sparks, piétonnière, ombragée et qui se remplit de la joviale foule canadienne lors des nombreux festivals  dont nous parlerons plus loin. On y trouve quelques bons pubs, restaurants et « food centers », comme partout en Amérique du Nord.

 

 

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Voilà. Fin de la visite guidée de la « Colline du parlement ».

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Et maintenant, Ottawa que j’aime…

1 – Ottawa, ville de charme et de culture…

Un mot sur les habitants de la « Capitale Nationale » et de sa région: car une ville pourra présenter tous les avantages du monde, elle ne sera rien sans l’amabilité de ses habitants. Peut-être plus encore qu’ailleurs au Canada, les habitants d’Ottawa et du Québec voisin , sans doute  du fait de leur qualité de vie exceptionnelle, sont avenants, disponibles, conviviaux.

Si vous voulez vous en assurer, allez donc  faire un tour au Marché By 

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Envie de vous distraire à regarder les passants en sirotant une bière, à bavarder avec vos voisins de table , encore inconnus deux minutes avant?  Besoin d’acheter de bons fromages venus d’Europe ou une charcuterie italienne « comme là-bas » ??? Pas d’hésitation, direction le « Marché By »  (Byward Market ),  le quartier le plus ancien et le plus vivant, où la bonne humeur règne sans partage.

Il porte le nom du Colonel John By, figure historique du Dominion et concepteur du Canal Rideau, voie d’eau stratégique construit par la Couronne pour protéger sa colonie des USA, indépendants depuis 1776 et qui voulaient « soustraire » leur voisin à la tutelle britannique.

De jour comme de nuit, c’est là que jeunes et moins jeunes se retrouvent, sans apparent « fossé générationnel », dans les nombreux pubs, cafés, restaurants, boutiques « in » et épiceries fines à proximité des lieux historiques et des grands musées de la capitale. Les soirs d’été, musiciens de rue et écossais en kilt bariolés équipés de leurs (redoutables) cornemuses s’y côtoient dans une atmosphère sympathique et de bon aloi, deux mots qui s’accordent parfaitement avec cette ville.

 

 

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Vous voulez changer d’atmosphère et profiter d’un peu d’exotisme le temps d’un repas ? A quelques tours de roue, voilà  « Little Italy » ou « China Town », où se côtoient dans l’harmonie les processions siciliennes et le jour de l’an chinois.

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…Et le soir, pourquoi pas un concert, un théâtre, un opéra?

Le Centre National des Arts voit défiler tous les grands du classique, les Théâtres de Verdure vous permettront d’entendre Goldoni sur fond d’oies qui cacardent au bord de la rivière, les nombreux festivals d’été, d’hiver et d’entre les deux vous attendent…

 

 

 

2 – Ottawa, ville dans la Nature

Je l’ai dit plus haut, Ottawa, c’est « la ville à la campagne« . Dès les années 1950, on a songé à limiter l’extension urbaine et à créer un pont naturel entre hommes et bêtes. Cela a donné la « Ceinture de Verdure« , dont le projet fut d’ailleurs confié à un spécialiste français.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ceinture_de_verdure

Il s’agit d’un réseau de zones forestières, de marais et de terrains incultes qui entoure l’agglomération, reliées entre elles et aux immenses forêts de la région, notamment celles du Québec, et permettant aux animaux , petits et grands, de circuler dans toute la zone habitée.

C’est ainsi qu’on peut, comme cela m’est arrivé, croiser une famille de ratons laveurs dans le parking sous-terrain de l’Opéra en plein centre-ville…

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La ceinture verte couvre pas moins de 205 kilomètres carrés. Il n’est pas rare d’y rencontrer la nuit ou au petit matin sur les boulevards extérieurs des cerfs de Virginie, voire un orignal , bestiole qui peut peser 800 kilos: de quoi encourager les automobilistes à une certaine prudence.

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En 1995, le propriétaire d’une maison de la périphérie immédiate de la ville, réveillé aux aurores par des sons étranges et des coups sourds, trouva dans sa piscine un orignal adulte qui avait dû y tomber en voulant boire; la bête furieuse bramait et ruait, incapable de se tirer seule de sa situation précaire. Il avait fallu l’endormir, puis un hélicoptère l’avait ramené au bout de sangles dans ses forêts natales…Quant au propriétaire, il ne lui restait plus qu’à réparer sa piscine sérieusement endommagée.

Une autre fois, on assista vers la mi-septembre, à une invasion soudaine d’ours bruns jusque dans des quartiers très proches du centre. On en dénombra une soixantaine qui déambulaient sans s’être fait tout de suite repérer. Du fait d’un été très sec, ils n’avaient pas trouvé cette année là dans les forêts autour de la capitale certain type de baies très riches en sucre dont ils se gavent avant  leur long jeune d’hiver. Qu’à cela ne tienne, ces braves bêtes avaient décidé d’aller se ravitailler dans les jardins de leurs voisins bipèdes!

Au terme d’une « corrida aux nounours » de plusieurs jours qui mobilisa la presse, les habitants, la police et les gardes forestiers, on les anesthésia tous, on les chargea dans des camions et on les retourna vers leur habitat naturel, avec en guise de viatique quelques tonnes de pommes et fruits variés destinés à éviter leur retour en ville…

Pas un ne fut abattu, of course, tout fut fait avec délicatesse…à la canadienne !

 

3 – Ottawa, ville de l’eau

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L’eau est l’ « élément naturel » par excellence d’Ottawa et de sa région:  plusieurs rivières et lacs en pleine ville et même des rapides navigables! Les voiliers, canoés, kayaks, et tout ce qui flotte ont à leur disposition une considérable étendue réservée aux seuls plaisanciers, puisque le « gros » trafic maritime commercial emprunte, lui, le cours du Saint-Laurent, qui coule à quelques kilomètres un peu plus au sud .

Et puis, l’eau est partout, jamais loin du regard. Elle baigne, si j’ose dire, la vie quotidienne, elle vous offre des plages urbaines l’été (des vraies, pas celles de « Paris-Plage !!!) et, avec le canal Rideau,  la plus longue piste de patinage rectiligne du monde (8 km)  en hiver…

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Enfin; comme de nos jours, nature ne rime plus du tout avec voiture, la « Commission de la Capitale Nationale », en charge de la Région Ottawa-Gatineau, a fait construire pas moins de 600 km de belles pistes cyclables goudronnées  qui serpentent entre les parcs, les lacs, les rivières de l’agglomération et bien sûr le centre-ville …Des  pistes parfaitement sûres, avec patrouilles à vélo et bancs pour le repos.

 

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Ottawa au rythme des saisons.

On entrevoit peut-être à présent pourquoi, je suis, comme on dit au Québec, « tombé en amour » avec cette ville, qui m’offrait un cadre privilégié à un moment où je n’en pouvais plus des vapeurs méphitiques, tant morales que physiques, des grandes métropoles (d’ailleurs, vous remarquerez que dans ce terme de « métropole« ; il y a « Métro », ce qui suffit, encore aujourd’hui, à me donner des frissons…). Je vous propose maintenant de partager mon expérience au fil d’une année.

1 – L’éruption du printemps…

Avec un hiver qui dure entre cinq et six mois, on attend avec impatience les premiers signes d’un renouveau…et on entend ne pas en perdre une minute car le printemps est court.

Le « coup d’envoi » de la belle saison est donné en Mars-Avril avec l’incontournable épisode de la « Cabane à sucre ». 

Durant l’été, « l’érable à sucre » fabrique des sucres par photosynthèse. Ces sucres sont transformés en amidon dans les racines pour y passer l’hiver.  Au printemps, cet amidon est retransformé en sucres afin de fournir l’énergie suffisante pour relancer le métabolisme de l’arbre et permettre sa croissance. Cette transformation attire l’eau du sol qui est pompée dans le tronc. Cette eau sucrée est appelée «eau d’érable ».

L’eau d’érable n’est donc pas de la sève. Celle-ci ne remonte par les racines que lorsque le métabolisme de l’arbre est relancé. L’arrivée de la sève et de son goût amer marque la fin de la récolte d’eau d’érable.

Dès que pointe le printemps, « l’eau d’érable » est recueillie par des trous percés dans le tronc. On la fait bouillir dans de grands récipients métalliques pour la faire évaporer et ce qui reste constitue le fameux  sirop d’érable. Il faut environ 40 litres d’eau d’érable pour 1 litre de sirop. Le fameux « sirop » est donc salué comme le retour de belle saison, comme les hirondelles chez nous.

Ceci donne lieu à un rituel et fort sympathique, cher aux familles: la sortie à la « cabane à sucre ». Quelque chose entre la guinguette et le refuge de montagne, avec quelques variantes plus luxueuses, mais méprisées des gens sérieux, la « vraie » cabane à sucre est mi-enfouie quelque part au fond d’une plantation d’érables (une érablière) dans une neige encore épaisse mais qui cède peu à peu la place à cette belle saison que chacun attend. C’est un lieu un peu mythique, chacun a ses préférences et peut faire de longs trajets pour aller goûter le sirop de tel ou tel producteur, comme on va ici chez le « petit vigneron » qu’on connaît depuis des années . On vous y assure une ambiance chaleureuse et festive, de bon aloi toujours, dont la tradition montre bien l’attachement profond des canadiens à leur nature et à leur culture.

On y déguste traditionnellement les « fèves au lard », c’est dire des flageolets accompagnés de saucisse, de lard salé, de ketchup et de mélasse. Mais c’est aussi l’occasion pour les cuisiniers de montrer leur talent d’innovateur. Inutile dire de préciser qu’on est là bien plus près de la bonne « bouffe »  campagnarde (en québécois dans le texte) que de la Nouvelle Cuisine, ce qui fait justement le charme de la fête !..

Mais attention: quel que soit le contenu de votre assiette, il est de rigueur de l’agrémenter d’une bonne louche..de sirop d’érable bien sûr !…

 

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A l’issue d’un déjeuner généralement copieux, le froid extérieur vous fera vite récupérer vos esprits et ce sera le moment d’aller « prendre une tire », c’est à dire de déguster une coulée de sirop brûlant répandu sur une couche de neige et qu’on enroule autour d’un bâtonnet avant de le sucer. Délicieux et généreux en calories. Mais vous êtes chez les bûcherons, que diable !!!

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Puis en Mai vient le vrai printemps. Parler d’ une explosion de couleurs n’est pas une figure de style:  le mois de Mai voit tout à coup surgir de terre, quasiment du jour au lendemain, une floraison diverse qu’on pourrait qualifier de « violente »tant elle est soudaine et intense, mais attention, climat continental exige, de courte durée !

Le festival des tulipes, une belle histoire.

Et au sein de  cette floraison intense, la tulipe a pris pour des raisons historiques (jusqu’où va se nicher l’Histoire!!!) une place toute particulière. Lisez, c’est une jolie histoire de solidarité d’amitié, de solidarité et de reconnaissance.

En 1940,  l’armée allemande envahit les Pays-Bas. Les membres de la famille royale hollandaise sont alors évacués vers le Royaume-Uni pour éviter la capture. Mais rapidement, du fait des bombardements allemands, l’Angleterre ne constitue plus un refuge sûr. La princesse Juliana, héritière du trône hollandais et ses filles, les princesses Beatrix et Irene, partent pour le Canada et s’installent à Ottawa. En janvier 1943, Juliana donne naissance à sa troisième fille, la princesse Margriet Francisca, à l’Hôpital  d’Ottawa.

La princesse Juliana tient la petite princesse Margriet à Ottawa, 1943.

À la libération, en 1945, la famille royale hollandaise retourne aux Pays-Bas. Peu de temps après, la princesse Juliana décide d’offrir 100 000 bulbes de tulipes au Canada en remerciement du rôle joué par les soldats canadiens dans la libération des Pays-Bas et du refuge offert à sa famille pendant la guerre. Elle continuera par la suite à envoyer des  milliers de bulbes à Ottawa et, chaque année, la population et la famille royale hollandaises envoient encore chacune 10 000 bulbes au Canada en reconnaissance du passé.

En 1953 la municipalité d’Ottawa décide de créer un Festival, qui est devenu aujourd’hui une des plus grandes expositions de tulipes au monde, avec plus d’un million de tulipes de plus de 100 variétés poussant dans la région de la capitale nationale. Depuis 2001, la tulipe est devenue la fleur « officielle » d’Ottawa.

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Des cris dans le ciel: les oies reviennent , ces magnifiques « bernaches » qui sont un symbole du Canada au même titre que la feuille d’érable.  La nuit, on les entends crier en passant au dessus des toits par bandes de plusieurs centaines, et ce ne peut être, pourquoi en douter, que la joie du retour. A terre et dans les arbres, les écureuils sont partout; on sautille, on se poursuit, on se chamaille (gaiement, semble-t-il), les marmottes s’agitent aussi quasiment sous vos pieds dans les parcs de la ville, le tout dans une ambiance de Walt Disney qui me va droit au coeur.

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Et tout de suite, le mois de Mai  est là.

Le « frêtt » est cette fois bien fini, (ou en voie de l’être), la laine bat en retraite, les bras se découvrent, les vélos ressortent, et les « festivals » de rue aussi.

Il y en a deux en particulier que j’aime bien pour leur ambiance un peu gargantuesque et qui même, je l’avoue, me font saliver seulement à les évoquer: le Festival des Ribs (travers de porc fuméet le Festival de la Poutine !…

Les photos vous diront tout, faute, malheureusement, de restituer le fumet irresistible des barbecues et de la viande qui grésille!….Quand au son ambiant, c’est bien entendu… de la Country Music.

NB: pour qui n’est pas familier de la cuisine québécoise, la « poutine » n’a aucun lien avec le président actuel de la Russie, c’est simplement une spécialité à base de frites et de fromage fondu, déclinés de toutes les façons imaginables au cours du festival…

                                                                      ….ET DONC:

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2 – L’été, entre rivières, lacs et  « chalets »…

Les canadiens sont sportifs et aiment la nature. Ils ne perdent pas une miette de chacune de leurs saisons; et bien sûr, avec les beau jours, ils redoublent d’activité. Arrivé le week-end, les uns vont rester dans la capitale mais pouvoir quand même marcherpédaler, le long du canal Rideau, pagayer, nager dans le lac ou les deux rivières, arpenter à pied ou en bicyclette les multiples parcs,  et profiter de ce gage de bonheur qu’est, à Ottawa,  cette omniprésence de l’eau et des (grands ) espaces verts, cette large rivière qui permet même la navigation à la voile sans avoir à quitter l’agglomération !…

 

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La marina d’Aylmer, face à Ottawa. Remarquez la largeur de la rivière !…

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A la barre sur la Rivière Ottawa, en pleine ville….

 

Les autres vont plutôt se conformer à la tradition du « chalet »: il faut savoir que les provinces d’Ontario et du Québec possèdent des dizaines de milliers de lacs ( le chiffre officiel dépasse les 150.000) dont bon nombre sont immédiatement voisins d’Ottawa. Les « chalets » sont donc le plus souvent installés au bord de l’eau et isolés les uns des autres, avantage d’un pays de grands espaces…Tranquillité garantie, aucun rapport avec les plages de Nice ou de Saint-Tropez!

Dès le vendredi soir, beaucoup prennent donc la direction de ces maisons de campagne  qui, à quelques kilomètres du centre-ville, font partie, intégrante de la vie canadienne. Certains chalets sont adaptés à la vie en hiver, d’autres ne servent qu’à la belle saison. « 

Au programme: pêche à la traîne, canoé , kayak, natation et même…plongée sous-marine. Barbecue et « packs » de bière sont de rigueur, le soir on allume un feu de camp, on se remémore les bons moments du week-end précédent et on tire des plans pour le prochain. Et passe calmement la vie et reviennent les saisons dans ce pays béni des dieux…

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Plage au lac La Pêche

 

 

 

Beaucoup sont situés dans ou aux alentours immédiats du Parc de la Gatineau, 36O km carrés de lacs et de forêts à 15 minutes à peine en voiture du Parlement,   on rencontre facilement le daim, l’orignal, le loup et même l’ours !!! Avec pour ce dernier, une réelle tendance à venir à vous sans attendre vos avances:  j’en ai eu la preuve quand un de ces mignons bestiaux se permit par une belle nuit d’été de venir dévorer le contenu de ma poubelle dans le sous-sol de mon chalet de location, dont j’avais eu le tort de ne pas « barrer » la porte, comme disent les québécois. Réveillé par son chahut, je décidai de le laisser faire, et je fis bien: chaque année, des accidents, parfois graves, sont causés par la rencontre « mal gérée » d’un ours avec un bipède et il est même recommandé à certaines époques de l’année de porter des « grelots à ours » (voir photo) pour se promener en forêt, ceci afin de les avertir de votre présence et de leur permettre de s’éloigner.

Mais on aime la nature ou pas, il faut choisir !

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3 – Le flamboyant automne…

L’été a passé, voilà qu’arrive, sans grande transition comme toujours dans ce climat très tranché,  la saison sans doute la plus connue du Canada, celle qui lui amène des visiteurs du monde entier:  la « Saison des Couleurs », comme l’appellent les Québécois. Toute la Vallée de l’Outaouais adopte bien sûr l’incroyable palette du moment, dont les teintes rouge sont dues aux « érable à sucre ».

Dans le ciel, les vols de bernaches se rassemblent avant de reprendre le chemin du Sud dans leurs grandes migrations annuelles. Nous les avions vu arriver, les voilà qui repartent: une année a passé…Les écureuils amassent de quoi se nourrir l’hiver…et souvenons nous que les ours de leur côté cherchent activement leurs fameuses baies à sucre !…

Laissons, si je puis dire, la parole aux images !…

 

NB: Cette superbe saison est , de façon abusive, appelée en France « été indien », sans doute parce que l’expression est plus « vendeuse » pour les agences touristiques. L’ « été des indiens » le vrai, est ce redoux très court après les premières gelées, – parfois moins d’une semaine, qui permettait aux tribus autochtones de se livrer à une intense et dernière chasse au gibier et de stocker de la viande avant la saison froide. Mais il faut bien avouer que le nom est joli..

 

4 – La Reine de l’Hiver

Oui, mais justement, et l’hiver? allez-vous me dire…Le fameux hiver canadien,  la chanson de Gilles Vigneault  « Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver / Mon chemin, ce n’est pas un chemin, c’est la neige »….Pas facile, l’hiver, hein ?..Et très froid, en plus ?!?!

Bien sûr. Personne ne prétendra jamais que l’hiver n’est pas rude à Ottawa: de la fin novembre à la mi-avril, il tombe en moyenne un peu plus de 2 mètres de neige et la ville est même classée comme la capitale la plus froide du monde. Ottawa est sujette à une amplitude thermique qui peut aller de  +37 degrés avec un fort taux d’humidité en été à  −39 °C l’hiver . Et j’ai effectivement connu -34° en hiver sous mon « porch » où on étouffait l’été précédent… Autant dire que de telles variations climatiques vous font vivre sur deux planètes différentes et font appel à une réelle capacité d’adaptation.

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Mais les Canadiens ont la parade: tout d’abord, leur dynamisme « inné » et aussi, astuce pratique, la méthode des « couches multiples » qui recommande de superposer plusieurs épaisseurs fines plutôt qu’une ou deux grosses laines pour se préserver du froid, méthode auxquelles l’utilisation des matériaux modernes donne d’ailleurs toute son efficacité.

On a jamais vraiment froid à Ottawa, à condition bien sûr d’accepter d’oublier les canons de la mode et le « chic » parisien. Mais du chic et de la mode, les canadiens se moquent éperdument; ce qu’ils veulent, c’est profiter autant de leur magnifique hiver qu’il ont profité de leur été.  Alors, au Canada, en hiver, la vie continue et on dirait même qu’elle est encore plus active qu’aux autres saisons, comme si les canadiens voulaient prendre une revanche sur leur climat si rude !  Car on ne s’enferme pas: on marche, en bottes ou en raquettes, on skie, on patine, on se promène en traîneau à chien, ou en motoneige ( il ya une sorte « d’autoroute » en pleine nature pour moto-neiges qui traverse entièrement le pays de Halifax à Vancouver !!!) Bref on BOUGE ! Et on reste en forme.

En un mot, quand on a connu les hivers maussades, gris, humides, sinistres, j’allais dire « pisseux », de Paris et qu’on les a autant détestés que moi, l’hiver canadien est une SAISON GLORIEUSE !…

Ottawa change complètement de physionomie: les patins, les raquettes, les skis de fond remplacent la pagaie et la voile, c’est une autre ville qui s’offre à vous, presque un autre univers, sans aucun rapport avec . Depuis vingt ans maintenant, je n’ai pas encore décidé laquelle de ces deux villes je préférais, mais tout au fond de moi, il mêle semble que pour un Français, c’est « Ottawa-la-Blanche » la plus exotique: « Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver »….

 

Le « must » d’un hiver au Canada, c’est un séjour dans une « pourvoirie »…

Une pourvoirie, c’est l’héritière des anciens « comptoirs » où depuis le XVIIIème siècle se faisait le troc entre pionniers et autochtones: fourrures contre poudre à fusil, haches et couteaux d’acier, couvertures, sel, etc…Ds lieux de rencontre aussi, importants popur la vie sociale de l’époque.

J’ai depuis vingt ans mes habitudes à « Mijocama« , sur le Lac Giles, à une heure trente environ au nord d’Ottawa, qui est tenue par Jocelyn, un jovial trappeur et chasseur, un grand gars costaud et à longues tresses, qui vous fait entrer de plein pied dans le roman de Jack London qu’est sa vie. J’y ai passé à plusieurs reprises de grands moments en famille ou avec des amis, à courir les bois en traîneau ou en motoneige et à relever les pièges. Il peut vous emmener chasser à l’arc ou au fusil l’ours ou toute autre bestiole « autorisée », mais aussi à la « trappe », à la « pêche blanche » au brochet, ou tout simplement vous faire camper par grand froid et vous montrer qu’on allume très bien un grand feu de bois sur la neige. Il vous mitonnera à volonté de la viande de castor, d’orignal, de cerf, de caribou ou même d’ours, une expérience inhabituelle…

Suivons le avec des photos:

 

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Et puis, il y aussi Noël dans l’Outaouais…

La période de Noël montre toute l’importance que la culture canadienne consacre à cette fête familiale par excellence. Ottawa s’illumine dans une féérie multicolore  déployées par la municipalité étains que par les particuliers qui se livrent à cette occasion à une compétition tacite de la plus belle décoration  où chacun fait preuve d’ingéniosité dans une sorte de rivalité sympathique.

Le Parlement donne le ton avec des éclairages sans cesse renouvelés et Le « Bal d’Hiver » réunit chaque année les sculpteurs sur glace tandis que les « Chorales de Noël » parcourent la ville et vous régalent, malgré la température, de chants traditionnels. Et immanquablement aussi , le Centre National des Arts présente le « Messie » de Haendel avec de grands artistes devant une salle toujours comble et enthousiaste. 

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Un souvenir marquant: la « Tempête de Glace »

Excellent rappel à la réalité du monde, l‘hiver 1998 nous réserva un de ces moments où l’homme sent bien qu’il n’est pas maître de la nature. Encore ce souvenir assez corsé fut-il tempéré par la beauté du phénomène et par la décharge d’adrénaline inhérente à toute situation sortant de l’ordinaire…

Une nuit, j’entendis sans y rien comprendre, d’étranges bruits sourds qui ébranlaient jusqu’au plancher de ma chambre et des craquements sinistres dans mon jardin: une rapide inspection (à moitié endormi, depuis l’intérieur de la maison, bien sûr) ne m’apprit rien: il faisait nuit noire, plus d’éclairage public…Je décidai de retourner me coucher et que « tomorrow would be another day« …

Mais au matin, grande surprise: tout d’abord, la maison était absolument glaciale, puis je vis le jardin. Toutes les surfaces extérieures étaient couvertes de plusieurs centimètres de glace, les arbres, les panneaux de stationnement, le bord des toits…cette épaisse carapace translucide, scintillait au soleil, spectacle féérique. Alors les bruits de la nuit s’expliquèrent tout à coup: c’étaient en fait d’énormes branches de mes vieux érables qui étaient tombées au sol sous le poids de cette soudaine surcharge.

J’assistais pour la première fois à un phénomène météorologique rare, un brutal redoux suivi d’une non moins brutale rechute de la température, ce qu’on appelle en Europe « pluie verglaçante » et là-bas « Ice Storm » ou « Tempête de glace ».

 

 

Revers de la médaille, des dizaines de milliers d’arbres s’effondrèrent dans les forêts sous cette armure qui décuplait leur poids et surtout, les immenses pylônes qui amènent depuis  les barrages de la Baie d’Hudson l’électricité jusqu’à Ottawa s’étaient également effondrés pour les mêmes raisons, plongeant la ville dans le froid et d’obscurité pendant cinq jours. A l’ambassade, on s’organisa pour se regrouper dans les quelques maisons équipées de cheminées en état de marche, et on sortit les butanes pour préparer les repas. Oubliés, le coup de rasoir quotidien et le costume trois pièces de rigueur dans cette noble profession….Mais cela ne dura pas et les services canadiens, suppléés par leurs collègues américains aussitôt arrivés à la rescousse, rétablir assez vite un minimum de commodités.

Je garde néanmoins de cet épisode un souvenir de « fin du monde » comme aime nous les présenter Hollywood, quand ont disparu toutes ces facilités quotidiennes qui nous semblent naturelles: chauffage, eau chaude, lumière, radio, télévision, téléphone,  voiture…Une expérience assez intense pour  donner à réfléchir…

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Et pour finir, quelques sujets pêle-mêle…

Pour moi, l’hiver est aussi  l’occasion de retourner flâner dans quelques uns de mes bistrots préférés, ou d’aller traîner dans mes lieux  favoris. En voici quelques uns, au petit (ou plutôt au grand) bonheur…

–  Le Château Montebello

C’est dans la neige qu’il faut aller apprécier cet étonnant ensemble hôtelier qui serait le plus grand édifice fait de troncs d’arbres au monde.

Et il faut s’y rendre non par la route, mais par un de ces petits bacs chargeant à peine une dizaine de voitures que les québécois appellent « traversiers » et dont le charme est de relier les deux rives de l’Outaouais à travers les glaçons qui se reforment derrière lui. Une immense cheminée à six foyers vous attend, profitez un bon verre à la main: c’est aussi cela, l’hiver d’Ottawa…

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–  Le Musée des Beaux Arts

Remarquable réalisation d’architecture contemporaine qui donne avec bonheur la réplique aux monuments gothiques de la Colline du Parlement, il abrite de belles collections et reçoit régulièrement les grandes expositions internationales. Bien entendu, un vaste parking souterrain vous permet d’y accéder sans mettre le nez au froid et je suis un fidèle client de sa cafétéria pour ses vastes perspectives sur la rivière Ottawa couverte de glace, la Colline du Parlement et la région enneigées…

 

–  Le Musée des Civilisations,  rebaptisé récemment Musée de l’Histoire, vous transporte illico dans un roman de Jack London. Il possède une exceptionnelle collection de grands totems, de masques et d’objets des tribus de la façade Pacifique du Canada ( et notamment les Haidas, célèbres pour la qualité de leur sculpture) et de remarquables reconstitutions en taille réelle d’habitats amérindiens ou pionniers… On ne se lasse pas d’y refaire de temps en temps un tour dans le passé et de profiter des programmes « grands espaces » du cinéma IMAX à écran géant.

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-Allons à, présent déjeuner dans l’un des deux meilleurs « Hamburger House » d’Ottawa: « The Works », un rien « déjanté », où ma femme et moi avons nos habitudes, et là encore, de préférence quand il fait bien froid dehors.

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–  Après celui de Washington, je considère le Musée canadien de  l’Aviation et de l’Espace, comme l’un des plus beaux du monde. Peut-être parce qu’il y a eu un co-pilote de Mermoz dans ma famille, j’y fais une visite à chacun de mes séjours…Il réunit, entre bien d’autres pièces rarissimes, un bombardier Lancaster en état de voler et un des deux derniers exemplaires encore existants du Messerschmitt Me 163-B Komet, l’avion fusée quasiment suicidaire inventé en catastrophe par les nazis tout à la fin de la guerre mais qui ne put leur racheter la maîtrise de l’air. Cet étrange engin, qui tua un nombre considérable de ses pilotes est en fait l’ancêtre des avions à réaction modernes.

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– Le Musée canadien de la Guerre, dans sa nouvelle architecture « d’avant-garde » (c’est le cas de le dire) possède une très riche collection de véhicules blindés des deux guerres, précieuse pour quelqu’un qui s’intéresse à l’Histoire et réunie avec beaucoup de méthode et d’astuce par le Ministère canadien de la guerre…Il présente  lui aussi un certain nombre de grandes raretés, comme ces « torpilles humaines » italiennes de la Seconde Guerre, les « Maïale » ( « cochons » ) qui servirent avec succès contre la flotte anglaise à Gibraltar et en Méditerranée, et même une Mercedes 700 blindée ayant appartenu à Hitler et récupérée à Berchtesgaden.

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Nous voilà à la fin de mon exposé, ou plutôt de mon ode à Ottawa.

Vous aurez compris qu’il y a une sorte d’histoire d’amour entre cette ville et moi; c’est le seul de mes anciens postes avec lequel j’aie conservé un lien profond, j’y retourne pratiquement chaque année depuis ma retraite…et d’ailleurs mon fils aîné, après y avoir fait ses études supérieures, est devenu citoyen canadien.

Vous aurez également compris que cette « histoire d’amour » ne s’arrête à la seule ville d’Ottawa mais s’étend au pays tout entier.

Bien entendu, en vingt ans, Ottawa a changé: elle atteint maintenant le million d’habitants avec sa périphérie, et connait à présent quelques encombrements aux heures de pointe. On rencontre hélas moins souvent des cerfs de Virginie sur la route de l’aéroport…

Mais mes inquiétudes pour ce pays que j’aime sont ailleurs. Gigantesque et vide, le Canada a toujours recouru à l’immigration pour « meubler » son espace ; après avoir été à son avantage quand il attirait des populations de cultures proches, cette politique systématique s’adresse de plus en plus à des candidats qui, pas plus que celles qui frappent en Europe à notre porte (et de plus en plus souvent entrent sans frapper) , ne se montrent très désireuses -ou capables, de s’acclimater à la société d’accueil.

Or, les Canadiens sont gens aimables, paisibles et bien intentionnés, je peux abondamment en témoigner. Il est fortement à craindre que l’arrivée trop nombreuse d’éléments trop exogènes au sein d’une société trop bienveillante ne soit dans l’avenir porteuse de fruits bien amers, comme nous le constatons chez nous depuis quelques années…Espérons que notre triste exemple serve à d’autres de leçon.

Merci de m’avoir lu.

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( Les illustrations de cet article sont composées de photos personnelles et d’emprunts à Internet. Je déclare pour ma part mes photos totalement libres de droits) ./.

 

 

2 commentaires

  1. bonjour .

    c’est un vrai bonheur votre site ..
    mais je vais le lire article par article ; sinon je ne fais plus le ménage , je ne réponds plus au téléphone , bref je vais passer du temps chez vous !!! (larges sourires ) .

    je vais vous mettre en lien , car notre moral au chalet est plutôt en berne et ça va faire un bien fou de visiter votre lieu .même si nous partageons l’analyse que vous faites en fin de billet .

    amitié et à très bientôt .
    Chris .

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