« One Belt , One Road », la stratégie chinoise du « Grand jeu » ?

Je ne me prétends en aucun cas un spécialiste, ni même un connaisseur, de la Chine et de ses politiques.

Le projet chinois appelé par les uns  OBOR, par les autres « Belt and Road », ou encore « Nouvelles routes de la soie » me semble cependant par son aspect de « Grand Jeu », essentiel pour notre avenir.

Il consiste à proposer un vaste plan de financement et de réalisation d’infrastructures aux pays du monde où la Chine veut se ménager des points d’appui  (passages terrestres, escales et facilités portuaires, terres arables, sources d’énergie, minerais rares, etc… ) bref, tout ce dont a besoin un pays ambitieux pour devenir une puissance de tout premier plan, voire la première.

Dans son ouvrage  » Quand la Chine s’éveillera » (le monde tremblera) , qui avait fait couler pas mal d’encre, Alain Peyrefitte avait dès 1973 émis l’hypothèse que Pékin sortirait un jour de son apparente apathie sur le plan international: comme toujours, certains avaient ricané devant la menace et doctement expliqué que la Chine n’avait jamais de toute son histoire été tentée par l’impérialisme et qu’elle continuerait dans cette voie. Ils oubliaient seulement qu’elle ne l’avait pas fait simplement parce qu’elle n’en avait pas les moyens techniques, militaires et financiers face à un Occident beaucoup plus avancé qu’elle.

Mais son habile politique de récupération du savoir faire de ses partenaires par divers moyens, allant de l’envoi systématique de ses meilleurs étudiants aux USA et ailleurs, jusqu’à l’espionnage pur et simple en passant  par l’exigence de transferts de technologies et l’accueil des délocalisations lors de ses contrats d’achats, lui ont en un temps assez court permis un rattrapage spectaculaire. Une politique de taxations unilatérales lui a par ailleurs permis la constitution d’un solide matelas financier.

Il convient de rappeler que la mollesse des pays occidentaux, dont la France, face aux attitudes chinoises ont largement facilité ce rattrapage. Il ne faut pas non plus oublier combien la « reconnaissance  » de la Chine de Mao par Nixon aux fins d’équilibrer les menées soviétiques mondiales par une sorte d’alliance de revers a profité à Pékin qui a su en tirer le meilleur parti.

Aujourd’hui, la Chine est devenu un sujet d’inquiétude pour tous.

Elle a, en moins de 10 ans, mis la main par annexions progressives sur une série d’îlots, « militarisés » par ses soins, qui lui assurent de fait le contrôle de la Mer de Chine Méridionale. L’archipel des Spratley ou celui des Senkaku sont désormais de véritables porte-avions terrestres qui lui donnent une des clef du Pacifique. C’est à dire, par exemple, une voie vers la côte Ouest des USA, l’Australie, etc…Sans compter un levier  redoutable sur l’ensemble de l’Asie du Sud-Est.

Elle a aussi, sans crier gare, ouvert une base militaire permanente à Djibouti en 2017.

Elle souffre néanmoins de divers problèmes internes assez graves qu’ont peut, à grands traits, résumer ainsi: surendettement des entreprises, nécessité de maintenir une croissance forte pour éviter des troubles intérieurs, vieillissement rapide de la population, et donc dépendance au commerce extérieur. Le projet « Belt and Road » est, (là encore à grands traits), un élément de réponse à ces problèmes. 

Il a par son envergure mondiale réveillé (espérons-le), à des degrés divers, l’attention des partenaires diplomatiques et commerciaux de Pékin.

 

china1.jpg

Il est assez « brûlant » pour avoir suscité une sorte de contre-projet Indien appelé « Corridor de la croissance Asie Afrique » (AAGC, Asia Africa Growth Corridor) et surnommé la « Route de la liberté ».

Et surtout pour être à l’origine de la récente décision de Washington de « guerre des taxes d’importation » avec Pékin. On ne peut en effet douter qu’outre la fin des délocalisations industrielles américaines et la volonté de porter un coup d’arrêt à la mondialisation, « l’autre but » poursuivi par le Président Trump ne soit de mettre assez à mal l’économie chinoise pour empêcher Pékin de financer son projet  de « coopération » tentaculaire, d’achats massifs  de ressources agricoles et de matières premières en Afrique et Amérique latine, mais également de poursuivre le programme intensif d’armement que ces ambitions supposent et qui a été particulièrement actif depuis une dizaine d’années.

La France et l’Europe, qui font pourtant partie, géographie oblige, de l’ensemble physique Eurasiatique, semblent actuellement peu en position d’élaborer une réponse crédible au défi chinois. Les USA ont en revanche mis en oeuvre dans leur Plan de Sécurité 2017-18 un programme de renforcement de leurs capacités navales (entre autres) dans la zone Asie-Pacifique.

Une dimension manque encore à ces mouvements telluriques qui vont façonner le XXI ème siècle, celui de nos enfants et petits enfants:  quelle sera dans cette affaire la position de la Russie , probablement partagée, comme à l’accoutumée, par ses attirances contradictoires entre l’Asie et l’Occident.

Nos grands média, au mieux nombrilistes, voire « dés-informatifs », n’accordent qu’assez peu de place à un sujet aussi vital. Je ne prétends évidemment pas me substituer à eux mais me propose, à toute fins utiles, de signaler ici les articles ou études de portée générale qui me sembleront intéressants.

Il va de soi qu’il s’agit d’un choix tout à fait personnel et que toute étude sérieuse de la question ne saurait se contenter des ces quelques indications ./.

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Classés par ordre chronologique inverse:

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– Quelques informations non publiées dans la presse française sur la collaboration des services de renseignement de divers pays face aux projets chinois, par l’agence anglaise Reuters (12 octobre 2018):

https://www.reuters.com/article/us-china-fiveeyes/exclusive-five-eyes-intelligence-alliance-builds-coalition-to-counter-china-idUSKCN1MM0GH

 

– Sur un ton un peu polémique, mais justifié, un article court de Boulevard Voltaire à propos  des méthodes chinoises en Afrique: méthodes que je peux confirmer pour les avoir constatées « de visu » il y a déjà 12 ans en Tanzanie lorsque j’y étais en poste. ( 7 octobre 2018).

http://www.bvoltaire.fr/pendant-que-loccident-seffondre-la-chine-sempare-de-lafrique/

 

– Un article de « the Economist » sur l’entrisme des chinois en Europe: ( 5 octobre 2018)

https://www.economist.com/leaders/2018/10/04/china-has-designs-on-europe-here-is-how-europe-should-respond

 

– Un article en anglais sur « La Longue Marche de la Marine de Guerre chinoise« , évidemment indissociable du projet Belt and Road…

https://www.nationalreview.com/2018/09/china-naval-power-growing-new-doctrines-new-missions/

 

– Un article de l’IRIS sur l’opposition de l’Inde au projet Belt and Road :

http://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2018/07/Asia-Focus-80.pdf

 

–  Un article de la revue de Défense américaine  » War on the Rocks »

https://warontherocks.com/2018/09/india-and-the-rise-of-china-soft-balancing-strategy-reconsidered/

 

– Un article universitaire de l’IRIS intéressant parce qu’il évoque également les projets chinois par la voie polaire:

http://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2018/05/Asia-Focus-71.pdf

 

– A titre (très) indicatif, le survol de Wikipedia sur le projet:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_route_de_la_soie

 

– Un article intéressant (en anglais) d’une revue australienne de stratégie qui  s’inquiète, on comprend pourquoi:

https://www.aspistrategist.org.au/strategic-implications-of-chinas-belt-and-road-initiative-too-big-to-ignore/

 

– Un article sur les visées chinoises vers l’Afrique de l’Est:

http://les-yeux-du-monde.fr/ressources/28654-one-belt-one-road-et-investissements-portuaires-chinois-en-afrique-de-lest-kevin-merigot

 

– Une étude assez exhaustive en français faite par le Sénat:

http://www.senat.fr/rap/r17-520/r17-520_mono.html#toc452

 

– Un bon article de Diploweb auquel j’aurais bien aimé voir ajouté quelque chose sur les achats tous azimuts de terres arables par Pékin en Afrique, Amérique Latine et même Europe, actions qu’on ne peut à mon sens dissocier du projet  « Routes de la soie »…

https://www.diploweb.com/Le-chantier-tres-geopolitique-des-Routes-de-la-soie.html

 

–  Un article de RT, organe russe d’information sur la présence chinoise en Afrique:

https://francais.rt.com/opinions/52024-chinafrique-realite-qui-prend-corps

 

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