En descendant le Saint-Laurent…

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Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion d’aider des amis québécois à convoyer sur le Saint-Laurent, de Montréal jusqu’à Rimouski près de l’embouchure, un bateau à moteur qu’ils venaient d’acquérir.

En revoyant récemment des photos de ce petit voyage, j’ai eu envie de parler du Saint-Laurent, un des plus grands cours d’eau de la planète, à mon avis méconnu.

Voici donc quelques souvenirs et impressions de cette petite « croisière » fort sympathique et très intéressante sur un fleuve assez peu fréquenté par les plaisanciers européens. Je les ai accompagnés de photographies personnelles et de documents piochés de ci, de là sur internet  pour illustrer et faire connaître un peu mieux  l’histoire du Grand Fleuve.

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MONTREAL à la belle saison….

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ETAPE 1:  DE Montréal à Trois-Rivières

Mais nous sommes pas du tout à la « belle saison », nous sommes au début du mois de Mai, fort peu de temps après la débâcle des glaces; c’est à dire, sous ces latitudes, à une période de l’année encore bien proche de l’hiver…

Le vent est assez fort et le temps sinistre, le port de plaisance de Montréal absolument vide quand nous embarquons tôt le matin: personne de raisonnable n’a encore fait remettre son bateau à l’eau en ce tout début de printemps.

Température de l’eau du fleuve: entre trois et cinq degrés.

« Trojan », (un nom assez amusant quand on connait un peu les produits pharmaceutiques nord-américains) est une coque de 30 pieds à deux moteurs diesel , ventru, confortable, à vrai dire pas mon genre de beauté car je suis plutôt un « voilier », mais qu’importe le flacon…

Il a l’air bien malheureux au milieu de tout ce vide, ces pontons déserts, sans aucun rapport avec la joyeuse foule des navigateurs du dimanche qui s’y bouscule  à partir de Juin…Heureusement que nos cirés viennent mettre un peu de couleur dans cette grisaille. Même les mouettes ont l’air gelées.

 

Nous empruntons la branche Sud du fleuve et passons sous le Pont Champlain, qui joint, en s’appuyant sur l’île de Sainte Marguerite, le nord et le sud du Québec.

Nous avons environ 400 milles nautiques à franchir. Un des moteurs donne des signes de faiblesse et nous allons le ménager. Etre à la dérive en cette saison n’est pas une perspective très attirante.

Car la navigation sur le Saint-Laurent est bien plus difficile qu’on peut être tenté de le croire. Courants très forts, effets de la marée qui remonte loin dans l’estuaire, bancs de sable près des rives ou parfois même au milieu du lit, hauts fonds rocheux, troncs à la dérive, ce sont les « classiques » que redoutent tous les chefs de bord. Les grosses unités sont d’ailleurs tenues d’embarquer des pilotes professionnels locaux.

Cette partie du fleuve avant l’estuaire voit de surcroit passer dans les deux sens de très gros navires de haute mer, qui peuvent, grâce au réseau de grandes écluses canadiennes et américaines, remonter de l’Atlantique jusqu’à jusqu’au lac Supérieur.

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Un bateau-phare sur le Saint-Laurent au XIXème siècle

Donc, prudence, prudence.

Le navigateur, mon ami Christian, un Français installé depuis 25 ans au Canada, marin éprouvé, a opté pour une première étape à petite vitesse, pendant laquelle il entend faire connaissance avec notre pégase un peu estropié et nous permettre de le prendre en main. Il y a là les deux gendres québécois de Christian, son fils Quentin et votre serviteur. Nous allons donc, pour cette première journée  prendre tout notre temps.

…Assez de temps pour vous parler un peu de ce majestueux fleuve qui éveille  des souvenirs historiques (ou en tous cas devrait ) dans notre pays puisque ce furent deux navigateurs français, Jacques Cartier et Samuel de Champlain, qui le découvrirent et l’explorèrent entre 1533 et 1635.

Je ne parlerai ici que du « Bas Saint-Laurent », de la partie du fleuve allant de Montréal à Rimouski et pas du « Haut Saint-Laurent », celle séparant Kingston de Montréal, le « Saint-laurent anglais », si je puis dire…(no offence, of course !!!)

Le Saint Laurent forme avec les Grands lacs un réseau hydrographique qui s’étend sur 3058 km à l’intérieur de l’Amérique du Nord. Il est la porte atlantique vers le coeur du continent.

Route des explorateurs et axe principal de la Nouvelle France, le fleuve a joué un rôle essentiel dans les débuts de l’histoire du Canada. Explorateurs et commerçants français l’utilisèrent pour établir un empire colonial qui s’étendit jusqu’au-delà du lac Supérieur.

Le Saint-Laurent prend sa « source » dans le Lac Ontario, le plus à l’Est des Grands Lacs, dont il est le déversoir naturel dans l’Atlantique. Il est large de 1 à 5 km dans sa partie fluviale, de 40 à 60 km dans l’estuaire et de plus de 300 km dans le golfe. Quant à sa profondeur, elle va de 2 à 20 m dans le fleuve, de plus de 300 m dans l’estuaire et d’environ 500 m dans le golfe.

Une jolie masse d’eau en mouvement, que les Amérindiens appelaient d’ailleurs « La rivière qui marche« .

Il est parsemé de plus de 2.500 îles. Un clin d’oeil au passage: la plus grande de ces îles, Anticosti, dans l’estuaire, fait pas moins de 7 900 km2, (soit une taille comparable à la Corse) et a une particularité: elle a appartenu au célèbre chocolatier français Henri Menier, dont ceux de ma génération se souviennent certainement. En 1895, il l’achète pour en faire une réserve de chasse et de pêche personnelle. Au nord de l’île, il fait construire un petit village où il fera bâtir un château. A la mort d’Henri Menier, l’île reviendra au gouvernement du pays.

https://www.sepaq.com/pq/pan/

                                          » Chocolat Menier – Se méfier des contrefaçons « ….

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…Pour l’instant, nous faisons connaissance avec Trojan, qui se comporte bien sur une eau d’un vert-marron et pas très appétissante, sous un ciel peu aimable et dans un vent assez fort pour nous chasser du « pont bain de soleil », si mal nommé aujourd’hui ! On ne se bouscule pas à la barre, mais plutôt dans la (très relative) chaleur du carré. Pas question de forcer sur le seul moteur valide, la « promenade » d’aujourd’hui tire donc un peu en longueur.

Nous traversons le Lac Saint -Pierre, un des trois lacs naturels formés par le fleuve, croisons quelques grosses unités venant du bout du monde liquide et attendons avec impatience l’arrivée au point prévu pour passer la première nuit, le petit port (désespérément vide) de Trois-Rivières.

Les noms très poétiques des îles du Lac Saint-Pierre ( Île aux Ours, Île à la Grenouille, Île à la Pierre…) ne suffisent pas à nous égayer: on se  sent un peu perdu au milieu des 14 kilomètres de large du lac, dans le vent et les eaux glauques du fleuve, cinglés par une pluie glacée qui ne nous  quitte pas.

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Patibulaire, mais presque !!!

 

…Après cinq heures de ce régime, Trois-Rivières offre enfin un havre bienvenu à nos os quelque peu transis. La marina est bien entendu vide, et Trojan y fait figure d’aventurier. Mais le charme de cet ville, traversée par le « Pont Laviolette » (un bien joli, nom, n’est-ce pas  ?), la chaleur des bistrots et la saveur des homards du Golfe aura vite raison des petites misères de la journée.

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Trois-Rivières

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Le Pont Laviolette

 

ETAPE 2:  De Trois Rivières à Québec

Entre Trois-Rivières et la ville de Québec, le fleuve entre dans un de ses tronçons les plus étroits. La signification de « Québec » en langue Iroquoise est d’ailleurs « endroit où le fleuve se rétrécit« . La navigation est rendue délicate par un intense trafic maritime; c’est là que nous allons croiser le plus grand nombre de navires de haute mer mais aussi de « traversiers » de toutes sortes, car les deux rives sont plus peuplées que dans notre étape précédente entre Montréal et Trois-Rivières et les petites villes bien plus nombreuses.

MAIS…le soleil est revenu, la meilleure chose qui puisse arriver quant on se trouve sur l’eau !!!!!!

Nous revoilà donc d’excellente humeur, heureux de naviguer, j’allais dire « comme des poissons dans l’eau » mais ce pourrait être de mauvais augure, alors laissons le barreur et le pilote faire leur travail et saisissons ce moment pour évoquer, en cette belle journée, (toujours aussi froide d’ailleurs) les différentes périodes historiques qu’a traversé cette gigantesque voie d’eau, portée d’entrée du monde sur l’immense Canada. Ce qui nous donnera l’occasion de jeter un coup d’oeil sur les embarcations, parfois étranges, qui l’ont parcourue jusqu’à nos jours.

Le Saint-Laurent a bien sûr servi depuis la nuit des temps, de voie majeure de communication aux aborigènes, dans ce pays où il a été longtemps plus rapide et plus sûr d’utiliser pour se déplacer les voies de l’eau que les voies terrestres.

Les principales tribus installées sur la partie basse du fleuve , Algonquins et  Wendat, (que les explorateurs français rebaptisèrent Hurons , ne me demandez pas pourquoi), ne semblent cependant pas avoir entrepris l’exploration complète de son cours, probablement parce que la taille modeste de leurs embarcations ne leur permettait pas d’affronter les très puissants courants, et aussi du fait des rivalités souvent violentes entre tribus. La circulation y était donc plus ou moins  limitée au territoire de chacun.

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Il fallut l’arrivée des européens qui étaient venus là, ne l’oublions pas, à la recherche du mythique « Passage du Nord-Ouest » vers la Chine, pour voir se développer une exploration systématique vers le haut du fleuve. Pour mémoire, Samuel de Champlain, exceptionnel navigateur, explorateur, organisateur et humaniste,  sera le premier à remonter le cours du Saint-Laurent jusqu’aux Grands Lacs ( notamment Lac Ontario et Lac Huron) entre 1603 et 1635, consacrant sa vie à ce nouveau pays. Afin de nous situer dans la chronologie, rappelons que le roi Henry IV est assassiné à Paris en 1610.

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Arrivée de Champlain à Québec

 

La guerre des fourrures

Bien entendu, les autochtones chassaient le castor bien longtemps avant l’arrivée des commerçants de fourrures. Ils en mangeaient la viande et utilisaient les peaux pour se vêtir. Mais ce sont les caprices de la mode en Europe qui ont rendu cet animal tout à coup si recherché. Du jour au lendemain, la demande européenne va créer une gigantesque activité  de commerce des fourrures en Amérique du Nord.

On va voir apparaître au Canada les grande routes de la traite: cours du Saint-Laurent et de ses affluents, et, plus au Nord, route de la Baie d’Hudson..

Français et Anglais s’engagent évidemment dans une concurrence féroce en entraînant leurs fournisseurs locaux (Hurons pour les Français, Iroquois pour les Anglais) dans d’interminables guerres tribales.

Sur place, une sorte de distribution des tâches s’organise: les trappeurs ou les Indiens posent les pièges (en anglais: trap), les « Coureurs des bois », sortes d’artisans libres, et les « Voyageurs » (chargés d’une mission de commerce et de transport par l’administration royale) leur achètent les peaux puis les acheminent par voie d’eau jusqu’à Montréal, d’où elles partent pour l’Europe.

Du côté français, les aventuriers de cette grande épopée vont devenir des figures du folklore canadien. Certains d’entre eux, comme Etienne Brûlé, RadissonChouart des Groseilliers, La Vérendrye, joueront même un rôle historique et entreront dans la légende.

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« Etienne Brûlé, le premier Homme Blanc parvenu au Lac Ontario »

 

Vers la fin du XVIIIème siècle se produit un ralentissement de la demande de les fourrures: c’est qu’en Europe, la mode a changé…Mais le marché des peaux va être rapidement remplacé  par une autre, d’intérêt cette fois hautement stratégique:

….LE BOIS pour les NAVIRES !

A quoi peut tenir l’économie entière d’un pays: le 21 octobre 1805, pendant les guerres napoléoniennes, à des milliers de milles du Saint-Laurent, les flottes de guerre anglaise et française s’affrontent le long des côtes espagnoles, près de Cadix, au large du cap Trafalgar.

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Au soir de la bataille, Napoléon a perdu l’essentiel de sa marine de guerre: 22 vaisseaux pris ou coulés, plus de 4 500 tués, et 7 000 prisonniers. Les Anglais sont désormais (et pour 140 ans) maîtres des mers.

Napoléon va alors  essayer d’étouffer le commerce britannique: il impose en 1806 le fameux « blocus continental » et ferme les ports européens aux navires anglais, y compris les ports de la mer Baltique, où la Grande-Bretagne s’approvisionne traditionnellement en bois pour sa marine de guerre..

Comme il lui faut maintenir coûte que coûte la suprématie de la Royal Navy, Londres décide immédiatement de s’approvisionner au Canada, lointain mais très riche en bois, et qui est passé entièrement sous contrôle anglais par le traité de Paris en 1763.

Cette décision entraîne en un clin d’œil un essor spectaculaire de la coupe de bois dans les régions situées au nord du Saint-Laurent. Le pin de Douglas en particulier, avec son tronc très droit, imputrescible et très souple, qui fait facilement 75 mètres de haut et deux mètres de diamètre, est idéal pour la fabrication des mâts et des espars des navires de haut bord…

 Les expéditions de bois canadien vers l’Angleterre vont se multiplier par mille en cinq ans, au point de constituer, vers 1810, plus de 75 % des exportations canadiennes.

C’est pour le Canada un nouvel Eldorado. Il devient plus payant d’aller couper du bois que de poser des pièges; les trappeurs vont se faire bûcheron, débardeur, draveur, convoyeur ou manœuvre dans les scieries ou les chantiers de construction navale.

Et nous revenons donc à notre cher Saint-Laurent : car le fleuve, précédemment l’axe principal du commerce des fourrures, devient maintenant le point d’aboutissement des troncs d’arbres abattus dans le haut pays.

Cette épopée du bois, c’est la « drave », le flottage (de l’anglais «drive» , conduire), qui mobilise des centaines d’hommes hardis et adroits, conduisant des trains entiers de troncs sommairement équarris jusqu’aux scieries qui les prépareront pour le transport par bateau vers l’Angleterre. Un bien dangereux métier, « un métier de gars« , comme disent les Québécois, qui durera jusqu’aux années 1990, moment où il sera remplacé par le transport routier.

Si elle se pratiquait jusque là à petite échelle et pour les besoins locaux,  la drave va prendre des proportions tout à fait nouvelles et les « draveurs » vont à leur tour devenir, comme les trappeurs ou les coureur des bois, des figures de la culture du Bas-Canada. Prenez quelques minutes pour regarder ce magnifique court-métrage commenté (et chanté !!! )par Félix Leclerc soi-même :

https://www.onf.ca/film/drave/

 

Tout a une fin: au début du XXème siècle, avec la généralisation de la marine à vapeur et des coques métalliques, la demande en bois de construction va diminuer, mais le Canada a maintenant pris conscience de sa richesse en bois et l’exploite: c’est l’industrie du papier qui prend le relais.  Le Saint-Laurent  voit alors se reconvertir ses scieries en « papetières » afin de répondre aux nouveaux besoins en pâte de bois…Des villes entières se construisent alors autour des papeteries, telles Chicoutimi « Ville de la pulpe » et Trois-Rivières « Capitale mondiale du papier journal« .

Aujourd’hui, le bois canadien fait l’objet de politiques écologiques précises et de plans de reboisement.

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… Au soir du second jour sur « Trojan« , au terme d’une journée sans surprises, avec un moteur toujours fidèle et l’autre qui a bien voulu, par moments, contribuer à l’effort commun, nous nous glissons tout souriants dans les écluses du « Vieux Port » de Québec. L’équipage de Trojan s’octroie pour commencer une bonne bière à la terrasse du bistrot du port, avant  de refaire le plein de carburant puis d’aller faire un tour au Marché « à l’européenne » qui tient ses stalles à quelques pas dans une halle. Quelques emplettes pour les deux étapes qui restent à faire, et nous voilà libres de profiter de la plus ancienne ville d’Amérique du Nord, si l’on en croit les guides de tourisme.

Québec, c’était bien sûr l’étape la plus attendue: Montréal est certes une ville active, agréable, moderne, pleine de distractions de toutes sortes. Mais Québec est tout à fait autre chose: c’est ici, pour les Français, la porte historique de l’Amérique, ouverte pour nous par les John Cabot, les Jacques Cartier, les Samuel de Champlain.

On sent bien qu’on est ici au coeur battant du  » Pays d’en Bas », et qu’on tient un bout du fil de laine qui mena à la découverte de cet immense continent. Québec, c’est aussi pour un Français beaucoup de regrets historiques dans ce pays dont la devise est d’ailleurs « Je me souviens » ….

Pour une TRES courte histoire du Québec, voir:   http://www.cosmovisions.com/ChronoCanada.htm

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En langue Micmac,Québec signifie « l’endroit où le fleuve se rétrécit ». Sur son promontoire dominant le Vieux Québec et le Vieux Port, le Château Frontenac est l’axe vertical de la ville: on tourne autour, on le regarde sur toutes les coutures (et il en vaut la peine) , on apprend qu’avec ses allures de château fort, il a en réalité été construit en 1892 au point de départ du Chemin de Fer Transcanadien joignant Québec à Vancouver. Le Château Frontenac, c’est le phare de la ville, sa boussole: ne vous étonnez pas de le voir sur toutes les photos….

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« Grands Voiliers » près de Québec en 2017

ETAPE 3:  De Québec à Rivière du Loup

Entre Québec à Rivière du Loup, le fleuve entre dans son estuaire: l’effet des marées se fait sentir avec force dès la ville de Québec, où elles atteignent des dénivelés de 6 mètres, et l’eau douce rencontre l’eau salée à la hauteur de l’île d’Orléans, à quelques kilomètres à, peine de Québec.

Cette partie du Saint-Laurent est sans aucun doute celle qui nous est historiquement le plus familière: la rive Nord du fleuve offre de nombreuses destinations de visite, comme le petit massif des Laurentides, d’où l’on peut skier en profitant d’incroyables vues sur le fleuve, les chutes Montmorency, plus hautes que celles de Niagara, la basilique de Sainte-Anne de Beaupré ou l’île d’Orléans elle-même, jumelée avec notre Ile de Ré, un univers préservé du temps qui passe, et apprécié pour ses fermes traditionnelles où les canadiens vont cueillir eux-mêmes, à la main comme au XVIIIème siècle, légumes et fruits « bio »…

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Paysage de l’île d’Orléans

Au printemps, les « cabanes à sucre » des Laurentides et du Mont Sainte-Anne vous attendent avec la légendaire bonne humeur québécoise, et les automnes sont connus pour leurs étonnantes couleurs. En hiver, on pourra skier sur la rive Nord avec des vues époustouflantes sur le fleuve.

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Nous sommes bien au coeur de la « Belle Province », dans une atmosphère alliant beauté , espace et sérénité, combinaison qui a tendance à se raréfier sur le vieux continent…

….Pour sa navigation, l’équipage de « Trojan » a choisi le chenal qui contourne l’île d’Orléans par le Sud, plus large et donc plus sûr car les gros porteurs ne manquent pas. Sous un ciel mêlé mais assez clément, nous visons Rivière du Loup pour notre dernière nuit avant Rimouski, notre destination finale.

Il fait toujours assez frais, mais nous faisons bonne route, à présent confiants dans l’aboutissement de notre voyage, puisque nous avons laissé derrière nous le Pont de Québec, surnommé ici  par les superstitieux le « Pont du Diable », en souvenir des accidents meurtriers qui procédèrent à sa construction dans les années 1900.

http://pages.infinit.net/magicbox/pontec.htm. (à lire à voix haute avec l’accent local, bien sûr !)…

Peu sensible aux malédictions, je préfère noter pour ma part qu’il est surtout le dernier pont à relier les rives Nord et Sud du Québec: après, dans l’estuaire, il ne reste plus que les traversiers.

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A la sortie de Québec, le PONT DU DIABLE

Nous naviguons maintenant assez près de la rive, selon un itinéraire qui mêle aux noms québécois un peu surannés :  Sainte Pétronille, Saint Onésime, Saint Adalbert, Saint Cléophas, La Malbaie, Trois Pistoles…les sonorités exotiques des appellations d’origine indienne: Kamouraska, Rimouski, Témiscouata, Pohénégamook…

Sur tribord défile le passé de la Nouvelle France: moulins à vent, villages groupés autour des vieilles églises catholiques. Une atmosphère très particulière et fortement « française » surtout si on se souvient qu’à moins d’une heure de route vers le Sud court la frontière avec les Etats-Unis, anglo-saxons et si différents.

…Laissant sur babord l’île aux Coudres près de la rive Nord, nous arrivons par le travers de Kamouraska (aujourd’hui paradis du « rock climbing » ) où le Saint-Laurent s’étale de plus en plus; il fait maintenant 20 Km de largeur, et atteindra bientôt plus de100 Km  et bien plus dans son golfe marin.

D’ailleurs, à partir d’ici, quand on parle du fleuve, on l’appelle « la mer » …

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http://www.tourismeisleauxcoudres.com

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L’île aux Coudres

 

 

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Kamouraska

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Avant d’arriver à Rivière du Loup, je ne vais pas résister à mon envie de vous proposer quelques vieilles photos des innombrables barques, embarcations, bateaux et autres objets flottants parfois étranges qu’a vu croiser sur ses eaux  la « Grande Rivière« .

– On a en premier lieu créé ces « traversiers«  et « steamers » de toutes tailles qui, dans cette partie basse et si large du fleuve, ont longtemps été les seuls liens entre ses deux rives, parfois distantes de plusieurs dizaines de kilomètres, et des bâtiments d’usage divers dont voici un échantillonnage, certainement pas exhaustif :

 

Mon préféré reste cet étonnant exemple de traversier à propulsion…chevaline, qui fut utilisé sur divers points du fleuve et sur certains lacs entre du XVIIIème au XIXème siècles:

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– Les marins du Bas-du-Fleuve ont également créé un modèle de bateau spécifique au Saint-Laurent permettant le cabotage, une sorte de goélette garée en ketch qu’ils nommèrent « Voiture d’eau », sans quille ou même à fond plat lesté, capable de s’échouer sur les rives basses pour l’embarquement et le débarquement direct des marchandises en évitant les inconvénients sérieux des marées. Une sorte de péniche de débarquement avant l’heure…

La plupart de ces bateaux furent  construits dans des chantiers improvisés du Charlevoix sur la rive Nord, à même la grève, et par leurs futurs utilisateurs. Un maître charpentier (ou parfois un capitaine) fabriquait des maquettes à l’échelle aux formes et aux dimensions souhaitées par le futur propriétaire. Ce charpentier supervisait ensuite le travail réalisé, dans la plupart des cas, par des gens du village.

La dernière « goélette » mise l’eau fut le JEAN RICHARD en 1959. Quelques unités  sont restés en service jusque dans les années 1970, et ont fini par céder le pas au transport routier et du fait des tracasseries de l’administration qui multipliait les exigences de sécurité. Encore une histoire de « progrès »….

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Nous arrivons à Rivière du Loup, qui accueille les « passagers du fleuve » avec une monumentale et sympathique tête d’Amérindien posée là sur la rive Sud comme un signe de ralliement ou un rappel du passé. Les habitants veillent à son esthétique et la font repeindre à intervalles réguliers par des artistes locaux. Elle était d’ailleurs fraîchement restaurée quand nous y étions.

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« Rivière du Loup« …y-a-t-il nom plus évocateur des mystères de l’Amérique, de son côté « Jack London », qui malgré mon âge avancé, me fait encore rêver comme à 11 ans ??? )…

C’est une de ces petites villes charmantes et accueillantes de l’estuaire et j’en ai rapporté une anecdote que je n’aurais pas même pu imaginer en Europe: nous avons des courses à faire, mais la ville est à plus de deux kilomètres du petit port de plaisance. Nous allons demander à un inconnu occupé à repeindre sa coque s’il peut nous dire comment appeler un taxi. Il sort alors des clefs de sa poche et désignant sa voiture garée plus loin: « Tenez-donc, allez faire vos courses et vous me les rendez en partant ! »

Mes compatriotes Français apprécieront…

« Trojan » a choisi de s’amarrer à côté du traversier qui dessert Saint-Siméon, là bas sur la rive d’en face, à des kilomètres d’eau (très) froide. Le reste du port de plaisance est bien entendu désert…

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Nous passons notre dernière nuit à bord dans la sérénité d’un ciel étoilé (mais froid) après un passage par l’incontournable bistrot  » L’Intercolonial » (imaginez un non pareil de nos jours en France…) en rêvant aux bons lits qui nous attendent le lendemain à Rimouski chez nos amis

ETAPE 4: De Rivière du Loup à Rimouski

Ça sent l’écurie !…On dirait que « Trojan » est pressé d’arriver. Les barbes ont un peu poussé, chacun à bord a besoin d’une bonne douche chaude et d’un shampoing, il est temps de clore ma petite histoire.

Prenez tout de même encore deux petites minutes pour voir ces images du Parc National du Bic, une des perles du Grand Fleuve !

On atteint ici la plénitude , que-dis-je, la pleine splendeur du Saint-Laurent. A partir d’ici, les points de vue sur « la mer » sont réputés au point d’organiser chaque année des « Chasses au coucher de soleil », les paysages sont immenses et purs, . L’estuaire se fait golfe, et sur  l’autre rive est un autre monde: celui des immenses forêts de pins de Douglas, des ours, des loups, des grands cervidés, du gigantesque réservoir de la Manicouagan, puis des hauteurs solitaires du Labrador. Jack London, vous dis-je…

Inutile de détailler notre arrivée, elle se fait avec le petit serrement de coeur de toute fin de voyage, la tristesse de quitter notre cocon flottant et cette complicité d’équipage que seul procure un voyage sur l’eau. Peut-être irons nous même jusqu’à regretter les couchettes ma foi un peu humides de ce brave « Trojan », que nous avons mené à bon port et qui a bien mérité de sa patrie…

Mais je ne peux m’empêcher de vous proposer pour terminer un dernier petit « festival » d’images sur cette extraordinaire partie du fleuve dont j’ai eu la chance de suivre quatre jours durant la marche majestueuse …

 

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Merci de m’avoir suivi.

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Pour plus d’informations:

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Nouvelle-France

https://www.20minutes.fr/monde/1903843-20160802-video-canada-immense-baleine-passe-sous-bateau-touristes-francais

https://www.republiquelibre.org/cousture/ALLEMAND.HTM

– Un livre que j’ai beaucoup aimé:  « En canot sur les chemins du Roi », (de Québec à la Nouvelle-Orléans à la pagaie, par le Saint-Laurent, les Grands lacs et le Mississippi ) de Jean Raspail.

 

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