MEMORABILIA

Louisiane, entre charme et nostalgie – 1

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Notes et réflexions sur un voyage en Louisiane en Février 2019. Une seconde partie sur les Plantations et le « Pays cajun »  sera publiée ultérieurement.

 

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En guise de préambule:

La « Nouvelle France »…souvenons-nous .

Entre le XVIème et le XIXème siècles, la France a vécu sa grande aventure en Amérique du Nord. L’histoire de la Louisiane est indissociable de celle du Canada français car elles procèdent toutes les deux d’une même volonté de jouer un rôle dans le Nouveau Monde. Parti de Montréal en 1679, l’explorateur-navigateur René-Robert Cavelier de la Salle, natif de Rouen, atteint le Mississippi par les Grands Lacs et descend ce fleuve jusqu’à son embouchure où est fondée en Avril 1682 la « Nouvelle-Orléans », au nom du roi Louis XIV.

 

– La Salle ouvre ainsi le coeur de l’Amérique du Nord aux européens par sa première exploration du Mississipi. Il met l’immensité des territoires situés entre le golfe du Saint Laurent et le golfe du Mexique entre les mains des Français et contourne par l’ouest les colonies anglaises situées, elles, sur la côte atlantique. La France possède alors la moitié de l’Amérique du Nord, elle est en position stratégique privilégiée dans le Nouveau Monde.

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Je recommande sur ces questions la lecture de l’excellent ouvrage de l’historien Bernard Lugan:

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 » (…) Reconnue par Cavelier de la Salle qui, après une première expédition en 1669, prit possession de ses deux rives en 1682 et lui donna le nom de Louisiane, la vallée du Mississippi devint l’axe de pénétration par lequel la France prit le contrôle de tout le Centre-Ouest américain. C’est à partir du grand fleuve que s’opéra la première conquête de l’Ouest. Elle fut française et précéda de près de deux siècles la ruée américaine vers les montagnes Rocheuses (…) « 

 

New_France-(1534-_1763-1803)La Louisiane fut  donc française pendant 80 ans. Elle couvrait la superficie de presque 14 des États américains actuels ainsi que des parcelles des futurs Colorado, Wyoming, Minnesota et Texas.

Avec le Canada dit « français », ces territoires formaient la Vice-Royauté de la Nouvelle France.

On peut donc déplorer que la France, négligeant leur valeur géopolitique, ait plus tard abandonné trop facilement ces immenses possessions. Louis XV puis Bonaparte, se laissant obséder par les seules affaires européennes, renoncèrent en effet, l’un après l’autre, à l’avenir promis à la France dans le Nouveau Monde. 

En 1763, au Traité de Paris, qui mit fin à la Guerre de Sept Ans vec les Anglais, Louis XV, préféra conserver les Antilles plutôt que le Canada…A son tour, Bonaparte en 1803 décida de vendre la Louisiane aux Etats-Unis pour financer sa guerre contre l’Angleterre. Guerre qu’il perdit.

Voir à ce sujet :

https://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/200902/21/01-829808-labandon-de-1763.php

Ces décisions nous firent quitter pour toujours le Nouveau Monde où nous avions bien réussi, nous enfermant à tout jamais dans le Vieux Monde, cantonnés désormais au continent euro-asiatique, aux rives de la Méditerranée et à l’Afrique. Situation que nous sommes en train de payer aujourd’hui et dont on peut craindre bien pire pour demain.

Quoi qu’il en soit, c’est un bonheur de voir aujoujrd’hui les Acadiens se souvenir de leur passé. Même loin de leurs racines géographiques, et même avec le passage du temps, les peuples n’oublient pas facilement leurs origines…et il faut s’en réjouir.

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– Mais on ne peut pas refaire l’Histoire. Passons sur les regrets, tournons la page et plongeons plutôt dans le bonheur bien actuel d’un séjour touristique (et mémoriel) aux rives du Mississippi. « Laissons les bons temps rouler« , comme disent les Acadiens…

– Il n’y a pas en Louisiane de paysages grandioses. Des lacs et des marais partout, pas le moindre relief : la région culmine à 163 mètres ! Dans cet environnement un peu déconcertant, mille espèces volantes, rampantes, nageantes, dont bien sûr les alligators, mais aussi des cétacés, des cervidés , de très gros rongeurs et même des ours…De magnifiques chênes et les «cypress», ces arbres fantomatiques des marais que la mousse espagnole les couvre de pied en cap d’une chevelure ondulante et mystérieuse…Et par dessus tout cela, une humidité de tous les instants et la brume qui parfois couvre le fleuve d’une rive à l’autre…Comment s’étonner que les belles dames des riches plantations aient été quelque peu languides et que les « cajuns » n’aient toujours pas oublié leur septentrionale origine…

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Et pourtant, la Louisiane séduit. De ses occupants Indiens,  Français,  Espagnols,  Anglais et Africains , elle a hérité une personnalité forte et originale, assez proche de celle des îles Caraïbes qui ont suivi un peu le même cheminement.

Elle séduit par son architecture, par son atmosphère joviale, par ses habitants accueillants, par sa musique, par sa cuisine, par ses mystérieux bayous, en un mot par son charme. Elle vous accroche aussi par le souvenir des grandeurs historiques perdues, par les images romantiques des fastes d’antan, par ces acadiens francophones qui ne renoncent pas à leurs origines, elle vous tient par sa nostalgie

Le Mississippi, dieu tutélaire…

Rien ne s’explique en Louisiane et dans les états voisins sans la toute puissance du Mississippi, le « Big River », le « Old Man River », le « Mighty Mississippi », artère vitale qui traverse l’Amérique du Nord au Sud sur près de 4.000 kilomètres, qui a apporté au fil du temps le bienfait de ses limons aux basses terres et par laquelle il fut possible aux  aux explorateurs  puis aux marchandises de remonter depuis l’Atlantique jusqu’aux Grands Lacs, dans le coeur même du continent.

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Le bassin du Mississippi

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Des dimensions à la taille de l’Amérique…

–  Un très beau documentaire en deux parties (et en anglais) à voir si vous avez le temps:

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Notre voyage commence à la Nouvelle-Orléans, aéroport d’arrivéepuis, selon un itinéraire « classique », nous visiterons (dans un autre post) les Plantations créoles du Mississippi puis le « Pays Cajun », chez les anciens Acadiens.

1. New-Orléans, l’inimitable…

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New-Orleans ne ressemble à aucune autre ville des Etats-Unis.

Tennessee Williams l’avait bien compris:

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Qu’on l’appelle « N’awlins » ou « Nola », « Big easy » ou encore « Crescent City » parce qu’elle épouse la forme d’un coude du Mississippi, c’est un lieu « autre », très vivant, très bigarré et qui ne dort pas souvent. C’est donc aussi un lieu pour l’Homo Festivus, au sens négatif où l’employait le regretté Philippe Murray et certains visiteurs pourront être rebutés par ses côtés artificiels ; mais une ville qui vit à 60% du tourisme ne peut pas avoir l’air tout à fait « naturel », d’autant qu’elle a choisi de se distinguer par une certaine dose d’excentricité.

Il reste qu’à moins d’être très grincheux, on est tout de suite séduit par celle qui est à la fois romantique et un peu déjantée, un peu piquante et provocante mais aussi un peu provinciale et rangée…et en tous cas un haut-lieu de culture.

….une ville à visiter au moins une fois dans sa vie !

Il faut passer au moins trois jours à la Nouvelle-Orléans, qui n’est au demeurant pas avare de Musées (notamment son musée d’Art moderne, où les œuvres d’artistes français occupent une part privilégiée) et d’attractions diverses, dont de magnifiques parcs et quartiers de vieilles demeures patrimoniales dans le style du « Deep South« .

La ville est fréquentable de Janvier à Mai. Plus tard dans la saison, la chaleur y devient étouffante. Si l’on a le cœur d’affronter les foules endiablées du fameux Mardi Gras, les mois de Mars et Avril sont parfaits. Mais attention: les hôtels sont pleins à craquer et la ville quasi  paralysée…

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La première source d’étonnement pour le visiteur Français sera le déploiement en tous lieux, depuis  New-Orleans l’Américaine jusqu’au fin fond du pays Cajun, d’innombrables drapeaux tricolores sur les façades, à une époque où en France, ils se font rares…voire indésirables.

Cerise sur le gâteau: le fanion de la Nouvelle-Orléans est bleu-blanc-rouge à trois fleurs de lys. L’oeil se fait très vite à ce chatoiement inhabituel et y prend même un certain plaisir…oublié.

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« Nola », la ville aux deux visages

Pour pleinement mesurer la double personnalité de New-Orleans, que j’aime appeler « Nola« , il faut absolument consacrer du temps à ses deux principaux pôles d’attraction:

– le « Vieux Carré ,» légendaire, où vous conduirons immédiatement vos pas, d’une superficie assez restreinte, quelques « blocs » à peine. On y marche volontiers, et les voitures y sont d’ailleurs déconseillées ; il y a largement de quoi passer là des heures à déguster la fascinante architecture coloniale sous les balcons de fer forgé ouvragés  » à l’espagnole », fort photogéniques. Et des nuits à naviguer d’une bonne musique à l’autre, comme probablement nulle part ailleurs en Amérique.

– le « Garden District », aristocratique, et ses prolongements dans le Lower Garden District. Cest l’autre visage de la ville, son côté provincial et fastueux, mais tout aussi attachant, la vie du Sud profond, dans un foisonnement végétal qu’on ne retrouvera qu’autour des grandes Plantations du Mississippi.

1. Le Vieux Carré

Les rues s’appellent « Toulouse », « Bourbon », « Saint-Louis », « Dauphine », « Dumaine », certaines portent encore leur ancien nom espagnol, du temps assez court (41 ans) où la ville appartint, par le jeu de traités diplomatiques, à la couronne de Castille…Le « Vieux Carré » , c’est la musique omniprésente de petits groupes de musiciens de rue. Sous les arcades, d’innombrables enseignes proposent d’innombrables choses et mille occasions de plaisir; des jardins presque secrets laissent, par leurs grilles entrouvertes sur des massifs de bougainvilliers et de lauriers roses, deviner on ne sait quel univers de délices… Le palais, l’oeil et l’oreille sont ici à la fête.

 

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Parmi les adresses intéressantes, certaines méritent par leur histoire et celle de leurs occupants une attention plus grande que d’autres. En voici trois, choisies pour la personnalité ce ceux qui les habitèrent…ou qui faillirent les habiter :

– Le numéro 624 de Pirates Alley, une des rues les plus fameuses de la ville, où on dit que les flibustier tenaient table ouverte, fut la demeure de William Faulkner, un des plus grands écrivains américains, enfant chéri de « Nola ». Le rez de chaussée abrite aujourd’hui une des meilleures libraries de New-Orleans.

 

 

– au 722 de Toulouse Street, le grand dramaturge Tennessee Williams, auteur de « Un tramway nommé désir » et « La chatte sur un toit brulant », écrivit une de ses toutes premières pièces, « Vieux Carré ».

 

 

– Mais c’est, ironiquement, une maison située au numéro 500 de Charles Street qui est la plus connue…pour n’avoir jamais été habitée par son destinataire, en l’occurrence Napoléon Bonaparte! Etonnante histoire que celle de ce Nicolas Girod, maire de La Nouvelle-Orléans de 1815 à 1820 et grand admirateur de l’Empereur : en 1821, il fit don de sa propre demeure à Napoléon ( alors en exil à Sainte Hélène) pour le cas où il réussirait à s’évader, mais n’eût bien entendu jamais le plaisir de l’y recevoir. Il décida alors de conserver la maison en l’état , ne la loua jamais et ne la vendit pas. Ses descendants furent moins fidèles et elle est aujourd’hui un des Bar-Restaurants les plus fréquentés de Nola, conservée par son actuel propriétaire « dans son jus »…

 

 

– Des personnages parfois hors du commun font partie intégrante du paysage urbain : des gens qui ont l’air de simplement vivre comme bon leur semble, sans aucune affectation et dans la bonne humeur, et c’est un des grands charmes de cette ville bon enfant.

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– Circulez en « Streetcars » (en bon français…« tramways»). Joliment colorés « à l’ancienne » et bien briqués,  d’une propreté scupuleuse, ils donnent, plus encore qu’à San Francisco, l’impression de se mouvoir dans un décor de cinéma ou une comédie musicale. Les rouges vont sur Canal Street et desservent le Vieux Carré, les verts le long des belles demeures de St Charles Street, dans le Garden District.

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– Mais le mieux reste de flâner le nez au vent dans les rues où il y a sans cesse quelque chose ou quelqu’un de curieux ou de cocasse à voir, quelque personnage un peu excentrique, quelque chose de bon à déguster, à écouter, à remarquer de cette Amérique là, si différente de l’arrière pays « cajun  » et des grandes plantations, nettement plus conservateurs.  Vous ne vous attendiez pas à trouver de ce côté-ci de l’Atlantique une statue de Jeanne d’Arc, n’est-ce pas ? Ou des boutiques vous proposant les ingrédients et gris-gris de votre prochaine séance de vaudou? Et pourtant…

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– Ce fameux Vaudou, a ici rien de moins qu’un musée et une présence réelle par le biais (je résume) des nombreux descendants d’esclaves et des Haïtiens immigrés en Louisiane dès la fin de la « Révolution » haïtienne de 1804. Tout le monde connait ici la vie de Marie Laveau, une légende, qui vécut et exerça son ministère dans la ville et bien au delà au XIXème siècle. Elle fut une personnalité locale respectée par toutes les communautés et elle est enterrée au cimetière Saint-Louis où sa tombe reçoit de nombreux gris-gris, dons et hommages.

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Les boutiques « Voodoo« ne ferment presque jamais, bien sûr, (et surtout pas la nuit…) mais rassurez-vous: nous sommes en Amérique, et s’il vous manquait une poupée ou  quelques épingles pour terrasser vos ennemis, tout est prévu…y compris une application spéciale pour votre iPhone !!! Le Vaudou par téléphone, qui dit mieux ???C’est cela aussi, New-Orleans…

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Sur la grande esplanade de Jackson Square, coeur de la ville, visitez le Cabildo, transformé en musée d’Histoire de la Louisiane. C’est l’ancien Conseil Municipal (et prison) du temps des Espagnols

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On y trouve bien sûr documents et informations sur l’esclavage, dont la Nouvelle-Orléans puis New-Orleans furent un des grands port d’arrivée et un centre essentiel de vente d’esclaves dans tout le Sud des Etats-Unis.

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Y figure également en bonne place le récit de la Bataille de la Nouvelle-Orléans, qui, en 1814, fut décisive dans la courte « Guerre Anglo-Américaine de 1812″, un conflit dont  on ne sait généralement pas en Europe qu’il fut la « Seconde guerre d’Indépendance » des USA contre l’Angleterre.

Résumons-le ici: profitant que le Royaume Uni est aux prises avec Napoléon en Europe, la jeune république américaine (indépendante depuis 1776) décide en 1812 d’attaquer le Canada, encore sous domination britannique, et d’expulser une fois pour toutes les Anglais hors du continent. Le conflit se déroule sur les Grands Lacs et dans le Sud, en Louisiane où les Anglais tentent de s’emparer de la Nouvelle-Orléans et du Missisippi, axe stratégique Nord-Sud permettant de contrôler le continent…

La Bataille de New-Orleans met face à face entre 8000 et 10.000 Anglais et 4000 Américains. Les Américains, dirigés par Andrew Jackson, aidés par les civils américains et les esclaves noirs, s’abritant derrière un haut talus constitué de balles de coton et de sucre de canne, remportent sur les Anglais une écrasante victoire, qui leur fait reprendre définitivement le chemin de Londres…et dont la gloire hissera plus tard  Andrew Jackson au rang de 7ème président des Etats-Unis.

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Le champ de bataille de Chalmette est situé à quelques kilomètres de « Nola ». Vous apprendrez au passage le rôle déterminant dans cette bataille du citoyen français Jean Laffite, corsaire, contrebandier et flibustier de son état, qui apporta une aide précieuse aux Américains en leur fournissant, malgré le blocus naval anglais, ses hommes, sa poudre et ses canons de bord, lesquels décidèrent du sort de la bataille. Il sera, presque à l’égal  d’Andrew Jackson, le héros du jour et restera fameux dans le « pays Cajun ». Ce qui n’empêche d’ailleurs pas des perceptions fort différentes de sa personnalité, si l’on en croit trois « portraits » fort différents conservés de lui:

Regardez son histoire et celle de la Bataille de la Nouvelle Orléans dans la courte vidéo ci-après, réalisée par un quotidien francophone de Louisiane… 

 

– Je recommande également une visite au Mémorial de la Confédération Sudiste, qui réunit des collections et documents sur la Guerrre de Sécession.

Ce musée mérite un détour pour tous les amateurs d’Histoire, mais aussi pour ceux qui se refusent aux excès idéologiques actuels des milieux universitaire et intellectuels américains. Ceux-ci ont poussé ces deux dernières années à jeter aux orties toutes les oeuvres d’art commémorant des évènements jugés incompatibles avec leur vision du monde « politiquement correcte »; après avoir réclamé (et parfois obtenu)  la destruction de statues de Christophe Colomb, dont la découverte de 1492 (fortuite, rappelons-le) aurait selon eux provoqué l’asservissement du Nouveau Monde (sic) , ils s’en sont pris aux symboles de la Guerre de Sécession: ici, à New-Orleans, ont été déboulonnées les statues des grands personnages historiques de la période 1860-1865, dont celles du Général Robert Lee et de Jefferson Davis, Président de la Confédération Sudiste.

On ne peut , certes, que réprouver la pratique de l’esclavage dans le Sud des Etats-Unis à l’époque du coton et de la canne à sucre; mais on ne peut, me semble-t-il, approuver une réécriture ou un effacement du passé en fonction de critères politiques, économiques et sociaux actuels.

C’est une pente bien dangereuse que de vouloir créer des glissements chronologiques sous des prétextes moraux:  les Soviétiques y excellaient, les Nazis brûlaient les livres jugés «décadents » et bien plus récemment, les Khmers Rouges, les Talibans ou l’Etat islamique n’ont pas hésité à détruire les Bouddhas de Bamian ou les monuments de Palmyre pour effacer les traces de cultures qu’ils désapprouvaient. Autant de dérives dont les sociétés ouvertes devraient savoir se prémunir…Mais la haine de soi est mauvaise conseillère.

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– De Jackson Square, vos pas vous conduiront vers le « Big River », le Mississipi, large et majestueux, qui amorce ici son delta. Les rives sont assez austères: pas de monuments immortels, pas d’hôtels particuliers ni de façades haussmaniennes, mais seulement, au delà de quelques immeubles et usines entrevues sur l’autre rive, l’horizon qu’on devine  plat et vide du grand marais et des bayous de l’embouchure. Les moustiques ont certes été éradiqués,  et de grands navires de charge ont pris le relais des bateaux à aube du « Big River », mais au milieu se faufile, comme rescapé du passé ou échappé d’une production hollywoodienne, le « Natchez », un des derniers « steamboats » à bord duquel on peut faire un tour ( attention, tourisme…) et qu’on imagine volontiers encore plein de « gamblers » tirés à quatre épingles et de « fancy women » en crinoline…Un plaisir un peu factice qu’il ne faut pas forcément bouder, « Laissons les bons temps rouler« , on est en Louisiane !!!!

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Et d’ailleurs, au cas où vous auriez un coup de foudre pour les bateaux à aube et les crinolines, ou un envôutement soudain pour la « Big River », ce qui se comprendrait aisément, il est tout à fait possible de faire une croisière (apparemment de luxe) à bord de l’un d’eux, avec une halte à New-Orleans et de revivre l’époque, immortalisée par la littérature comme par le cinéma, où ces « vapeurs » remontaient jusqu’à Saint-Louis avec leur cargaison de pionniers en partance vers l’Ouest, talonnés par les joueurs de poker et autres dames légères intéressées par leurs économies.

Une occasion aussi de relire les mémoires du plus célèbre des pilotes de « steamboat », le fameux Samuel Clemens, plus connu sous le nom de Mark Twain …

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_sur_le_Mississippi

 

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Jazz, Jazz, Jazz !!!!

« New-Orleans, temple du Jazz« , cela va sans dire…Encore, d’ailleurs, que l’Etat voisin du Mississippi revendique d’être celui du Blues, et que Memphis de son côté estime que finalement…Mais bon: s’il y a dispute sur l’héritage, c ‘est que celui-ci en vaut tout à fait la peine!

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Il faut visiter le « Musée du Jazz » :    https://www.facebook.com/nolajazzmuseum/.   ainsi que le  « Preservation Hall »  ( http://preservationhall.com/hall/) où l’on peut s’immerger chaque soir dans un flot de musique authentique.

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Les gens de ma génération auront par ailleurs le plaisir de trouver dans les collections muséales, parmi nombre d’instruments ayant appartenu à des jazzmen célèbres,  le premier cornet à piston de Louis Armstrong âgé de 16 ans…et le piano d’une sympathique idole de notre jeunesse, « Fats » Domino, Antoine de son vrai prénom, citoyen francophone de Nola, dont j’invite les nostalgiques comme moi à réécouter le fameux  » Blueberry Hill »:

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Le cornet de Louis Armstrong

 

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– Tout près des quais du fleuve, allez trainer un peu au « French Market » où les Néo-Orléanais viennent s’approvisionner en produits culinaires fleurant la Vieille Europe, car ici on aime la table. La tradition dit qu’il aurait été créé par Rose Nicaud, une esclave émancipée, qui aurait commencé à vendre à cet endroit du café au lait sur une carriole vers le milieu du XIXème siècle.

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Rose Nicaud

Toujours est-il que le « Marché français » est devenu un des hauts lieux de Nola, et que le café de Rose Nicaud est maintenant une institution :  le « Café du Monde » , temple des beignets frais et du café au lait et à la chicorée, comme du temps de votre grand-mère est un lieu légendaire à voir et essayer, notamment le Dimanche si on ne craint pas de faire la queue. Pour patienter, on pourra toujours bavarder avec les locaux toujours souriants, toujours enchantés de parler à des Français, – et souvent en français.

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Après ces agapes dont Nola n’est pas avare tant les « pauses café » et autres prétextes à boire un verre ou grignoter un morceau sont nombreuses, on pourra retourner, pour une petite marche digestive, faire quelques pas et quelques photos sur les bords du fleuve, surtout s’il a revêtu son charme mystérieux des jours de brume…encore un autre visage de cette ville multiforme !

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2. Le « Garden District », une oasis urbaine…

C’est l’autre grand visage de « Nola » à ne surtout pas oublier;  son côté plus sage, pourrait-on dire, mais tout aussi séduisant, et il est tout près du Vieux Carré. On peut s’y rendre en « Streetcar », mais une fois sur place, là aussi il faut marcher le nez en l’air. Le Garden District est un hâvre de calme, un îlot de verdure exotique et un régal des yeux: on aurait tort de le négliger. Il illustre parfaitement la double personnalité de la ville et donne un aperçu des richesses naturelles de la nature louisianaise.

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Arpentez les belles avenues bordées de « mansions » et  les allées de chênes du parc Audubon, le célèbre peintre des « Oiseaux d’Amérique »; appréciez l’art de vivre des  bonnes familles Créoles du « Sud profond », dans ces magnifiques demeures entourées de bananiers, de bougainvilliers et de magnolias. Commencez ici à appréhender ce que vous retrouverez le long des méandres du fleuve, dans les grandes et célèbres Plantations qui font la réputation romantique de la Louisiane.

Pour vous inciter à la promenade, voyez cette courte vidéo :

https://www.bigboytravel.com/louisiana/neworleans/gardendistrictwalkingtour/

Ici encore, trois adresses au moins méritent d’être signalées et qui nous rappellent, avec les écrivains évoqués plus haut, que le Sud a toujours été un grand vivier de la littérature aux Etats-Unis.

au 1815 de First Street s’élève la maison de Mark Twain, l’écrivain du Mississippi, transformée en musée.

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https://www.biography.com/news/mark-twain-biography-facts

– au 2900 de Prytania Street, c’est Francis Scott Fitzgerald, grand ami d’Ernest Hemingway, membre de cette « Génération perdue » d’auteurs américains exilés à Paris entre les deux guerres, qui passa ici deux ans pour travailler en paix.

 

 

– enfin, au 2336 Esplanade Avenue, une adresse incontournable pour les Français: celle où Edgar Degas, notre grand impressionniste aux petites danseuses , dont la mère était une Créole de « Nola », demeura le temps de composer 24 toiles entre 1872 et 1873…A retenir sur le plan pratique: la maison est aujourd‘hui un B&B haut de gamme.

Degas, un impressionniste à La Nouvelle-Orléans

 

 

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– Vous trouverez enfin au Garden District un zoo présentant la faune de la région.

Je n’aime pas beaucoup voir des animaux encagés, en revanche c’est le nom de ce zoo qui m’ a intéressé : c’est celui d’un personnage qui me fascine et dont je veux absolument vous dire quelques mots.

Connu dans le monde entier sous le nom de John James Audubon, il fut en réalité un de ces Français qui « comptèrent » dans le Nouveau Monde et dont l’oeuvre a passé les générations.

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Il s’appelait de son vrai nom Jean-Jacques Audubon, était né à Saint-Domingue d’une mère Nantaise et d’un corsaire Breton. Il fut élévé en France au domaine de la Gerbetière à Couëron (à l’ouest de Nantes), mais en 1803, à l’âge de 18 ans, il partit aux États-Unis afin échapper à la conscription en vigueur en France pendant les guerres napoléoniennes.

Il s’installe en Pennsylvanie où, passionné par la nature, il étudie l’histoire naturelle et la peinture, parallèlement à son métier de contremaître dans une ferme.  Puis il décide un jour de descendre le Mississippi avec son fusil, sa boîte de couleurs et un assistant, dans l’intention de trouver et de peindre toutes les espèces d’oiseaux d’Amérique du Nord.

Il mène à partir de 1810 une vie errante. En 1812, il prend la nationalité américaine. Son épouse, Lucy Bakewell,  travaille comme préceptrice dans les familles de riches planteurs du Sud. Ne disposant pas d’autres revenus, Audubon améliore l’ordinaire en vendant des portraits à la commande.

N’ayant, étrangement, pas trouvé d’éditeur aux Etats-Unis, il part pour Londres avec son portfolio et son succès est immédiat. Il est fêté comme « l’homme des bois américain » et son ouvrage, remarquable par l’exactitude des détails et par la beauté de l’exécution, comptera le roi George IV parmi ses admirateurs enthousiastes; Audubon est même élu membre de la Royal Society.

Prenez quelques minutes pour découvrir ou retrouver ses chefs d’oeuvres:

Audubon publie enfin en 1838 son grand ouvrage sur les oiseaux d’Amérique et achète une propriété sur l’Hudson River, où il passe quelques années au calme. Puis il reprend en 1843 ses expéditions et entreprend cette fois la description des Quadrupèdes vivipares d’Amérique du Nord.

Mais le livre sera achevé par ses fils et sa femme car John James Audubon, » Jean-Jacques » de son vrai prénom, meurt en 1851 au terme d’une vie absolument exaltante de voyageur, de scientifique et d’artiste. Il est enterré au cimetière de Trinity Churchyard à New-York, où se trouve un imposant monument érigé en son honneur.

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– Revenons à « Nola »: c’est au Vieux Carré qu’il faut aller diner, pour son ambiance inimitable. On y trouvera d’ailleurs nombre des meilleures adresses, dans une animation permanente et les lumières complices des lampadaires à gaz…et celles moins discrètes des néons.

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A l’apéritif, les Français auront (peut-être) plaisir à retrouver un vieux vice bien de chez nous: l’absinthe !…, «L’élixir des poètes », la « Fée verte », de nouveau autorisée en France où elle avait été interdite depuis 1915, est ici consommée comme une boisson exotique, voire « aphrodisiaque » (sic) dans nombre de bars et tavernes. Le mythe de la boisson interdite (ah, les transgressions !!!…) continue à attirer les gens de toutes les couches de la société, comme au temps de Zola ou comme le whisky de la Prohibition …

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Parmi les bars qui vous feront tâter du délicieux péché, l’enseigne de la « Old Absinthe House » dont on nous affirme qu’elle sévit depuis 1807, l’époque du fameux flibustier Jean Laffitte, dont nous avons déjà parlé. Une autre, « Pirates Alley Café », vous le servira selon le rituel:

 

Quant à la « cuisine du Sud « , relevée et savoureuse, elle est bien servie par les abondants fruits de mer du golfe du Mexique et le célèbre boeuf du Texas voisin. Les gastronomies de la « Big Easy » procèdent essentiellement des vieilles recettes créoles et acadiennes au demeurant servies en portions « à l’américaine », c’est à dire qui se partagent bien. Cette cuisine s’accommode fort bien des Pinots Noirs  et des Pinot Grigio de Californie, vins bien ronds agréables au palais parfois un peu malmené par les épices. Au bistrot sans façons « La Maison Chartres« , où on peut manger, comme dans beaucoup d’autres, quasiment sur le trottoir ou au balcon, le Pinot Noir, délicieux, s’appelait « Prophecy« : tout un programme…

Pour vous aider dans votre choix d’une (bonne) table à Nola, une adresse utile en français:

https://turbigo-gourmandises.fr/ou-manger-a-la-nouvelle-orleans-bonnes-adresses/

 

Nola, ANTOINE.jpg

– C’est enfin, après dîner, un « must » de déambuler le soir dans le Vieux Carré: les plus sages iront arpenter Frenchmen Street et quelques rues alentour où l’on peut entendre, dans maintes « boites », privées ou ouvertes sur la rue, mais aussi à même les trottoirs ou la chaussée, de petits ensembles de jazz, de funk, de blues: il y en a pour toutes les bourses et pour tous les goûts !!! Les jeunes préfèreront peut-être Bourbon Street la canaille, davantage portée sur des musiques qui « déménagent » et où ils pourront trainer bien plus tard dans la nuit.

Et pour vous accompagner dans votre promenade, je vous propose la musique de Justin Johnson, un guitariste d’exception que j’affectionne:  il n’est pas de New-Orleans mais de Memphis, autre berceau historique musical du Mississippi, mais de toutes façons, ici le blues n’a pas de frontières !…

 

 

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Profitez bien !!!

Je vous donne rendez-vous dès que possible pour la seconde partie de ce voyage en Louisiane. Merci de m’avoir suivi.

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