MEMORABILIA

 

Bahamas, San Salvador 3

 

La mer est calme, le vent régulier, mais l’horizon reste désespérément vide… Soudain, le 10 octobre 1492, un cri triomphal tombe du grand mât: « Tierrrââââ » !!! Et tout à coup, les souffrances oubliées, on se congratule, on rit, on remercie Dieu, on acclame bien haut le chef de l’expédition…et on boit à la santé de Ferdinand et Isabelle, les bons Rois qui ont financé le voyage.

Un détail, cependant, leur échappe, à ces aventureux marins embarqués avec « le fou » Christophe Colomb: ils croyaient arriver en Asie…ils abordent en réalité aux rives de la future Amérique.

Et ils sont aussi, sans le savoir, en train  d’accomplir une révolution dans l’Histoire : pour la première fois vont être mises en contact toutes les sociétés humaines…

C-Colomb, Bahamas

Deux jours plus tard, le 12 octobre 1492, Colomb prend possession de ce bout de terre au nom des Rois Catholiques. L’île s’appelle Guanahani, qu’à cela ne tienne, il la rebaptise    « San Salvador» (Saint Sauveur), pour remercier le Seigneur de l’avoir mise au bon moment sur son chemin. Il échange quelques cadeaux avec la population locale, très amicale et qu’on s’étonne fort de voir déambuler complètement nue, car on avait une toute autre image des Asiatiques…

Puis il avitaille et réembarque, sans plus perdre plus de temps,  pour aller chercher dans les parages la «vraie» Asie et la Chine, celle des soieries et des épices, celle dont on rêve depuis Marco Polo et qui ne doit plus être bien loin…

Bahamlas, Croix Colomb.jpg

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

C’est donc ici, aux Bahamas, sur cette petite île de Guanahani-San-Salvador, que commence, pour nous Européens, l’Histoire du Nouveau Monde.

 

Bahamas, Colomb, Carte.jpg

 

******************************

 

Bahamas, Colomb, 6

Les habitants de San Salvador qu’a rencontrés « le Gênois » étaient une  peuplade Arawak connue comme « Lucayens », qui a donné son premier nom à l’archipel (les îles Lucayes). Venant du continent, ils sont arrivés là entre les années 500 et 800.

Ils étaient originaires d’Amazonie et des contreforts des Andes. C’étaient des populations néolithiques pacifiques, vivant de l’agriculture, la pêche et la cueillette, qui avait développé un art de la gravure et de la poterie. Ils furent chassés de leur habitat traditionnel par les redoutables Indiens Caraïbes, dont certains envahirent les Antilles, donnant leur nom à cette partie du monde.

Arawak, 6
Arawaks , 1930

 

On sait assez peu de choses des Arawak parce qu’ils ont aujourd‘hui pratiquement disparu: exploités par les Européens dans les mines d’or de Cuba, mais également balayés par la forte poussée démographique des Africains amenés par centaines de milliers dans toutes les Caraïbes par l’esclavage. Les Arawaks sont progressivement devenus minoritaires, ils se sont peu mélangés aux Africains et ils se sont lentement effacés. Des Arawaks ( et des Caraïbes) d’origine,  il ne reste qu’une population résiduelle et très métissée: les Garifunas, qu’on trouve sur les côtes atlantiques du Honduras, du Bélize et du Guatemala, et qui totalisent environ 7% de la population.

Aujourd’hui, ce sont les Africains qui représentent 85 % de la population de la région Antilles-Caraïbes. Telles sont les lois impitoyables de l’arithmétique démographique

********************************

L’histoire des Bahamas est assez romanesque.

Leur nom d’abord : Bahamas vient de l’espagnol « Islas de Baja Mar », c’est à dire les « Iles de Marée-Basse », puis a été anglicisé. Melting Pot….

A la suite de Christophe Colomb, les Espagnols ont été les premiers à fréquenter l’archipel où leurs navires faisaient de l’eau et des vivres. Ils n’ont en revanche jamais cherché à l’occuper mais le considéraient comme une possession de fait.

C’est alors qu’un intérêt britannique pour les Bahamas prend tout à coup naissance un millier de kilomètres plus au Nord, dans l’archipel des Bermudes, occupé par les Anglais depuis 1612. Une querelle religieuse entre colons anglais locaux pousse les autorités à chercher une autre terre où pourraient être réinstallés une partie des protagonistes. C’est ainsi que, venue des Bermudes, la première colonie européenne permanente s’installe en 1647 sur l’île d’Eulethera et elle est britannique.

Bahamlas, Carte générale 2.jpg

Faute d’une volonté suffisante, la colonisation ne prend pas. Les anglais vivant là se contentent de faire le minimum d’échanges nécessaire à leur survie avec la côte américaine proche.  En revanche, la piraterie fleurit…

Après une vingtaine d’années de semi-anarchie, le roi Charles II accorde en 1660 à huit Lords de ses amis une charte de gouvernement et d’exploitation de l’archipel,  à charge pour eux d’en assurer la sécurité. Il leur doit bien cela : ces huit Lords sont ceux qui l’ont aidé à revenir sur le trône après la révolution de Cromwell au cours de laquelle avait été décapité son père Charles 1er …

Un gouvernement local est donc installé à la Nouvelle-Providence, mais là encore sans grand effet: les huit propriétaires n’investissent pas et les colons s’aperçoivent rapidement que la piraterie est plus rentable que l’agriculture…

Pour ne rien arranger, les Espagnols, qui estiment comme on l’a vu avoir des droits sur l’archipel y font maintenant de fréquentes incursions et l’occupent même par intermittence.

Le désordre devient tel qu’une « République des Pirates » est fondée par le redouté Edward Teach, plus connu sous le nom de Barbe-Noire !.. Les flibustiers utilisent les Bahamas pour attaquer les navires de commerce espagnols, français ou anglais, et vont vendre leur butin dans les deux Carolines. Cette domination de la flibuste parvient même à compromettre tout le commerce entre l’Amérique et l’Europe.

barbenoire.jpg
Barbe-Noire le pirate…

Finalement, les huit Lords, mauvais gestionnaires mais fins négociateurs, parviennent à revendre l’archipel à la Couronne britannique qui leur en avait fait don (!!!) et il faut attendre 1714 pour qu’un nouveau roi d’Angleterre, George Ier, décide de nommer un Gouverneur royal des Bahamas et de lui donner les moyens de sa politique.

Il choisit un homme très énergique, le capitaine Woodes Rogers, dont la devise en latin de sacristie annonçe les intentions : « Expulsis piratis, restituta commercia». Woodes Rogers, officier de marine, dont on connaissait les exploits pendant la guerre de Succession d’Espagne, était écrivain à ses heures. Il avait publié, en 1712, l’histoire d’un marin, Alexander Selkirk, qu’il avait recueilli, en 1709, sur l’île déserte de Mas a Tierra dans le Pacifique Sud. Ce récit allait inspirer, en 1719 à Daniel Defoe un des romans les plus lus dans toutes les langues: « La Vie et les Aventures surprenantes de Robinson Crusoé ».

Le nouveau gouverneur met un terme au règne des pirates, et en fait pendre quelques douzaines dont le fameux Jack Rackham, dit « Calico Jack », célèbre pour son goût des vêtements très colorés et pour ses complices et maîtresses Mary Read et Anne Bonny, deux redoutables femmes-pirates. ( Et accessoirement personnage d’un célèbre album des aventures de Tintin: « Le trésor de Rackham le Rouge »)…

 

 

– A peine les pirates pendus ou expulsés, la Grande-Bretagne doit défendre sa colonie face aux rebelles Américains, engagés contre l’Angleterre dans leur Guerre d’Indépendance. Georges Washington envoie en effet plusieurs expéditions pour tenter d’occuper New Providence, où trouvent refuge et appui du gouvernement anglais environ huit mille « Loyalists », c’est à dire les colons anglais qui n’ont pas voulu devenir américains. Les « Insurgents » américains nouvellement indépendants ne tiennent pas à voir subsister  si près de leurs côtes un bastion avancé de l’Angleterre…

Mais Washington échoue, retour au calme, l’archipel reste Anglais. Pourvues d’un gouvernement, d’assemblées législatives, de tribunaux, de services publics, les Bahamas sont enfin en mesure d’accueillir de nouveaux colons dans des conditions acceptables.

Après une période de paix très relative car encore marquée de quelques combats avec les Espagnols qui n’ont pas renoncé à récupérer l’archipel, éclate aux États-Unis la guerre entre les États du Nord et du Sud de l’Union en 1861, la « Guerre de Sécession »…

Et voilà les Bahamas de nouveau mêlées à un conflit ! Du fait de leur proximité géographique avec les Etats-Unis, Nassau devient un véritable arsenal pour les Sudistes, qui s’approvisionnent d’armes en Europe et bien sûr en Angleterre, trop heureuse de renvoyer aux Etats-Unis monnaie de leur pièce !…La plupart des pilotes des  bateaux « forceurs de blocus » sont d’ailleurs des officiers de la Royal Navy en congé « spécial » ou en retraite. Mais pas seulement, car des Français participent activement à l’aventure, comme le capitaine Eugène Tessier, natif de Lorient, qui sera le premier « forceur de blocus » de la Guerre.

eugene_tessier-25daa.jpg

Jules Verne publiera un roman sur « Les forceurs de blocus », qui allaient chercher du coton dans les ports Confédérés et leur livraient en échange les armes nécessaires au combat contre l’Union.

Je recommande aux amateurs d’histoire un article passionnant sur une épopée fort mal connue (si ce n’est par le roman et le film « Autant en emporte le vent« , dont le héros Rhett Butler est précisément un de ces aventuriers) :

https://www.histoire-genealogie.com/Les-Blockade-runners-de-la-Confederation-pendant-la-guerre-de-Secession-1861-1865

boat_br_3-cf9aa.jpg

En réalité, bien que générateur de conflits, ce trafic n’a pas, loin de là, que des inconvénients: il rapporte beaucoup d’argent aux Bahamas, et permet de construire les premiers grands hôtels, notamment le Royal Victoria Hotel, en 1861, où vivent les trafiquants enrichis et les « Blocade Runners ».  Il va également permettre, en multipliant les routes maritimes, d’attirer pour la toute première fois après 1870 des « voyageurs de tourisme », qui s’embarquent à Savannah en Géorgie et mettent deux jours en Steamer à aubes pour gagner Nassau.

 

 

Autre avantage pour le développement de l’archipel : la victoire du Nord, en 1865 et les mauvais traitements imposés au Sud provoquent un nouvel afflux de population européenne, commerçants et  planteurs sudistes fuyant la Louisiane, les Carolines et la Géorgie.

Dès lors, les Bahamas vont se commencer à se développer mais aussi se spécialiser dans le commerce… et le trafic. La proximité des Etas-Unis, qui leur avait valu quelques malheurs, a fini par les avantager: quand est votée la loi sur la prohibition aux USA, début 1919, ce ne sont plus des armes qu’on achemine jusqu’aux Bahamas mais des bouteilles ! Venant de toute l’Europe, des cargos apportent de l’alcool à Nassau où, de nouveau, des trafiquants, les bootleggers, à bord d’embarcations rapides, transportent jusqu’aux côtes américaines cet alcool de contrebande. Et c’est grâce à l’argent de ce trafic, que l’on aménage le port, qu’on installe les premiers réseaux électriques, et qu’on construit des hôtels, des phares…

Enfin arrive l’ère du tourisme…Après la Seconde Guerre mondiale, le monde commence à entendre parler des Bahamas et de leurs charmes. Un tourisme de luxe s’y développe peu à peu. Qui sait, peut-être que l’exil doré où Churchill envoie en 1940 le duc de Windsor après son renoncement à la couronne ( certes avec le titre de Gouverneur) y est-il pour quelque chose?

Quoi qu’il en soit, la Grande-Bretagne leur ayant accordé sans tergiverser l’indépendance en 1973, les Bahaméens vivent désormais une vie tranquille, tirent le plus clair de leurs bénéfices du tourisme et se flattent de rester fidèles à la Couronne. Comme dans tous les pays du Commonwealth, le portrait de leur chef d’État, la reine Élisabeth II, figure dans tous les locaux administratifs. Les juges portent perruque, les gentlemen un parapluie, la reine Victoria a sa statue, les dames ont des chapeaux roses, les fenêtres des guillotines, les maisons sont de couleurs pastel, on peut assister tous les dimanches à la relève de la garde comme à Buckingham Palace, on s’habille pour diner et les écoliers sont en uniforme aux couleurs de leur collège… Toutes les traditions britanniques sont donc respectées, et les Bahamiens sont très fiers de cet héritage. Ils ont le sentiment d’avoir ainsi quelque chose de plus que les Américains, même si ceux-ci leur apportent les dollars du tourisme, de la défiscalisation et du jeu, les casinos étant nombreux dans l’archipel.

 

 

*******************************************

 

Profiter des Bahamas…

 

P1010580

A ma connaissance, deux façons de s’y rendre depuis la France, dans ce paradis: par un vol direct de British Airways qui relie Londres à Nassau, ou par un vol de Paris jusqu’à Miami ou à Fort Lauderdale, puis un saut de puce de 35 minutes de Miami à Nassau sur une compagnie américaine ou Air Bahamas.

Le plaisir commence dès l’approche en avion, par une incroyable palette de couleurs posée juste sous les ailes, une vision un peu irréelle, l’impression de flotter dans un vaste camaïeu: c’est bleu, bien entendu, mais aussi turquoise, vert, c’est parsemé de rose un peu fluo (les rochers) et de blancs éblouissants (les bancs de sable)…Etourdissante symphonie, tourbillon de sensations…et « sérénitude » garantie.

Attention cependant: quelque soit le moyen choisi, vous ne pourrez entrer dans ces îles de rêve que si vous vous pouvez montrer un ticket de vol-retour et à condition d’avoir une adresse sur place (celle d’un hôtel suffira, mais réservez quelque chose à l’avance pour votre premier soir). Les Bahaméens ne tiennent pas à ce qu’on s’incruste indument chez eux. On les comprend.

Bahamas, avion X.jpg

Entre nous, compte tenu des prix pratiqués dans l’archipel, vous ne risquez pas trop de vous y attarder et en tous cas pas de vous y installer « incognito », sauf si vous avez 750.000 US dollars à investir sur place, ce qui pourra (en principe, mais seulement après enquête)  vous donner une carte de Résident Permanent; auquel cas il ne vous restera plus qu’à acquérir un bungalow ou un appartement – si vous en trouvez à ce prix, et à vous installer pour toujours…

Vous remarquerez vite, si vous êtes familier de la région, la différence fondamentale d’ambiance avec la plupart des autres îles des Antilles: tout ici est plus sobre, mieux organisé, plus digne. La propreté des rues, des lieux publics et des hôtels est irréprochable. La sécurité n’est pas absolue, mais bien supérieure à celle d’autres destinations voisines. D’ailleurs le milieu des des expatriés est composé en grande grande partie de businessmen, d’hommes de loi, de représentants de sociétés off-shore et de banques  nombreuses, efficaces et discrètes.

On trouve donc, ici, peu ou pas de mafiosi ou de politiciens sud-américains partis avec la caisse, comme il en traîne beaucoup à Miami: les Bahaméens cultivent une certaine façade d’honorabilité et n’apprécient pas davantage les bobos en rupture de ban et autres hippies déjantés, fussent-ils aisés.

Un tropique bien maîtrisé, en somme…

 

La capitale, Nassau.

Nassau est très « provinciale ». Pour moi, c’est une qualité.

De toutes façons, n’allez pas aux Bahamas pour un bain culturel, le pays n’a que peu de choses à offrir dans ce domaine. Et ne trainez pas trop à Nassau: c’est inutile pour un court séjour.

Une ballade à pied de deux heures vous suffira pour jeter un coup au centre ville, coloré, animé, parfois folklorique, hélas très « touristifié »:  les bateaux de croisières de masse s’arrêtent en effet au port de Nassau, situé en plein centre et ces « immeubles flottants » sont parfois (et surtout l’hiver) rangés au quai à cinq ou six de rang, leurs superstructures dominant, pour ne pas dire écrasant le quartier ancien de leurs passerelles futuristes…

On parle de construire un autre port pour les « immeubles flottants » en peu en dehors de Nassau: tant mieux !!!!! En attendant, le centre ville reste malgré tout sympathique, surtout côté mer où on voit de « vrais » bahaméens venir faire leurs emplettes au petit marché au poisson et profiter un peu de la petite plage.

DSC_0065.jpg

 

DSC_0090 2

 

Le reste donne l’occasion de faire quelques photos…un peu affligeantes: des groupes un peu paumés de touristes en short et liquettes multicolores du meilleur goût, le plus souvent canadiens ou américains, débarquent au matin dans la petite capitale, se fond promener en calèches et arnaquer dans les boutiques, puis ils retournent le soir à bord de leurs monstres à des degrés divers d’imbibition, offrant parfois aux yeux de tous un échantillon édifiant de l’espèce Occidentale. Pendant qu’ils cuvent, leurs immeubles à vapeur les transporteront à l’escale suivante de leurs « Huit jours dans les Caraïbes,  Repas, Boissons et Escales Compris »…

 

 

Il y a cependant aux Bahamas une strate beaucoup plus sélecte et discrète de population étrangère: quelques célébrités sur leurs îles privées et de vieux et riches anglo-saxons qui hantent les magnifiques demeures de  New-Providence ou de quelques «Out Islands», aussi secrètes qu’eux. On les rencontre dans les deux ou trois vrais clubs anglais de Nassau très fermés, à condition bien sûr d’y avoir accès soi-même…Nassau vaut d’ailleurs un tour en voiture le long des belles avenues fleuries et impeccablement entretenues des beaux quartiers, des plages chic ou des marinas de New-Providence.

 

 

Il faut mentionner pour mémoire  l’existence à Nassau de l’étonnant aquarium du massif complexe hôtelier Atlantis, frère jumeau de celui qu’on trouve de l’autre côté du monde à Dubaï, une sorte de Disney-World sous-marin qui ne laisse pas indifférent.

Bahamas, Complexe Atlantis  2.jpg

 

– Les Bahaméens sont à présent 400.000 environ. Ils sont plutôt gais, très affables et souriants avec les étrangers. L’accueil est partout agréable, l’ambiance très détendue sans jamais toutefois de familiarité déplacée (on est « british », n’est-il pas ???).

Ayant somme toute une vie agréable dans un tel cadre, ils ont un peu tendance à la dolence et aiment beaucoup s’amuser: qui leur en voudrait ? Si vous êtes là en hiver, ne manquez pas le festival du Junkanoo qui se déroule le 26 décembre (Boxing Day) et le 1er janvier dans les principales villes de l’archipel. Son nom dérive de celui de John Canoe, un africain affranchi qui aurait obtenu de ses anciens maitres anglais, dit lalégende, le droit d’organiser trois jours de liberté par an pour tous les esclaves. Et il le fit très bien !…

 

Festival de couleurs, de musique et de gaieté, le Junkanoo s’apparente, mutatis mutandis, au carnaval de Rio ou au Mardi-Gras de la Nouvelle-Orléans. On y retrouve les différentes racines de la culture bahaméenne : africaine, caribéenne, anglaise. A Nassau, on peut visiter tout au long de l’année le musée dédié aux masques et aux costumes du Junkanoo, ainsi que l’entreprise qui les fabrique de manière artisanale. Ils font d’excellents souvenirs de voyage.

Et à table ???

– La gastronomie aux Bahamas mélange les cuisines britannique, sud-américaine et africaine. Elle est originale, savoureuse, exotique, c’est une cuisine traditionnelle épicée et riche, mais également raffinée par les produits qu’elle emploie.

Le plat national « populaire » est le « Peas’n’Rice », à base d’oignons, de boulettes de bœuf salé, de jambon, de cèleri, de « pois-pigeons », qui ressemblent à la lentille et bien sûr de riz.

Mais la mer omniprésente fournit une composante essentielle (et chère) aux délices locaux. Consommé de conques (qui associe la conque, la tomate, le porc, les légumes et les herbes), salade de conques, conques grillées, en beignet, en ragoût…La conque (en français: lambi ) est sans doute le fruit de mer le plus préparé. Viennent ensuite les nombreux poissons délicieusement cuisinés, dont le mérou ou « Grouper », qu’on cuisine de différentes façons, mais souvent grillé et souvent accompagné du fameux plat traditionnel, Peas’n’Rice.  Et enfin les langoustes, très abondantes, de l’espèce tropicale, aussi savoureuses que colorées…et les « Stone Crabs » ou crabes de roche, qui sont communs à toute le Caraïbe.

Bahamas, Grouper grillé.jpg

 

En revanche, qui dit Caraïbes, dit épicé ! Attention à certains plats qui font monter les larmes aux yeux.
Côté sucreries, la noix de coco domine dans la plupart des desserts. Elle est aussi bien utilisée pour les gâteaux que pour les glaces. La banane est également à l’honneur, tout comme l’ananas, la mangue…

Pour se préparer aux agapes, rien de tel qu’un petit cocktail ! Les cartes des  bars sont bien fournies mais le plus répandu s’appelle le Bahama Mama. Il se compose d’ananas, d’orange, de citron vert, de grenade, sans oublier le rhum et le rhum coco. Son grand concurrent (pour ce qui me concerne) a été le Daïquiri aux fraises écrasées, avec une bonne rasade de ces délicieux rhums des Antilles introuvables ailleurs que sur place…

 

On trouve d’excellents restaurants dans tout l’archipel, dans une gamme de prix plutôt élevée. Mon préféré à Nassau a été le « Poop Deck« , avec son bar sympathique, sa liste de cocktails aux noms..suggestifs, et qui donne en plus sur une marina. NB: les spaghetti à la langouste sont une référence…

Bahamas, Poop Deck.jpg

 

******************************

– Et maintenant, passons aux choses sérieuses:

LA MER, puisque c’est en grande partie pour elle qu’on voyage jusqu’ici !!!…

 

Bahamas 2.jpg

On s’en emplit les yeux, la peau, les sens, c’est le rêve éveillé qu’on a tous fait dans la grisaille, en Novembre, sur un quai de métro, devant une « pub » plus ou moins lascive pour crème solaire parfumée…

Je ne vais donc pas énumérer les différentes destinations de l’archipel à coups de superlatifs : les photos parlent d’elles-mêmes, comme on dit dans les brochures. Et à propos de brochures, il peut être utile de savoir que le Club Méditerranée est implanté dans l’archipel, plus précisément à San Salvador.

**********************

 

Après votre halte à Nassau, partez sans hésiter vers les îles extérieures (Out Islands), aux Abacos, aux Biminis, aux Exumas, à Cat Island, San Salvador, Andros, Eleuthera et Inagua…Allez là où vous poussera votre caprice: ici tout est beau. Des aérodromes de poupée ou des petits ferries sympathiques vous permettront d’accéder aux principales destinations. Cependant, parmi les 700 îles de l’archipel, seulement une trentaine peuvent accueillir des voyageurs, les autres s’approchent en bateau ou pas du tout car ce sont souvent des Parcs Naturels.

Les endroits intéressants et / ou hors du commun sont légion:  de la plage où atterrit Colomb (ou pas loin, comme le précise la plaque commémorative) à la grotte où fut tourné «Opération Tonnerre », d’une baignade au milieu des requins à une autre, pour ceux que cela tente, avec des cochons qui adorent aller se frotter aux touristes. Des célèbres sables roses de Harbour Island jusqu’à Spanish Wells, une sorte de « dernier carré » impeccable de descendants des colons anglais, qui veillent à se préserver de tout métissage; et mille endroits déserts où amarrer son bateau pour une immersion dans la beauté et le silence, à des années lumières de nos villes brouillonnes et de nos angoisses envahissants…

A vous le soleil, agréable en hiver, rude en été, la mer et ses incroyables couleurs, des récifs coralliens et une faune/ flore sous-marine extraordinaires, en particulier sur l’île d’Andros, un des « spots » de plongée les plus prisés au monde.

corafaune.jpg

*************************

– Eleuthera est sans aucun doute une des meilleures destinations pour s’initier aux « Out Islands », avec un saut à Harbour Island et Spanish Wells bien sûr. On peut y louer une voiture (je recommande un SUV car la route de plus de 100km qui parcourt l’île est un festival de trous). Nous avons résidé  trois jours à Governor’s Harbour au  « Pineapple Fields« , un adorable complexe de bungalows au bord de l’eau, flanqué du très bon et très sympathique restaurant Tippy’s où le patron et ses copains chantent (bien) le Samedi soir !….

Quelques photos de cet excellent séjour:

 

Bahamas, Tresses.jpg

DSC_0345.jpg

– Bref, vous l’avez compris, les Bahamas sont un lieu unique. Idéal pour y passer deux semaines l’hiver, ou bien plus selon affinités et épaisseur du carnet de chèque: les lois locales vous autorisent en tous cas à y rester 90 jours.

 

**********************************************************

 

Et demain ?….

…L’avenir sera-t-il aussi serein dans ces îles de rêve?

Je trouve parfois dans mes voyages matière à réflexion sur la vie internationale. C’est mon côté rabat-joie, sans doute…En tous cas, une habitude qui tient bien sûr à mon ancien métier mais aussi à mes réelles préoccupations devant un monde en voie de destabilisation, voire de désagrégation assez rapide.

– Nous avons vu l’influence qu’a joué, tout au long de l’histoire des Bahamas, leur grande (trop grande?) proximité des côtes américaines. On peut craindre que cette particularité ne produise encore quelques effets à l’avenir.

– Les Bahamas font en effet partie des 150 pays qui, manquant de financement pour leurs équipements d’infrastructure, ont adhéré au tentaculaire projet chinois  » Belt and Road Initiative », (en français « Nouvelles routes de la soie« )  lancé en 2013.

Combinée à l’annexion de fait de la mer de Chine du Sud, cette offensive mondiale d’influence et de présence physique sur tous les continents a révélé de la part de la République Populaire de Chine, sous ses nouveaux habits « capitalistes »,  une intense volonté de leadership mondial. On pourra pour plus de détails se référer à mon article:

https://wordpress.com/post/artofuss.blog/7196 )

Les projets chinois de « coopération économique » liés aux « Nouvelles routes de la soie » (acronyme: BRI en anglais) sont très nombreux dans les Caraïbes et vont fatalement se heurter de front à la prédominance traditionnelle des USA dans cette zone du monde. Lire sur ce point l’intéressante et très complète étude de l’Université de Caen:

https://atlas-caraibe.certic.unicaen.fr/fr/page-288.html

– Aux Bahamas, deux énormes chantiers ont été démarrés avec Pékin en 2014: l’énorme complexe hôtelier « Baha Mar », situé à Nassau, et un projet gigantesque de port de conteneurs à Freeport, port franc sur l’île de Grand Bahama.

baha-mar-now-open-33.jpg

 

Comme cela a déjà été le cas dans d’autres parties du monde, le projet « Baha Mar » de 2.500 chambres et deux casinos, qui devait associer l’Etat bahaméen et l’EXIM-Bank (étatique) chinoise a fini, au terme d’habiles manoeuvres financières chinoises , par tomber  dans l’escarcelle d’une compagnie étatique chinoise et ainsi échapper totalement au contrôle des Bahaméens. Pékin compte utiliser « Baha Mar » comme un tremplin vers d’autres contrats en Amérique du Sud et bien sûr pour un gain d’influence économique , politique, mais aussi stratégique dans la région.

Ce genre de « captation » n’est pas le premier: au Sri Lanka, au Kenya, en Malaisie…les partenaires chinois, jouant sur des capacités de remboursement insuffisantes par les investisseurs locaux, ont peu à peu gagné la haute main sur des projets d’infrastucture très importants (ports, chemins de fer) situés à proximité immédiate des grandes voies maritimes (notez le bien) et sur des sites potentiellement stratégiques...

– A la lumière de ce qui s’est passé pour « Baha Mar« , des questions se posent à présent devant le second projet Sino-Bahaméen, le méga-port de conteneurs en eau profonde de Freeport, un port qui se révèle largement supérieur aux besoins des Bahamas et dont on se demande quel rôle il pourrait jouer à l’avenir, compte tenu de sa situation stratégique,  dans l’épreuve de force qui se profile entre la Chine Populaire et les Etats-Unis.

Car la situation géographique centrale de Freeport dans les Caraïbes, sur l’axe principal de communication maritime mondial Atlantique-Pacifique, à proximité immédiate de la côte des USA et au débouché prévu du nouveau canal transocéanique que souhaitent financer…précisément les Chinois au Nicaragua, ne peut qu’inquiéter Washington, surtout si l’on se souvient de l’affaire des missiles nucléaires russes à Cuba en 1962, qui faillit déclencher une guerre mondiale.

Affaire à suivre donc, et qui n’augure pas très bien de la sérénité dans la Caraïbe…

Mais que ceci ne vous empêche pas de profiter, en attendant, de ces îles de rêve !!!!…

IMG_0074.jpg

 

Merci de m’avoir suivi…et merci à Martine pour son gentil coup de main photographique ! 

 

*******************%%%%%%%%%%%%%%%%%**************

 

– Si vous avez été assez patient pour aller jusqu’au bout de cette « carte postale », voici votre récompense:  La recette du « Rhum Coco« , à réaliser directement en bouteilles:

Etape 1: Retirer 3 verres de rhum d’une bouteille de 75 cl. Etape 2: A la place, mettez dans la bouteille de la chair de noix de coco frâiche coupée en petits morceaux. Ajouter une gousse de vanille fendue en deux et du sucre de canne selon votre goût. Laissez macérer deux mois (c’est l’étape la plus difficile, mais il faut se dominer et donner du temps au temps…) Etape 3: Boire tel quel ou utiliser comme base de cocktail…

Et pour vous informer un peu plus:

https://pinksandscottage.weebly.com/about-spanish-wells.html

Pour les amateurs de plongée:

 

https://www.youtube.com/watch?v=p2e1aVGtB5o   (pour le Daïquiri aux fraises)

http://gourmetpedia.org/pays/saveurs-des-bahamas/

 

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :