MEMORABILIA

« Panhandle »: la Floride tranquille…

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Apalachicola, vue aérienne port.jpg

L’image habituelle du « Sunshine State« , c’est celle de Miami Beach, des Everglades, de Disney World, des parcs à thème et des Keys qui doivent tant à Humphrey Bogart et au cinéma…

A croire que le 23ème des Etats-Unis d’Amérique n’est rien d’autre qu’une vaste plage ensoleillée où le monde vient en hiver bronzer et faire des pâtés de sable .

Il existe pourtant une autre Floride, plus conforme à mon goût pour les lieux calmes et un peu désuets.  Je vous y propose une petite promenade, avec une attention particulière pour la « Forgotten Coast »  au nom bien trouvé.

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Tout à fait au nord de l’Etat, le « Panhandle »qui , comme son nom l’indique, ressemble sur la carte à une « queue de poêle », est une région beaucoup moins visitée que le sud de la péninsule, parce que moins bien desservie par les vols intercontinentaux et moins « publicisée » auprès du tourisme européen. En un mot, un coin protégé (tout est relatif) où les vieux nostagiques comme moi peuvent encore trouver leur bonheur…

Le « Panhandle » a été le coeur historique et économique de la Floride du XVème siècle jusqu’à la seconde moitié du XIXème siècle, avant le « rush » touristique qui lui a préféré le Sud, et il demeure son coeur politique puisque c’est là qu’est établie, depuis 1824, sa capitale Tallahassee. 

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On peut bien entendu y rayonner à partir de Tallahassee, mais le  mieux, pour découvrir toute la côte nord, est d’attérir à New-Orleans et de faire ensuite le parcours par la route jusqu’à Jacksonville en passant par Pensacola, la « Forgotten Coast »et Saint Augustine, berceau historique de la Floride, dont je parlerai dans un autre article. 

Nous avons fait ce trajet en février 2019 en suivant pas à pas la route côtière A1, le long d’interminables plages blanches et vides. Quelque hôtels et quelques immeubles en bord de mer, il est clair que le rouleau compresseur du business est en marche; mais c’est tout à fait supportable et cela ne concerne jusqu’ici que la région  proche de Pensacola.

Une mise en garde cependant, valable pour toute la côte du Golfe du Mexique: les requins n’y sont pas chose rare, y compris au bord de la plage et y compris le Grand Requin Blanc de « Jaws ». Les autochtones les surveillent, mais, sans s’alarmer outre mesure, il convient de ne pas oublier une certaine vigilance. D’où l’intérêt des piscines de bord de mer…

 

Les « Sugar Sands »

Entre Destin et Okaloosa, sur la Côte d’Emeraude (Emerald Coast), on peut faire de grandes promenades dans les dunes où nichent des pélicans , au bord d’une mer absolument déserte en hiver. Les plages étonnent par l’exceptionnelle blancheur de leur sable, qu’on nomme ici « Sugar Sand ». Ce sable « sucre en poudre » est composé de cristaux de quartz pur et a été draîné au fil des millénaires par les rivières depuis les ( lointaines) montagnes des Appalaches. Il a la particularité de ne pas chauffer au soleil, (ce qui est bien agréable pour marcher sur des plages aussi étendues), et c’est lui qui, par diffraction de la lumière solaire, donne cette couleur inimitable aux eaux du Golfe du Mexique.

 

Les stigmates de « Michaël », 10 octobre 2018.

*****  Sur notre route bien tranquille, une triste surprise nous attendait tout à coup à Mexico-Beach: les traces encore bien visibles du passage de l’ouragan « Michaël«   le 10 octobre 2018. Pour un oeil d’Européen, ce fut une confrontation inattendue et assez brutale avec un autre aspect de la Floride et d’une façon générale de toute la zone Sud-Ouest des Etats-Unis (souvenons-nous de Katrina sur la Louisane en 2005 ). Cinq mois après la catastrophe, dont nous n’avions pas bien retenu à l’époque le point d’impact sur la côte, les stigmates du « hurricane » étaient encore terriblement présents .

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« Michael » aborda la Floride par la « Forgotten Coast » à la hauteur de Mexico-Beach le 10 octobre 2019 vers 17 heures. C’était un ouragan de classe 4 (sur une échelle de 5), un des plus violents que les Etats-Unis aient eu à affronter, avec des vents de 250 Km/heure.

Les « hurricanes » font partie intégrante de la vie en Floride et, dans notre lointaine Europe préservée de ce genre de catastrophes, nous les suivons d’un oeil souvent distrait, il faut le reconnaître, sur nos petits écrans. Voir ces images abstraites à distance et du fond de son fauteuil est une chose, parcourir à pied la dévastation de la tempête une toute autre expérience.

Michaël,7, Fl.

Toits emportés, portes arrachées, fenêtres soufflées, et même maisons entièrement « aspirées »…Une terrible crise de rage de la nature laissant derrière elle des détails à la fois dérisoires et déchirants comme ce fauteuil d’infirme échoué là Dieu sait comment, ou ces deux chaises vides qui, attendent…quoi ?…sur le carrelage d’une cuisine envolée.

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On n’est plus là dans le confort de son fauteuil: les vies perdues ou gâchées s’imposent en «grandeur réelle », comme on dit à notre époque de voyeurisme indifférent où tout est perçu à travers le confortable filtre des media.

…Et puis il y a les gens qui vivent là tant bien que mal depuis des mois dans les « motor-homes » prêtés par l’Etat de Floride, en attendant le financement nécessaire pour réparer ou reconstruire. Il y a les prudents qui étaient assurés et ceux qui ne l’étaient pas parce que les contrats sont chers. Ils vont chaque jour à leur travail puis passent sur place les week-end autour de leur ancien « home » où ils avaient investi leurs économies, ils font un barbecue en plein air (et pour cause) autour de « leur » tas de briques et de déblais…Ils sont pourtant souriants, ouverts, sympathiques et au lieu de froncer les sourcils quand, un peu gênés mais fasciné, vous osez prendre quelques photos…ils vous invitent à boire une bière.

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Le plus extraordinaire est leur optimisme et leur volonté: pas de larmoiements ou de récriminations, on va reconstruire, ça va prendre du temps, mais on y arrivera. C’est cette détermination que disent aussi tous ces drapeaux étoilés, ces « Stars and Stripes » grands ou petits, qui flottent un peu partout sur les ruines.

Il est vrai qu’on est en Amérique, pas dans le Vieux Monde épuisé.

This is America : on serre les dents et on continue.

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« The Forgotten Coast » (La Côte Oubliée).

Après les tristesses de Mexico-Beach, un grand plaisir nous attendait à partir de Port Saint-Joe: la zone qu’on a baptisée « The Forgotten Coast », La Côte oubliée, un surnom qui en dit long et qui, pour notre plus grand plaisir, est bien mérité.

Elle comprend approximativement les petites villes de Port Saint-Joe, Apalachicola, Cape San Blas, Carabelle Beach et le cordon littoral de Saint George Island, sur environ 75 kilomètres.

Les plages sont superbes et infinies, le rivage souvent boisé. L’arrière pays, plat et très peu habité, est une immense forêt de pinidés et une réserve naturelle où vivent, parmi bien d’autres mammifères dont bon nombre de cervidés…des OURS BRUNS qu’un européen habitué à associer ce plantigrade à la montagne ne s’attend pas du tout à rencontrer dans un environnement tropical. Au dernier recensement, il y aurait un peu plus de 4.000 de ces ours en Floride, et qui n’ont apparemment pas froid aux yeux !!!

Forêt Floride brume
La « National Forest » d’Apalachicola et ses habitants…

 

Le climat est particulièrement agréable de Décembre à Mai, le reste de l’année étant quelque peu hypothéqué par les chaleurs de Juin à Septembre et la saison des ouragans de Septembre à Novembre. Ne comptez tout de même pas vous baigner avant Mars ou Avril.

En l’absence de grandes métropoles peuplées (la première grande ville, Atlanta, est à cinq heures de route), relativement peu de monde fréquente ces côtes Nord de la péninsule, qui sont restées assez préservées du béton touristique.  Pour les amateurs, la capitale administrative Tallahassee n’est qu’à une heure et demie de route, avec quelques monuments intéressants comme le « Capitole », commun à tous les Etats de la Fédération.

Thalahassee, capitol.jpg

Il reste donc maints et maints kilomètres de plages encore vierges, de véritables déserts de sable et des galaxies de solitude, en comparaison avec les tristes entassements estivaux de nos pays. Avec un peu de cynisme, on se prend presque à souhaiter que la présence du Carcharodon Carcharias (Grand Requin Blanc) dans ces  parages calme un peu les futurs enthousiasmes, mais hélas on ne peut pas vraiment compter sur lui: rien n’arrête la fièvre touristique…

 

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– Le coup de cœur d’Apalachicola…

 

Apalachicola 1. Fl.

Un havre. Une oasis. Un endroit où l’on voudrait mettre sac à terre, etc…etc…

Si le temps ne s’est pas vraiment complètement arrêté à Apalachicola, disons que, pour notre grand plaisir, il a tout de même sérieusement ralenti.

 

Nous sommes arrivés un samedi soir. Le lendemain, promenade matinale; un chien dort sur le trottoir et se lève paresseusement quand son maitre botté de caoutchouc sort du petit « coffee-shop » qui a ouvert un poil plus tard que d’habitude, parce qu’aujourd’hui c’est Dimanche. D’ailleurs, même le bar à huîtres voisin (un des nombreux…) affiche un panneau qui dit «The oyster rests today », l’huître se repose aujourd’hui, elle aussi pour cause de pause dominicale. Les touristes, s’il y en a, n’auront qu’à revenir Lundi.

C’est calme, serein, paisible, un brin vieillot; un coin pour moi.…Je retrouve ici, en version tropicale, tout ce qui me fascine dans les petits ports de pêche de la Nouvelle Angleterre, depuis le Maine jusqu’à Cape Cod.

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Dans le petit port, près des bateaux de pêche eux aussi au repos, des pélicans bruns m’offrent un véritable festival de minauderies …

 

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Apalachicola ( un peu difficile à prononcer mais si mélodieux !) tire son nom de la rivière au bord de laquelle elle a été édifiée.

Elle est aujourd’hui une invitation à la lenteur et à la méditation. Et pourtant, avant la Guerre de Sécession, dans les années 1840, cette délicieuse petite ville complètement assoupie fut par son activité le troisième port de mer de la région, juste après la Nouvelle-Orleans et Mobile, au point qu’elle abritait un authentique Consulat de France (et un autre de Belgique) chargé de protéger les hommes d’affaires français et leurs intérêts !…

RamseySummerford.jpgRamseySummerfordBoat.jpgSteamboat loaded with cotton 2.jpgApalachicola railways.jpg

On y embarquait vers New-York la totalité du coton produit en Floride et en Géorgie. Puis vint le chemin de fer qui mit brutalement fin à l’actvité portuaire.

De cette époque datent quelques belles maisons patriciennes dans le vieux quartier, dont certaines ont été converties en auberges et B&B de (grand) charme. Le cimetière  de Chestnut Street y ajoute, avec ses superbes arbres à « mousse espagnole », une touche supplémentaire de nostalgie sudiste.

 

– Après sa période cotonière, Apalachicola fut un centre important de pêche aux éponges entre les mains d’émigrés Grecs, et à présent on la surnomme la «Oyster Republic» parce qu’on y cultive aujourd’hui les neuf dixièmes des huîtres de Floride; mais attention, pas de l’huître « industrielle », des bestioles plantureuses et goûteuses, qui se dégustent ici nature mais aussi grillées, ou sautées, gratinées, au raifort, au caviar rouge…

Apalachicola, Oyster 10.jpg

Un régal qu’on peut savourer ( parmi bien d’autres lieux ) au bar « Up The Creek » près du port en regardant le soleil se coucher sur les vastes champs de roseaux de la rivière, quand les petits bateaux «chasseurs d’huîtres » (oyster-hunters) regagnent le rivage.

Le bonheur, vous dis-je.

 

Apalachicola, bateau 87.jpg

J’espère vous avoir communiqué un peu de notre enthousiasme pour cette petite ville au nom si chantant, où la vie se déroule à un tout aure rythme qu’ailleurs sur la péninsule de Floride. En voulez-vous une preuve de plus? Regardez la boutique du coiffeur…et la façade du cinéma local. Vous doutez encore ? Je ne vous ai pas convaincu ? Alors, refaites un tour dans Apachicola et ses environs, et on en reparle ! La modernité et le « progrès » ne sont pas forcément synonymes de bonheur.

Bonne promenade !…

Apalachicola, Joe Tatanto.jpgApalachicola, Venezellos.jpg

 

 

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Et en plus….

Juste un pont plus loin, de l’autre côté de la baie, un cordon littoral d’îlots de « Sugar Sand » presque déserts longe la côte.

Les plus connus sont SAINT GEORGE ISLAND, et son voisin SAINT VINCENT qui abritent tous deux des parcs naturels très recherchés des  « bird watchers » et autres amateurs d’oiseaux, pour les 180 espèces qu’on y trouve.

Deux endroits secrets encore plus calmes qu’Apalachicola, avec tout ce qu’il faut pour le gîte et le couvert. Comme si souvent en Amérique du Nord, encore un bout du monde avec tous les avantages de la civilisation.

 

 

Loin de Miami et des foules agitées, une autre Floride vit donc à un rythme tranquille. Inoubliable « Côte Oubliée »…Dépêchez-vous quand même d’y faire un tour, si le coeur vous en dit :  la  Côte oubliée risque fort de ne pas le rester très longtemps…

 

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2 Replies to “« Panhandle »: la Floride tranquille…”

  1. merci Jean-Paul pour ce carnet de route d’un « autre » monde et ton approche hyper-sensible de la réalité d’aujourd’hui, tu donnes envie d’aller là où on aurait jamais eu la moindre envie d’y mettre les pieds…

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