MEMORABILIA

Mathieu Bock-Côté: Woodstock et Mai 68.

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J’aime beaucoup Mathieu Bock-Côté.

Je salue, en tout premier lieu, sa capacité à survivre dans l’univers  étouffant du politiquement correct canadien, que je connais bien et qui est in finiment pire, si c’est possible, que le nôtre…

J’aime sa façon directe de dire des choses vraies sur des phénomènes simples mais malsains qui sapent les fondements de notre culture mais que beaucoup s’acharnent à rendre complexes pour mieux masquer de criantes évidences…

Un vrai sociologue est celui qui traduit en phrases claires ce que nous ressentons confusément .  » Ce qui se conçoit bien », etc…Merci, MBC,  pour ce grand talent.

Et, au passage, bravo au Figaro, avec lequel je ne suis pourtant pas toujours d’accord, de lui ouvrir régulièrement ses colonnes…

PS: dans l’article qui suit, les surlignages sont de mon fait.

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Le Figaro.

http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/mathieu-bock-cote-woodstock-derriere-la-fete-un-lourd-heritage-20190823

 

CHRONIQUE – Durant le festival de musique, qui a célébré ses 50 ans cette année, le monde occidental se dirigeait vers une régression infantilisante. La mouvance contre-culturelle suscitait de vives critiques.

Un peu partout dans la presse nord-américaine, on a commémoré ces jours-ci les 50 ans du festival de Woodstock, référence mythique pour la génération boomer des deux côtés de l’Atlantique. Pour ceux qui en furent, et ceux qui en rêvèrent, ce festival de musique qui attira près d’un demi-million de personnes du 15 au 18 août 1969 représente une ère d’amour libre et d’insouciance adolescente. Le vieux monde devait mourir, un autre devait naître, dans la transparence des cœurs et des âmes.

L’esprit s’épanouirait en abolissant les vieilles structures mentales conservatrices et patriarcales, l’usage des drogues permettrait même d’explorer des états de conscience refoulés par une civilisation coupable d’avoir enrégimenté l’homme au service d’une société inhumaine, incapable de comprendre le caractère ludique de l’existence. Woodstock promettait une existence onirique, vaporeuse, insaisissable, vouée au culte de l’instant, résistant à l’entrée dans l’âge adulte, celui des responsabilités et des engagements, qui oblige à écrire sa vie en prose. Edgar Morin, dans son Journal de Californie, a su décrire finement la mentalité associée à ce qu’on a appelé la contre-culture.

On peut bien comprendre que la génération Woodstock demeure accrochée à sa folle jeunesse. Il est plus étonnant, toutefois, de voir que ce récit demeure au cœur de la conscience collective. De Woodstock, on a le droit d’être nostalgique. Quand on l’évoque, on peut même dire que c’était mieux avant. Ce passé onirique serait un véritable âge d’or. On devrait pourtant savoir que ces années n’ont rien d’immaculé. Il y avait un prix à mettre le feu symboliquement au monde d’hier, et on le paie depuis. Philippe Muray, à sa géniale manière, l’avait bien noté: on trouve dans ces années censément merveilleuses les origines du festivisme qui a poussé le monde occidental vers sa régression infantilisante. La fête était autrefois un exutoire: elle s’est désormais voulue la matrice des rapports sociaux ordinaires, appelés à se reconvertir sur le mode ludique.

Les meilleurs sociologues ont par ailleurs montré comment la normalisation paradoxale de la contre-culture avait contribué à une déstructuration intégrale de la subjectivité, qui n’est pas étrangère à plusieurs pathologies psychologiques qui affectent l’homme contemporain. L’individu peine à s’inscrire dans le monde, les repères collectifs sont de plus en plus confus et l’hypercritique de la civilisation occidentale entraîne le développement d’un réflexe d’autodépréciation qui engendre une indéniable impuissance politique.

L’Amérique n’est pas la France et la première a vécu avec Woodstock sur le mode de l’insurrection poétique ce que la deuxième a traduit dans le langage des barricades

Revenons néanmoins sur ces années. On l’a oublié, mais en temps réel, la mouvance contre-culturelle a suscité une vive critique. Le vieux monde, loin de se laisser abolir, a résisté comme il a pu, c’est-à-dire par les urnes. Aux États-Unis, en 1968 comme en 1972, Richard Nixon, le candidat du Parti républicain, a remporté l’élection présidentielle, sans parvenir à contenir politiquement ce qui était manifestement une révolution culturelle emportant tout sur son passage. Et la victoire de Reagan en 1980 comme en 1984 n’était pas étrangère à la volonté de restaurer la grandeur d’une Amérique qui avait vécu les années 1970 sous le signe de l’humiliation collective et du chaos destructeur.

En France même, la victoire de la droite aux élections législatives de juin 1968 montre bien que les incantations révolutionnaires de la jeunesse n’étaient pas prisées par le commun des mortels. Il suffit d’ailleurs de relire les pages acides de Georges Pompidou dans Le Nœud gordien pour constater que les esprits lucides ne se trompaient sur la nature de ces événements: c’est une civilisation dans son ensemble qui était attaquée. Raymond Aron, qui n’avait rien d’un réactionnaire, assimilera aussi cette époque à la décadence.

On nous dira peut-être qu’on ne saurait fondre dans une seule catégorie Woodstock et Mai 68. L’argument est valable. L’Amérique n’est pas la France et la première a vécu avec Woodstock sur le mode de l’insurrection poétique ce que la deuxième a traduit dans le langage des barricades. Nuançons quand même. Les années 1960 et 1970 aux États-Unis étaient très violentes, et le gauchisme culturel français associé à Mai 68 a contribué à renouveler en profondeur la gauche radicale, à travers ce qu’on a appelé la French Theory. Ce qu’il faut retenir de ces années, c’est une volonté explicite de renverser l’ordre du monde au nom de tous ceux qui pouvaient brandir l’étendard de la marginalité identitaire ou existentielle. L’homme ordinaire, lui, était «fascisé» en raison de son désir d’assumer une certaine continuité historique. Comment ne pas voir que la plupart des mouvements sociaux qui aujourd’hui militent pour la déconstruction de la civilisation occidentale ont pris là leur élan? Comment ne pas voir dans le culte de la fluidité identitaire qui pousse jusqu’à la néantisation des identités sexuelles un écho direct de cette époque qui s’enivrait à l’idée de tout déconstruire? Comment ne pas voir que, depuis, les peuples occidentaux cherchent, comme ils peuvent, à renouer avec eux-mêmes?

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