MEMORABILIA

«Éco-délégués, 250.000 Greta Thunberg?» Luc Ferry.

Par Luc Ferry
Publié le 18/09/2019. LE FIGARO

http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/luc-ferry-eco-delegues-250-000-greta-thunberg-20190918

CHRONIQUE – Fin septembre, ils seront élus dans toutes les classes de nos établissements. Avec cette décision, le jeunisme qui sévissait déjà dans notre pays depuis les années 1960 franchit un cap: il se transforme carrément en infantilisme.

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-J’avoue que j’ai cru que c’était une blague, à vrai dire une mauvaise plaisanterie. Et puis j’ai lu, sidéré, les annonces officielles du ministre de l’Éducation, mon estimé collègue Jean-Michel Blanquer: 250.000 «éco-délégués» seront bel et bien élus fin septembre afin qu’il y en ait si possible un dans toutes les classes de nos établissements! Quel sera le rôle de ces écologistes en herbe?

Le voici tel que défini par la fiche technique du ministère que j’ai pris soin de consulter pour ne pas me laisser berner par ce que j’avais pris pour une rumeur malveillante: «Des éco-délégués ou délégués au développement durable seront désignés dans chaque école et établissement, chargés de porter la démarche de développement durable auprès de leurs camarades et de proposer des actions (…). Concrètement, il y aura a minima deux délégués par niveau (deux pour les sixième, deux pour les cinquième, etc.). Mais il peut aussi y en avoir plus, par exemple un par classe pour les écoles et les établissements qui le souhaitent. Les éco-délégués seront de véritables ambassadeurs de bonnes pratiques de développement durable auprès de leurs camarades et seront par ailleurs force de proposition pour identifier les idées d’actions au sein de l’école ou de l’établissement.»

C’est donc désormais à nos enfants qu’il reviendra de donner des directives aux adultes touchant des questions si complexes qu’elles divisent encore très largement le monde politique, mais aussi celui des savants, et ce jusqu’au sein de l’Académie des sciences. Avec cette décision, le jeunisme qui sévissait déjà dans notre pays depuis les années 1960 franchit un cap: il se transforme carrément en infantilisme. L’émotion prend le pas sur la raison.

Je le dis sans fard, quitte à passer pour un vieux schnock (ce dont je me fiche comme de l’an 40): non, ce n’est pas aux enfants de décider de questions d’une complexité qui les dépasse de toute part, ce n’est pas à eux de remplacer les professeurs, pas à eux d’endoctriner leurs camarades à coups d’idéologies moralisatrices forcément mal maîtrisées, car on n’est pas à 12 ans, ni même à 15 ou à 17, un spécialiste du climat ou de la biodiversité.

À défaut de connaissances, on est en général enclin à la radicalité. Nos futurs éco-délégués se feront vite un devoir de relayer les thèses effondristes, voire les propos de Greta Thunberg selon lesquels il est inutile de continuer à faire des études, attendu l’imminence de la fin du monde. Cette intrusion massive de l’écologie dans les établissements est en outre contraire au principe de laïcité, les débats qu’elle suscite étant à l’évidence politiques.

Je maintiens, fût-ce à contre-courant du moralisme puéril qui envahit l’espace public, que c’est aux adultes, et spécialement aux professeurs de science, de parler d’écologie aux enfants et pas l’inverse. C’est aux enseignants de physique, de géographie, de biologie ou de géologie d’aborder dans leur classe les questions d’environnement, c’est à eux de traiter des idées à mettre en œuvre et certainement pas aux élèves de prétendre donner des leçons à leurs professeurs! En prenant cette décision à tous égards irresponsable, l’Éducation nationale s’engage dans la voie d’un politiquement correct moralisateur qui ira au final à l’encontre d’une écologie scientifique un tant soit peu sérieuse.

D’évidence, on entre là dans une logique politicienne qui n’a plus rien à voir avec le civisme véritable, mais tout avec le cynisme électoraliste qui sert les desseins du président Macron. Son intérêt, s’il veut être réélu, est cousu de fil blanc  il lui faut tout repeindre en vert pendant les deux ans qui viennent. Il n’a en effet plus rien à craindre des partis traditionnels, plus rien à redouter de la concurrence, ni du côté de la gauche dite «démocratique», ni d’une droite républicaine qui a choisi de se suicider en refusant de voter pour celui qui avait gagné la primaire.

La seule adversaire crédible d’Emmanuel Macron pour le quart d’heure s’appelle Marine Le Pen. Étant donné le succès, relatif mais significatif, des écologistes aux dernières élections européennes, c’est en allant chercher des électeurs du côté des Verts qu’Emmanuel Macron peut espérer assurer, voire élargir sa désormais très probable, pour ne pas dire quasi certaine, réélection. Nul n’est obligé d’être dupe de cette passion de néophyte pour l’écologie tant il est clair que ce que nous vivons, c’est tout simplement la fin de la vraie politique au profit de la logique aussi puissante que dévastatrice de la communication tous azimuts.

 

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NB:  J’ajouterai à ces forts sages paroles de M. Ferry que je trouve pour ma part un petit fumet désagréable (léger, sans doute, mais bien là…) déjà ressenti en Europe au cours des ces fameuses « années les plus sombres » etc…où trois pays ( n’oublions pas les Komsomolks) se mirent en tête de faire faire la police par leurs enfants…

On joue un peu avec le feu, non ???

Artofus.

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