MEMORABILIA

«L’État prétend chaque jour un peu plus éduquer et rééduquer les Français» Nicolas Lecaussin.

Scroll down to content

Par Nicolas Lecaussin
Publié le 23/09/2019 . Le Figaro

******************

TRIBUNE – L’État nounou nous infantilise et pourrait aisément se transformer en État autoritaire rognant notre libre arbitre, s’alarme Nicolas Lecaussin, directeur de l’Institut de recheches économiques et fiscales (Iref, think-tank libéral)*.

Le Parti communiste devait être le premier et le plus important parent des enfants. C’était lui le chef
de famille, qui décidait du nombre de naissances nécessaires au pays et les programmait. Chaque bébé était un futur membre du Parti, un de ces «hommes nouveaux» qui contribuerait à la construction de la société socialiste. Il ne fallait jamais l’oublier: le Parti d’abord, papa et maman ensuite. À la maternelle, les enfants étaient des «faucons (soimi) de la patrie». Cravate rouge, chemise kaki et pantalons bleus. Ensuite,
dès le primaire, ils devenaient des «pionniers de la patrie», affublés d’une chemise blanche et de pantalons bleus avec, obligatoirement, une cravate rouge. La cravate rouge, c’était le sésame, on n’était rien sans elle. Elle marquait l’appartenance au Parti et à l’État, elle permettait de devenir membre, au lycée, de l’Union des jeunesses communistes. Les parents, l’école en tant qu’institution d’enseignement, passaient souvent au deuxième plan. La priorité était d’éveiller la conscience patriotique des enfants, mais aussi de les endoctriner le plus tôt possible, de leur faire comprendre qu’il y a infiniment plus important que la famille et les professeurs. J’en parle en connaissance de cause: ce sont des souvenirs d’enfance, en Roumanie.

«Commission des mille premiers jours de l’enfant»

Ils ont été ravivés par les dernières annonces d’Emmanuel Macron et de son gouvernement, dans lesquelles figure la création d’une «Commission des mille premiers jours de l’enfant». Le président s’en explique dans un tweet, le 19 septembre: «De la grossesse aux 2 ans de votre enfant, il y a 1000 jours. 1000 jours déterminants. Rassurez-vous, personne ne naît parent. Mais pour que votre enfant parte bien dans la vie, je lance une commission qui va se pencher sur la manière de vous accompagner durant ces 1000 jours.» Le secrétaire d’État, Adrien Taquet, a renchéri en soutenant que «Dans la vie, on vous apprend à lire, à conduire, pas à être parent.» C’est ce que disait le Parti aussi.

» LIRE AUSSI – Luc Ferry: «Éco-délégués, 250.000 Greta Thunberg?»

Mais le rôle du Parti et de l’État ne s’arrête pas là. Un enfant, ça grandit et il est du devoir des pouvoirs publics de ne pas les abandonner à l’inconscience de leurs parents. Le gouvernement s’empare donc du grand sujet actuel pour marquer les esprits: le ministre Jean-Michel Blanquer veut que l’école soit à «l’avant-poste de la transition écologique». Il n’y va pas par quatre chemins: 250.000 écodélégués, un par classe au collège et au lycée, seront désignés pour mettre en place des actions écologiques au quotidien. «Les futurs écodélégués porteront dans leur classe des projets et seront force de proposition (sic!) pour mobiliser leurs camarades», a-t-il précisé.
On transforme l’école en institution du développement durable, autrement dit en machine à fabriquer des jeunes politisés et endoctrinés.Cela me rappelle les «chefs de classe» sous le communisme, souvent des fils ou des filles d’apparatchiks, prêts à nous débiter la morale du Parti au moindre de nos écarts. Les «coupables» devaient faire leur «autocritique» devant toute la classe, ils étaient sermonnés dans la gazette de l’école. A contrario, ceux qui le «méritaient» avaient droit à des louanges dans la cour, devant tous les élèves. Les «chefs de classe» étaient d’ailleurs les chouchous des enseignants. Ils recevaient la plupart du temps les meilleures notes, même s’ils étaient nuls. Et s’ils lorgnaient notre sandwich, nous avions intérêt à dire amen. Ne prend-on des risques semblables avec les «écodélégués»?

Pour aller au bout de sa logique, le gouvernement français pourrait d’ailleurs convaincre les écoliers d’effectuer un « travail patriotique ou écologique »

À l’époque communiste, il n’était pas vraiment question de développement durable et d’écologie mais de «travail patriotique dans les champs», de «paix dans le monde» et de «lutte contre l’impérialisme occidental et le capitalisme en putréfaction».

Une manière de détourner l’attention des soucis quotidiens et des pénuries dont souffrait la population. Pour aller au bout de sa logique, le gouvernement français pourrait d’ailleurs convaincre les écoliers, probablement sans trop de mal, d’effectuer un «travail patriotique ou écologique», pour la bonne cause, évidemment. Sous le communisme, le «travail patriotique» était une façon – officiellement bénévole, en réalité obligatoire – de «s’habituer au travail dans les campagnes ou dans les usines». Je me souviens très bien des semaines passées dans les champs à ramasser des patates, cueillir du maïs, du raisin ou des pommes. Cela faisait partie de l’éducation communiste, la manière dont le Parti façonnait les enfants pour en faire de bons citoyens.

Nous dirigeons-nous vers une telle société, au nom du bien, naturellement?

Ce qui est certain, c’est que l’étatisation de la société française sous Emmanuel Macron ne cesse de prendre de l’ampleur. Après avoir enserré l’assurance-chômage et le système des retraites, les tentacules anesthésiants de l’État s’attaquent aux enfants et aux étudiants (dont on a supprimé les mutuelles, donc la possibilité de choisir).

» LIRE AUSSI – Canicule: l’État nounou transforme tous les Français en éternels mineurs

L’État décide de plus en plus pour nous, l’État choisit chaque jour davantage à notre place. L’État est par nature infaillible. Telle semble la conviction du président de la République.

Et l’«écologisme» tombe à pic pour satisfaire la passion de la contrainte que cultivent, pour leur part, les nostalgiques plus ou moins avoués du marxisme et les inconsolés de la chute du communisme il y a trente ans.

Gare aux dérives! Car l’État nounou prend régulièrement et de plus en plus sûrement les traits d’un État autoritaire.

* Dernier ouvrage paru:  Les Donneurs de leçons. Pourquoi la France est en vrac! (Éditions du Rocher, 208 p., 16,90 €).

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :