MEMORABILIA

Bonnes feuilles: « Le temps des barbares » Laurent Obertone.

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Il faut lire « Guerilla, le temps des barbares« .

Pas pour jouer à se faire peur, pas pour justifier telle ou telle haine qu’on pourrait avoir quelque part au fond de soi contre tel ou tel « autre » .

Il faut le lire avec intelligence, comme une allégorie monstrueuse de nos grandes métropoles déjà inhumaines en temps de paix, en les pensant tombées aux mains de « barbares », quels qu’ils soient, parce qu’elles ne sont pas faites pour exister en temps de crise…et nous non plus.

Privées d’électricité, ces ruches mécanisées deviendraient en quelques moments de gigantesques pièges mortels pour leur habitants rendus depuis longtemps impuissants, incapables de se défendre ou même d’être défendus par des « autorités » privées de tous moyens d’action : téléphone, internet, transports, et même instructions…

Mais il y a pire que le chaos possible dans ce livre: il y a notre aveuglement à tous et il faut lire cet ouvrage prémonitoire comme l’était le « Camp des Saints » de Jean Raspail, un livre fort, percutant, glaçant, parce qu’il met le doigt sur notre faiblesse majeure: la lâcheté acquise avec un mode de vie castrateur:

 

 » Les condamnés au grand saut, en attendant leur tour, regardaient tomber les leurs, et se disloquer, comme des branches pourries, parfois cassantes comme du verre. (…) Les captifs serraient les dents, baissaient les yeux. Mais docilement tenaient leur place. Un peu comme on attend le RER, comme on va au travail un lundi, fatigué, sans se poser de question. Parce qu’il faut bien. Tous étaient résignés, comme vidés de leur substance, englués dans une même irréalité (…) Et mis à part un agent de change tétanisé qu’il avait fallu aider, on sautait sans se faire prier, sans faire de scandale, sans hésiter. Bien sûr, il y avait des pleurs, des supplications, des crises de panique. Mais personne n ‘avait tenté de se rebeller. Un peu comme si la priorité était de ne surtout pas offenser.(…) Quand un sauteur hurlait, on se bouchait les oreilles. On ne voulait pas le voir, pas l’entendre. On voulait en finir, au plus vite. » 

On accusera bien sûr l’auteur d’être « accrocheur »,  « excessif », « grand-guignolesque », en oubliant tout ce dont ont été capables les sicaires de Daesh et les tortionnaires du Bataclan. Ou plutôt non, même pas: on étouffera son message sous la chappe du silence médiatique, comme on l’avait déjà fait pour le premier tome de Guérilla.

Alors? Bon livre? Mauvais livre? Cela dépendra bien sûr des convictions de chacun. Mais aucune importance: car ce qui compte ici, c’est le miroir qui nous est tendu: ces gens qui, au premier chapître du livre, sautent dans le vide sans se révolter sont en fait déjà morts depuis longtemps, depuis le jour où ils ont cessé de vouloir lutter:

 » Ils sautaient lourdement, pesamment, sans un mouvement désespéré pour restaurer leur équilibre. Ils sautaient comme s’ils étaient coupables. Comme s’ils étaient déjà morts. (…) Cette foule était l’allégorie du renoncement. Un peu comme si on venait de metre bout à bout leurs mille-et-une lâchetés du quotidien pour en créer un tout. (…)

C’est alors qu’un homme se mit à hurler, dans la file d’attente, à quelques mètres de la cage d’escalier. « Avec moi, cria-t-il, avec moi !  » (…) Il tenta d’initier un mouvement de révolte, mais personne ne bougea. On le laissa seul à sa harangue comme un mendiant de métro. On le fuyait, on se dégageait de lui, on ne voulait pas être concerné. Cet homme là dérangeait la bonne marche des choses (…).

L’ennemi, il n’est pas tant au fond des territoires perdus de la République ou chez ceux qui déferlent chez nous la haine au coeur, que dans notre passivité, notre résignation, notre acceptation tacite d’un présent infantilisé et d’un avenir que nous ne voulons voir. Il réside aussi dans notre incapacité toujours plus grande à résister aux sirènes du confort matériel et moral, à faire face à l’adversité, à vivre tout simplement debout et par nous-mêmes , donc à surmonter le sort que le tragique de l’Histoire réserve aux indécis, aux tièdes et aux passifs:

« Les autres continuaient à s’écraser, comme des lemmings désorientés. Sur la place, à quelques mètres de cette grêle humaine, le panneau électronique de la ville, à énergie solaire, fonctionnait toujours. « Le froid approche, la grippe aussi ! proclamait-il. Je pense à bien me couvrir, je me lave à fond les mains, et surtout je n’oublie pas mes mouchoirs! »

Houellebecque nous annonce la soumission, Obertone nous promet le massacre. Deux faces d’une même monnaie ?…

« Il ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », écrivait il y a peu Bernard Lugan, universitaire de grand talent, mais lui aussi « auteur maudit »….parce qu’il dit la vérité.

https://artofuss.blog/2019/07/19/ils-ne-sont-grands-que-parce-que-nous-sommes-a-genoux-bernard-lugan/

Voilà de quoi nous devons avoir peur. De nous-mêmes.

Merci à Laurent Obertone de nous le rappeler.

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– Mise à jour le 1er octobre 2019:  une interview « incontournable  » de Laurent Obertone, à regarder absolument:

Laurent Obertone : « Il n’y a rien de gratuit dans Guérilla »

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Video:

 

 

 

 

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