MEMORABILIA

« Debout devant Zemmour, couchés devant Erdogan ». Etienne Gernelle, Le Point.

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Le président islamiste turc menace depuis longtemps les Kurdes syriens, sur lesquels il a déjà testé le nettoyage ethnique. Sans grande indignation jusqu’ici…

Par Étienne Gernelle

Publié le  | Le Point
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EXTRAITS:

« Le troupeau des médias français ne déçoit pas : on ne peut que constater le gouffre séparant le traitement de ce que l’on appelle l’affaire Zemmour et celui de la menace immédiate d’un massacre doublé d’un nettoyage ethnique des Kurdes de Syrie par le président turc.

Ne cherchez pas pour autant dans ces lignes une défense et illustration d’Éric Zemmour . (…)

Mesurée en décibels, l’indignation reste toutefois faiblarde en comparaison de la « menace » Zemmour

En revanche, à propos d’Erdogan, notre petit monde des médias peine à trouver les mots. Il en est certes quelques-uns qui ont alerté régulièrement de la menace existentielle que l’autocrate d’Ankara fait peser sur les Kurdes : Patrice Franceschi, Caroline Fourest – qui sort un film sur le sujet, « Sœurs d’armes », le 9 octobre -, Bernard-Henri Lévy et – modestement – ce journal, ainsi que quelques autres, notamment L’Humanité. Mesurée en décibels, l’indignation est toutefois restée bien faiblarde en comparaison de la « menace »Zemmour.

Pourtant, il y avait de quoi. Erdogan a au moins cette honnêteté, il prévient. Tout est public. Les Kurdes sont pour lui assimilables à des « terroristes », et ce danger doit être supprimé. Galvanisé par la faiblesse de Donald Trump, Erdogan a donc lancé son offensive contre les Kurdes de Syrie , dont l’objectif proclamé est de « nettoyer » les milices kurdes ou encore de s’en « débarrasser ». Seulement les milices ? Le caractère sélectif de l’opération est douteux, venant d’un homme qui consacre beaucoup d’énergie à nier le génocide arménien et qui a déjà pratiqué lui-même le nettoyage ethnique. C’était en janvier 2018 : les troupes turques envahissaient l’enclave kurde d’Afrine, déclenchant une vaste opération de purification ethnique. Environ 200 000 Kurdes ont été chassés. En vertu de l’accord passé entre Ankara et l’Armée syrienne libre (généreusement qualifiée de « rebelle » par le troupeau journalistique), à laquelle se sont adjoints des anciens de Daech et d’Al-Qaïda, des populations arabes leur ont succédé. Viols, tortures et pillages à l’encontre des Kurdes demeurés sur place sont devenus systématiques.

Autant dire que lorsque Le Monde, par exemple, dans un encadré à sa une, écrivait en début de semaine que « les États-Unis laissent la Turquie agir contre les Kurdes », le mot « agir » était une superbe litote.

Les seuls à résister vraiment au dictateur Erdogan sont peut-être des Turcs

Les intentions affichées du maître d’Ankara n’ont jusqu’ici pas été suffisantes pour justifier l’utilisation d’un vocabulaire à la hauteur, pas assez nettes pour déclencher pétitions, manifestations et toute l’attention. Moins que pour le grand Éric Zemmour, en tout cas. Pourquoi ? Banale loi du mort-kilomètre, cette cynique règle de l’indifférence à ce qui est éloigné ? Encore que Zemmour n’a jusqu’ici tué personne… Ou alors ont-ils eu peur de critiquer un islamiste, au risque d’être qualifiés d’islamophobes ?

Savent-ils que les Kurdes, de Syrie comme d’ailleurs, sont dans leur immense majorité musulmans ? Ah ! mais, il est vrai, ils pratiquent un islam ouvert et tolérant, respectueux des femmes. Ce doit être suspect.

Il n’y a toutefois pas que les médias. Les dirigeants occidentaux sont depuis longtemps tétanisés par la Turquie, toujours membre de l’Otan, qui piétine tous les principes fondateurs de l’Alliance, achète des missiles russes mais tient en otageune base militaire américaine et des millions de réfugiés qu’elle menace de pousser sur les routes d’Europe. Les Kurdes ont payé le prix du sang pour vaincre l’Etat islamique, mais la gratitude n’est visiblement pas de ce monde.

Le danger s’est rapproché quand Donald Trump a promis de retirer ses troupes de la région , ravivant les pulsions d’Erdogan. Il a ensuite changé d’avis, sous la pression du charismatique sénateur républicain Lindsley Graham, qui a justement averti que cette décision serait « une tache sur l’honneur de l’Amérique ». L’hôte de la Maison-Blanche s’est néanmoins empressé de publier dans la foulée quelques tweets câlins pour la Turquie. Et puis voilà…

Les seuls à résister vraiment au dictateur Erdogan  sont peut-être des Turcs , ceux, par exemple, qui lui ont fait perdre l’élection municipale d’Istanbul, en juin. Ils ont dû insister, puisque Ankara avait annulé le premier scrutin. Les gens avaient mal voté… Certains se souviennent que la Turquie a su autrefois se tourner vers l’avenir et la modernité. Que le droit de vote des femmes y a été reconnu, même partiellement, vingt ans plus tôt qu’en France. Pourtant, les Stambouliotes qui ont osé défier Erdogan, ses intimidations, son système judiciaire à sa botte et le reste ont reçu peu de soutien chez nous. Normal, il y a toujours plus important : Zemmour, par exemple !

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