MEMORABILIA

Réformer l’islam ou le combattre ?Ferghane Azihari.

Par:

Vendredi 11 octobre 2019

Valeurs actuelles.

https://www.valeursactuelles.com/societe/reformer-lislam-ou-le-combattre-111700

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Relativisme, complexes, ou simple peur… Quand il s’agit d’islam, radical ou non, tous les moyens sont bons pour éviter de nommer et de caractériser les choses telles qu’elles sont, déplore Ferghane Azihari, analyste en politiques publiques, collaborateur de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF) et délégué général de l’Académie libre des sciences humaines.

Le philosophe Rémi Brague remarquait qu’on avait pris l’habitude de souligner le danger « des religions » pour ne pas avoir à nommer spécifiquement l’islam. Le marxisme-léninisme a longtemps usé d’une parade similaire. C’est le danger « des idéologies » qu’on soulignait pour ignorer sa dimension criminelle singulière.

Une telle attitude suppose que les idéologies n’ont aucune essence particulière. Toutes pourraient être interprétées à la lumière du Bien ou du Mal en fonction de l’imagination de leurs exégètes. Par une heureuse fortune, quelques esprits échappèrent aux sirènes de ce relativisme trop consensuel.

Le combat d’un Raymond Aron contre cette « religion séculière » qu’est le socialisme ne poursuivait pas la chimère d’une interprétation de Marx et de Lénine à la lumière des sociétés ouvertes chères à Karl Popper. Il consistait plutôt à frapper ces textes du sceau de l’infamie, de l’erreur et de la terreur pour les expulser vers les limbes de l’histoire.

Que certaines factions « socialistes » ne succombent pas à la passion autoritaire ne suffit pas à racheter les fautes de cette doctrine. Jean-François Revel l’expliquait mieux que quiconque en rappelant que « les partis socialistes, dans les régimes de liberté, sont démocratiques dans la proportion même où ils sont moins socialistes ».

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Les doctrines ont donc une essence et un noyau dur au-delà desquels l’interprétation vaut dénaturation. C’est pourquoi aucun exégète n’a encore prétendu être suffisamment talentueux pour interpréter Mein Kampf à la lumière du philosémitisme et de la démocratie libérale. Pour de multiples raisons qu’il convient de surmonter, une grande partie de l’intelligentsia française est tétanisée à l’idée de rechercher l’essence de l’islam.

Elle redouble d’effroi devant l’éventualité que cette religion soit intrinsèquement autoritaire. Elle refuse de discuter la fragile distinction entre l’islam et l’islamisme. Que cette différence soit le fruit de nos projections séculières occidentales lui semble impossible. Il est blasphématoire de lui suggérer qu’elle est étrangère à un culte qui s’érige au rang de système juridique. Elle refuse enfin d’envisager la nature irréformable d’un texte qui se veut infaillible, dicté par Dieu et immunisé contre le libéralisme théologique.

Plusieurs péchés capitaux expliquent cet effroi. Le complexe postcolonial a annihilé la légitimité des hiérarchisations culturelles au motif qu’elles ont inspiré les impérialismes d’hier. Il véhicule la crainte que l’assimilation de l’islam à une idéologie dangereuse déchaîne de nouvelles persécutions contre les minorités aveuglées qui s’en réclament de bonne foi.

Le drame de ce complexe est qu’il est alimenté par l’incapacité française à dissocier la conviction de détenir la vérité du devoir de l’imposer par le glaive de la censure. En témoignent les innombrables lois qui confèrent aux bureaucrates et aux magistrats le soin d’administrer la vérité et les bonnes moeurs. Le complexe postcolonial prospère donc sur le refus de l’alliance de la vérité et du pluralisme. Il peut aussi compter sur le sabotage du relativisme post-moderne qui a relégué l’universalisme occidental au rang des idéologies réactionnaires et ethnocentrées.

Cette dernière attitude a donné naissance à une idéologie incongrue qui, au nom de l’antiracisme, décourage toute critique culturelle adressée à des minorités ou des populations étrangères. En confondant race et culture, l’antiracisme post-moderne traite ironiquement les musulmans revendiqués comme des sous-hommes. Il les dépeint comme des êtres par essence incapables de prendre une distance critique vis-à-vis de croyances bien souvent acquises par la passivité des allégeances familiales.

Ce progressisme, si prompt à révolutionner une multitude de traditions, devient soudainement conservateur et épouse le laxisme le plus racialiste qui puisse exister. Il se révèle incapable de persuader les musulmans revendiqués de s’acculturer à des croyances de meilleure qualité. Même si cela implique de préférer l’apostasie à un « islam modéré » dont l’existence mérite d’être débattue.

 

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