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Paris: « Ces incivilités qui explosent dans les transports en commun »…

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Le Figaro, 18 octobre 2019.

Tags, crachats, déchets…: ces incivilités qui explosent dans les transports en commum

ENQUÊTE – Ce fléau touche de nombreux usagers des transports en commun. Ces derniers dénoncent des scènes quotidiennes«insupportables».

68%: c’est le pourcentage de Français estimant que le savoir-vivre et la politesse se perdent, selon une étude Ipsos publiée en avril 2019.

Le sentiment que «tout fout le camp» vaut notamment pour les trajets en transports en commun. Dans le bus, le métro, le RER ou encore le TGV, quel voyageur n’a jamais assisté à des incivilités? Ces dernières se caractérisent par des comportements irrespectueux ne portant pas atteinte à l’intégrité physique (à la différence des agressions ou des vols).

Trains recouverts de tags, individus mettant leurs pieds sur les sièges et même voyageurs faisant leurs besoins dans les wagons. Les exemples sont nombreux…et parfois à peine croyables.

Très hétérogènes, les incivilités sont toutefois difficiles à mesurer. «On entend régulièrement parler des incivilités sur les quais ou dans les wagons», explique au Figaro Bruno Gazeau, président de la Fnaut (Fédération nationale des associations d’usagers des transports). Il évoque les bousculades, les crachats, les insultes ou encore les menaces (sur les conducteurs, les contrôleurs et les voyageurs). «Mais il n’existe pas de recensement précis», admet le président de la Fnaut.

Contactés par Le Figaro, plusieurs collectifs d’usagers dénoncent eux aussi les incivilités. «De nombreux usagers se plaignent des incivilités dans les transports», explique ainsi le collectif RER E. «Ce qui remonte ces dernières semaines, c’est surtout l’état des rames. Il y a beaucoup de déchets au sol (canettes, mouchoirs sales, nourriture) même si des équipes mobiles nettoient les trains en journée», poursuit le collectif. Quant au collectif «plus de trains», il indique que «le souci fréquemment remonté, c’est les fumeurs de joints dans les derniers wagons des RER».

 

1/10 – Des restes de cacahuètes dans le RER A. Le Figaro

Sur les réseaux sociaux, de nombreux tweets font aussi régulièrement état des incivilités dans les transports.

Guillaume Poingt@guillaumepoingt

Saint-Lazare, 22h30, RER E. Le train est flambant neuf mais à l’intérieur c’est une vraie porcherie. On peut mettre tout l’argent qu’on veut pour les équipements publics, les porcs resteront des porcs

667 personnes parlent à ce sujet

Bananomaly / Martin@MartinGoyard

@ClientsRATP Lundi 23/09/2019, RER A, 7h22, Dernier wagon.

Salut, je viens vous faire part d’un petit coup de gueule, tous les jours le matin on a droit à des mecs qui viennent fumer leurs clopes et leur joint dans le dernier wagon du RER A.

Voir les autres Tweets de Bananomaly / Martin

« Dans le RER, un mec a sorti un poulet cuit qu’il a ingurgité devant tout le monde. Il jetait par terre chaque petit morceau »

Rémy, 29 ans

Plusieurs voyageurs ont confié au Figaro des anecdotes qui les ont marqués durant leurs trajets. Ils déplorent des incivilités quotidiennes et «insupportables». En juin 2019, Rémy prend le RER E qui relie la gare du Nord (Paris) et le Raincy-Villemomble (Seine-Saint-Denis). C’est la canicule et il fait une chaleur étouffante dans la rame. «Un mec a sorti un poulet cuit qu’il a ingurgité devant tout le monde par plus de 35 degrés. Il jetait par terre chaque petit morceau qui le gênait: gras, petits bouts d’os, etc. L’hallucination était totale», raconte le jeune homme de 29 ans.

Benjamin, lui, se souvient bien d’un retour de vacances d’été, fin août. C’était un dimanche matin: 4 heures de TGV à bord d’un Toulon-Paris.«Quatre enfants entre 2 et 6 ans étaient à côté de moi dans le train. Ils étaient debout sur les sièges, jouaient avec le pare-soleil et mettaient le son du téléphone à fond. Ils ont aussi renversé un sachet de pop-corn par terre», se remémore-t-il. Le contrôleur passe alors plusieurs fois et explique aux enfants qu’il ne faut pas mettre ses pieds sur le siège. «Le père des enfants n’a pas réagi. Ni devant le contrôleur, ni après. Ils sont partis en laissant le wagon dans un état pitoyable, sans prendre la peine de jeter quoi que ce soit», déplore Benjamin.

Il m’a écrasé le pied puis il a craché un gros molard sur le mur

Alexandre, 31 ans

Aurélien, 25 ans, se rappelle quant à lui de sa descente du bus à Créteil (Val-de-Marne), il y a quelques mois. «Je sors du bus et je vois un Monsieur qui fait tomber son ticket. Je le ramasse, lui tape sur l’épaule et lui tend en pensant qu’il l’avait perdu. Il s’est mis à marmonner qu’il n’y avait pas de poubelle à proximité. Il l’avait en fait volontairement jeté par terre», explique-t-il. «Sinon, je vois tous les jours des gens qui crachent sur le quai, qui jettent leurs canettes et leurs papiers ou qui hurlent au téléphone. Je prends le RER D, c’est une catastrophe», poursuit-il. De son côté, Alexandre, 31 ans, dénonce «les fraudeurs qui se collent derrière sans prévenir au moment de la validation du titre de transport».«Récemment, un type m’a écrasé le pied en voulant passer en même temps que moi. Puis, quelques mètres plus loin, il a craché un gros molard sur le mur», raconte-t-il. «Certains n’ont aucun respect et aucune éducation. Est-ce qu’ils font ça aussi chez eux?», s’interroge-t-il. Certains voyageurs nous confient qu’ils aimeraient «agir» mais qu’ils craignent d’intervenir «de peur de se faire agresser». D’autres évoquent une lassitude et un combat «vain».

Incivilités: que font les pouvoirs publics?

Contactée par Le Figaro, la SNCF explique que les incivilités – notamment le manque de propreté -, «se concentrent surtout dans les trains du quotidien en Île-de-France (les Transiliens, NDLR), un territoire dans lequel plus 3 millions de personnes prennent le train par jour».«Près de 6000 agents sont présents au quotidien sur le réseau francilien avec, en parallèle, 740 agents de la sûreté et 172 médiateurs financés par Île-de-France Mobilités qui sillonnent la région et travaillent sur les lignes afin de lutter contre les incivilités», détaille SNCF Transilien. En complément de la présence humaine, SNCF Transilien indique que«17.000 caméras sont déployées dans les trains et 9000 caméras dans les gares du réseau Transilien», avec le soutien d’Île-de-France Mobilités.

Nous ne pouvons pas « éduquer » les voyageurs, nous préférons les inciter à modifier leurs comportements

Service communication de la SNCF

Concrètement, quelles mesures sont mises en place concernant les incivilités? L’enjeu de la fraude est primordial. En effet, selon les chiffres de SNCF Transilien, 60% des auteurs d’incivilités sont des fraudeurs. Selon SNCF Transilien, le taux de fraude sur son réseau est de 7%: cela représente 63 millions d’euros de manque à gagner chaque année, soit l’équivalent de 6 rames de trains neuves. Pour lutter contre la fraude, SNCF Transilien explique avoir mis en œuvre plusieurs dispositifs: installation de nouvelles portes de validation, déploiement en cours de 400 nouvelles bornes de validation pour faciliter la validation dans les gares, opérations régulières de bouclage de gares ou encore, depuis juin 2017, la possibilité de faire des contrôles en civil dans les gares et trains. Sur le volet «propreté», SNCF Transilien explique que «chaque jour, 350 personnes sont mobilisées pour la propreté des 394 gares de SNCF Transilien».

Par ailleurs, SNCF Transilien explique avoir engagé en 2017 un programme pour former ses agents sur le harcèlement sexuel, suivi, en 2018, par les agents des gares. Toutefois, d’une manière générale, la SNCF estime qu’elle n’a pas vocation à «éduquer» les voyageurs et que«ce n’est pas sa mission». «Nous préférons inciter les voyageurs à modifier leurs comportements, sans contrainte, pour le bien-être de tous», poursuit l’entreprise publique. Pour cela, la politique du «nudge»– basée sur des suggestions indirectes visant à influencer les comportements -, est privilégiée. Exemple: l’installation de poubelles donnant envie d’y jeter ses déchets.

Baisse des effectifs dans les transports: Valérie Pécresse interpelle le gouvernement

Autre enjeu relatif aux incivilités: les moyens humains sur le terrain. Dans un courrier daté du 8 octobre que Le Figaro a pu consulter en exclusivité, Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France et d’Île-de-France Mobilités, interpelle le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner sur la sécurité dans les transports en commun.

Les Franciliens n’acceptent plus la recrudescence des incivilités, du harcèlement des femmes et de la délinquance

Valérie Pécresse (présidente de la région Île-de-France et d’Île-de-France Mobilités)

Dans ce courrier, elle évoque notamment «la recrudescence des incivilités». Valérie Pécresse indique qu’elle a fait de ce thème une de ses priorités en recrutant 700 agents de sécurité supplémentaires pour la SNCF, la RATP et le réseau bus, en étendant le numéro d’urgence 3117 ou encore en généralisant la vidéoprotection dans les trains, les tramways, les bus, les gares ou encore les stations de métro. «Ces premières mesures commencent à porter leurs fruits mais je compte bien redoubler d’efforts en annonçant un nouveau plan de sécurité d’ici la fin de l’année, tant cet enjeu est majeur pour les Franciliens qui n’acceptent plus la recrudescence des incivilités, du harcèlement des femmes et de la délinquance», écrit la présidente de la région Île-de-France, qui ajoute qu’«une agression sur quatre est commise dans les transports».

«Face à cette situation et à l’augmentation sans précédent des moyens mis en œuvre par Île-de-France Mobilités», Valérie Pécresse déplore que l’État demande à la préfecture de police des réductions d’effectifs qui«viennent contrebalancer nos recrutements supplémentaires». Selon la présidente d’Île-de-France Mobilités, les effectifs de la direction des transports de la préfecture de police sont passés de 1350 personnes en 2015 à 1000 actuellement. Valérie Pécresse exige «que la préfecture de police rétablisse d’urgence ses effectifs au niveau de 2015».

 

 

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One Reply to “Paris: « Ces incivilités qui explosent dans les transports en commun »…”

  1. Bonsoir.
    Amer constat, une fois de plus !
    Mais, je tiens à vous rassurer, cela a toujours été comme cela, même lorsque j’étais en poste en informatique à Paris, entre 1990 et 1997..
    Bonne soirée à vous, respectueusement..Denis.

    J'aime

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