MEMORABILIA

Vers d’autres clivages ? Denis Tillinac.

Par Denis Tillinac,

Valeurs actuelles

Publié le 06/09/2019

https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/vers-dautres-clivages-111936

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Les repères idéologiques traditionnels s’estompent depuis Mai 68 et Macron n’est que le résultat de ce phénomène, qui touche particulièrement la droite.

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Depuis Mai 68, je me réclame en solitaire d’une “droite” qui peut-être n’est qu’un songe idéal, un regret à la Musset d’être « venu trop tard dans un monde trop vieux » , une allergie à la “modernité”, cette idéologie qui prône la souveraineté de l’ ego , la récusation de toute norme, la mise au rebut de notre héritage intellectuel, moral, esthétique, affectif et surtout spirituel. Au rejet du nihilisme “moderne” s’ajoutait dans mes tendres années un anticommunisme aujourd’hui hors de saison, le Parti communiste n’étant désormais que le supplétif dérisoire d’une gauche “libertaire” sans ancrage dans sa mémoire ouvrière.

Cette idéologie dite “soixante-huitarde” imprègne le macronisme. Elle légitime la PMA pour toutes comme précédemment le mariage unisexe. Les sondages aidant, elle légitimera la GPA, en attendant d’autres trouvailles “émancipatrices”.

Un entretien du sociologue Jean-Pierre Le Goffdans les pages du Figaro du 17 septembre décrypte avec une rare pertinence l’atteinte grave à la filiation et à l’image du père, maquillée en “progressisme” par les partisans de ces “avancées sociétales”. Avancées vers un monde où la royauté de l’individu déterminera les lois de la cité. Autant dire qu’elle rendra obsolètes la notion même de cité et le patriotisme qui cimente la conscience de soi d’un peuple. Ce n’est pas anodin. Le Goffvient de l’extrême gauche. Il continue de revendiquer son appartenance à la gauche de l’“ancien monde”, ancrée dans notre histoire nationale, populaire et soucieuse en priorité d’améliorer le sort des plus humbles.

En tant que chrétien, je partage évidemment ce souci, et pour les mêmes raisons que Le Goff la “modernité” me paraît un piège à gogos. Nous sommes donc du même bord. Lequel ? Pas celui du capitalisme globalisé, en totale congruence avec les désirs du bobo “moderne” de cultiver son hédonisme dans une frénésie consumériste. Serais-je de gauche sans m’en être aperçu ? Je l’aurais peut-être été aux époques où elle défendait la cause du prolétariat, nonobstant son hostilité à une Église – la mienne – qui, reconnaissons-le, fricotait trop souvent avec le châtelain et le maître des forges. C’était il y a longtemps.

Présentement, la gauche survalorise les minorités en tout genre, à la fois par démagogie électoraliste et par rejet viscéral de notre filiation culturelle. Tout pour l’ ego dans l’éphémère, rien pour ce qui permet de civiliser un peuple, d’étayer un psychisme, d’épanouir une âme.

Alors, où situer sur le catalogue des familles politiques un citoyen de ma sorte, hostile à ce “meilleur des mondes” vers lequel Macron a su enrôler sous sa bannière tout à la fois les disciples tardifs de Marcuse et de Schumpeter ? Admettons que certaines réformes visant à limiter les effets pervers de l’assistanat et les gabegies de notre bureaucratie ne sont pas déraisonnables. Elles permettent à Macron de racoler la frange la plus aisée de la droite “libérale”.

Reste le fond du problème : ce matérialisme sans foi ni loi, promu par un système qui n’est plus le capitalisme d’antan mais une broyeuse de destins incontrôlable par les États et même par la communauté internationale. Une droite qui s’y résignerait ne séduira pas les jeunes cœurs vaillants épris d’un idéal tant soit peu chevaleresque. Encore moins nos compatriotes dans les cités, les villes moyennes, les zones rurales en proie au désarroi. Ils se sentent à la fois précarisés, dépossédés et largués. Moi aussi. Voilà pourquoi, comme tant d’autres, je suis aussi mal dans mes pompes cataloguées “de droite” par carence sémantique. Quel autre mot qualifierait mon doute, mon malaise et mon aspiration – vague – à une France plus conforme à son génie ? Conservatisme ? Outre sa connotation anglo-saxonne, il a des relents de défense des privilèges dans l’inconscient collectif. “Réac” serait plus franc du collier, mais trop de scories idéologiques l’ont disqualifié. Alors ? Chers lecteurs, proposez-moi le mot qui manque.

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