MEMORABILIA

«Quand le féminisme vire au complotisme» Mathieu Bock-Côté.

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Le Figaro. 25 octobre 2019.

https://www.lefigaro.fr/vox/monde/mathieu-bock-cote-quand-le-feminisme-vire-au-complotisme-20191025

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Selon qu’on soit de bonne ou de mauvaise humeur, le néoféminisme qui domine le monde universitaire anglo-saxon poussera à la rigolade ou à l’exaspération.

On a pu le constater encore une fois cette semaine à la lecture d’un article de l’AFP expliquant les résultats d’une étude «scientifique» publiée dans la Proceedings of the Royal Society B,consacrée à la surreprésentation des animaux mâles dans les musées d’histoire naturelle à Londres, Paris, New York, Washington et Chicago.

L’auteure de l’étude expliquera ainsi sa démarche: «Nous nous intéressions aux préjugés de genre dans le milieu scientifique, où il y a par exemple une surreprésentation de chercheurs hommes blancs aux postes haut gradés. Aussi trouvions-nous intéressant de voir si ce biais masculin se retrouvait dans les collections des musées». Le musée serait donc un autre «boysclub» reproduisant les codes de la domination patriarcale. On aurait envie de répondre, à la manière d’OSS 117: «Je connais cette théorie».

Pourtant, à bien y penser, il n’y a rien là d’absolument surprenant. Le néoféminisme académique n’en est pas à son premier délire paranoïaque.

Le patriarcat dominerait le monde occidental et le simple fait de questionner cette thèse ou de la nuancer relève déjà du scandale. Ce féminisme académique engendre sans cesse de nouveaux concepts auxquels il devient obligatoire de se rallier. On s’en souvient, au moment de #MeToo, s’est imposée l’idée que la «culture du viol» serait partout présente dans les pays occidentaux.

Il n’était évidemment pas permis d’en douter, ou de juger ce concept excessif, sans passer d’un coup pour un complice de la violence faite aux femmes. La sociologie féministe ne cesse d’étendre la définition du harcèlement et de l’agression: au Québec, une institution universitaire l’a même étendu jusqu’aux regards insistants. Le simple regard désirant des hommes participe ainsi au dispositif de la domination masculine. Il serait utile d’écrire un lexique du néoféminisme universitaire.

Comment ne pas voir là une forme de conspirationnisme?

C’est l’ensemble de la culture qui est réinterprétée dans une sociologie primaire réduisant les rapports sociaux à des rapports de domination.

Un homme en interrompt un autre dans une conversation? On considère que cela va de soi. Au pire, on y verra une forme d’impolitesse. Mais qu’un homme interrompe une femme dans un échange et la sociologie féministe y verra du mansplaining . Ce geste serait politique!

De même, lorsqu’il écarte les jambes sur une chaise, on l’accusera de manspreading. Il chercherait à occuper l’espace public au nom de son encombrante masculinité.

Même la galanterie sera condamnée.

On l’aura compris, la guerre menée par les hommes contre les femmes n’épargnerait aucun domaine de l’existence sociale. Partout elle imposerait sa loi. Pour s’en protéger, sur les campus américains, on réclame des safe spaces où les femmes et les autres minorités pourraient se mettre à l’abri des discours légitimant leur domination.

Le progressisme confisque ainsi la démocratie: ceux qui veulent participer au débat public doivent contribuer à l’entreprise de culpabilisation sans cesse relancée contre l’homme occidental

 

On y revient toujours: l’homme blanc hétérosexuel est le vilain de notre temps. Sa culpabilité est ontologique. On peut le maudire, le vomir: jamais cela ne sera considéré comme un discours haineux.

Car la sociologie antidiscriminatoire nous le rappelle: le racisme antiblanc et le sexisme anti-hommes relèveraient de l’impossibilité logique. Pire encore: celui qui prétendra le contraire témoignera de sa complicité avec l’extrême droite, et légitimera ainsi son bannissement de l’espace intellectuel.

Le progressisme confisque ainsi la démocratie: ceux qui veulent participer au débat public doivent contribuer à l’entreprise de culpabilisation sans cesse relancée contre l’homme occidental, et plus largement, contre la civilisation sur laquelle il reposerait. Il faudrait plutôt recommencer le monde à zéro, en le purgeant des préjugés et stéréotypes venus d’hier, pour renaître dans la pureté virginale de rapports sociaux égalitaires. C’est en abolissant le mâle qu’on abolira le mal. La diversité des identités sexuelles pourra enfin émerger.

Qu’on se comprenne bien: le combat pour l’émancipation féminine était essentiel et dans bien des régions du monde, la révolution féministe reste à faire.

Mais cela ne devrait pas nous empêcher de noter que le néoféminisme universitaire d’inspiration américaine a basculé dans un univers parallèle, à la manière d’un culte sectaire hostile au commun des mortels, mais qui parvient à coloniser de plus en plus le domaine médiatique.

À travers cela, on entend fabriquer une masculinité nouvelle, conforme aux standards idéologiques du néoféminisme. On cherche aussi à établir une transparence absolue du désir entre les hommes et les femmes.

Il s’agit d’une entreprise de conditionnement idéologique totalitaire. On nous promet un monde sans altérité, et on nous demande d’applaudir. Rien ne devrait nous y obliger.

 

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