MEMORABILIA

« Quand l’extrême gauche détruit des livres »…

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Mathieu Bock-Côté.

Le Figaro, 15 novembre 2019.

CHRONIQUE.

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/mathieu-bock-cote-quand-l-extreme-gauche-detruit-des-livres-20191115

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– Alors que François Hollande devait prononcer une conférence à la faculté de droit de l’université de Lille, un groupe d’étudiants d’extrême gauche est parvenu à perturber l’événement et à le faire annuler. Si la chose est assez commune sur les campus américains, elle demeure étonnante en France, surtout lorsqu’elle concerne un ancien président de la République.

La scène a culminé lorsque des étudiants, publiquement, ont déchiré fièrement les livres que François Hollande devait dédicacer dans une séance de signatures.

C’était glaçant.

Hélas, cette forme nouvelle d’autodafé n’est pas vraiment surprenante, pour peu qu’on la replace en son contexte. La gauche radicale pratique le sectarisme à l’université depuis longtemps.

De manière constante, elle travaille à en exclure ceux qui ne voient pas le monde avec ses lunettes théoriques. Au fil des dernières décennies, elle est ainsi parvenue à «idéologiser» le corps professoral et à condamner au silence ceux qui ne s’y reconnaissent pas en intimidant les dissidents déclarés ou potentiels. Qui n’affiche pas son adhésion ou du moins, sa soumission aux codes du politiquement correct, peinera à faire carrière dans l’institution. Il ne sera pas admis dans le monde du savoir.

La gauche idéologique ne s’est jamais contentée de son supposé monopole du cœur. Elle prétend avoir aussi le monopole de l’esprit scientifique, hier, au nom du marxisme, aujourd’hui, au nom de la sociologie diversitaire.

Mais toujours, il s’agit de rejeter ses adversaires hors du périmètre de la légitimité académique. Trop souvent, on cherche un sociologue et on tombe sur un cuistre.

Les discours qui contredisent l’extrême gauche ne méritent à ses yeux aucune considération et relèveraient de l’opinion commune, sans valeur intellectuelle. À moins de les classer dans la catégorie des propos haineux. Dès lors, tous les coups sont permis contre celui qui est présenté comme un ennemi du savoir et de l’humanité. Nul besoin de débattre avec une créature sortie des enfers.

Les méthodes de la gauche radicale sont nombreuses. Elle n’hésite pas non plus à créer des polémiques artificielles fondées sur des propos sortis de leur contexte en organisant le lynchage médiatique de ceux qui s’opposent à ses entreprises.

Son appui aux lois liberticides qui rapetissent sans cesse le domaine de la liberté d’expression est aussi connu. Il ne faudra pas s’étonner quand elle plaidera pour qu’on retire des bibliothèques universitaires les livres qu’elle n’aime pas.

La destruction physique de livres a toutefois une charge symbolique très singulière. Elle correspond à un retour revendiqué de la violence politique.

On ne veut plus seulement expulser son ennemi du domaine public, on veut l’annihiler, l’anéantir, détruire jusqu’à son souvenir.

La prochaine étape, à court ou moyen terme, sera celle de la violence physique.

Les passions politiques se réchauffent et les cervelles fanatisées ne sont plus capables de comprendre le désaccord civilisé. Certains séviront au nom de l’antiracisme, d’autres au nom de l’écologisme ou du véganisme. La plupart se laisseront intoxiquer par une détestable bouillie idéologique qui mêlera tous ces éléments.

On ne pourra lutter sérieusement contre ces pratiques qu’en cessant de prendre l’extrême gauche pour l’avant-garde turbulente de la démocratie.
Il y a dans la plupart des sociétés occidentales un étonnant paradoxe. Alors que les élites médiatiques et intellectuelles ne cessent d’assimiler à «l’extrême droite» des mouvements politiques qui respectent les formes et l’esprit de la démocratie libérale, ou du moins, qui prétendent le faire, elles se montrent d’une étrange complaisance avec une extrême gauche militante qui en appelle ouvertement à la censure de ses adversaires et fait tomber le tabou de la violence politique. C’est que sa violence s’expliquerait non pas par le ressentiment mais par une révolte légitime contre l’injustice, répliquent certains.

On ne pourra lutter sérieusement contre ces pratiques qu’en cessant de prendre l’extrême gauche pour l’avant-garde turbulente de la démocratie.

La chute du mur de Berlin n’a pas représenté la fin de la tentation totalitaire. Cette dernière emprunte désormais de nouveaux habits idéologiques. Les maîtres penseurs de la gauche radicale passent pour de grands professeurs, ses militants les plus teigneux, persuadés de poursuivre le combat contre le fascisme, se chargent d’agresser les conférenciers et entre les deux, ses perroquets demi-lettrés ne cessent de légitimer son action.

Devant cela, la classe politique, l’administration universitaire et une bonne partie du professorat peuvent faire semblant de s’indigner – leur passivité est pourtant gênante.

Le surmoi progressiste des élites les paralyse. Elles consentent au pourrissement de la vie civique alors qu’elles devraient s’en faire les gardiennes.

 

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