MEMORABILIA

Et quid de la France ???…

 

Pourquoi près d’un Italien sur deux aspire à «un homme fort»

ANALYSE – Selon un rapport, la société italienne serait en état de «syndrome de stress post-traumatique».

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Comment au XXIe siècle en vient-on à souhaiter perdre ses libertés? Comment se délite l’attachement à la démocratie dans des pays riches et en paix depuis près de trois quarts de siècle? Par un enchaînement de mécanismes que le Censis, un organisme public d’analyse des phénomènes socio-économiques en Italie, analyse dans son 53e rapport.

Ce document présente une radiographie inquiétante d’une société italienne en état de «syndrome de stress post-traumatique», le trauma ayant été la crise de 2008 dont ils ne se remettent toujours pas. Une société dont la moitié, affirme Massimiliano Valerii, directeur du Censis, aspire aujourd’hui clairement à l’arrivée d’un «homme fort» au pouvoir. Alors que le leader de la Ligue Matteo Salvini recueille, selon les sondages, entre 30 et 35% des intentions de vote, il conserve ainsi une vraie marge de progression chez les Italiens.

 

En tête de leurs inquiétudes, leur travail qui ne paie plus. Une angoisse qui dépasse toutes les autres, et de très loin. Car non seulement il y a un million de travailleurs en moins par rapport à l’avant crise, mais il y a aussi moins d’heures travaillées, les temps partiels subis ayant plus que doublé en dix ans. Et près de 3 millions de personnes, jeunes et ouvriers pour la plupart, gagnent moins de 9 euros brut de l’heure. Près de sept Italiens sur dix estiment aujourd’hui que, dans un pays immobile depuis dix ans, l’ascenseur social par le travail est bel et bien cassé.

Ils sont d’autant plus inquiets que deux piliers historiques de leur sécurité se trouvent aujourd’hui très fragilisés: l’immobilier continue de baisser et les rendements des obligations d’État dont ils sont les premiers détenteurs sont devenus microscopiques. Au moment où ces deux assurances personnelles contre les risques de la vie s’effritent, le système social, déjà très engorgé, est lui-même menacé par la démographie: la population diminue depuis quatre ans en raison de l’effondrement des naissances, y compris depuis peu chez les étrangers, et de l’exode massif des jeunes vers l’étranger.

Alors que la politique nationale reste le premier sujet d’intérêt, 90% des Italiens ne veulent plus voir les élus à la télévision, le discours des politiques à l’écran étant vécu comme une fiction

L’incertitude de l’avenir a nourri un sentiment d’insécurité chronique dans un pays où le lien social était très fort. Trois Italiens sur quatre se disent stressés non seulement par le travail, mais aussi par la famille. Autant reconnaissent « se méfier des autres» et 44% se sentent même en insécurité dans leurs lieux familiers. Alors que les Italiens étaient de faibles consommateurs de psychotropes notamment par rapport à la France, ils sont en train de la rattraper: 4,4 millions de personnes en 2018, soit 800.000 de plus qu’en 2015.

Face à leurs problèmes quotidiens devenus chroniques, ils ont le sentiment que les élus ne sont plus capables ni d’y apporter une réponse, ni même d’y prêter attention. Si 76% des Italiens ne font plus du tout confiance aux partis politiques, le taux monte à 81% chez les ouvriers et 89% chez les chômeurs. Alors que la politique nationale reste le premier sujet d’intérêt, 90% des Italiens ne veulent plus voir les élus à la télévision, le discours des politiques à l’écran étant vécu comme une fiction. Aux législatives de 2018, ils ont été 30% à voter blanc ou s’être abstenus (soit 5 points de plus qu’en 2001) et près de 40% dans le sud de l’Italie.

Ce qui les détourne de la vie politique? L’incapacité du gouvernement issu des urnes à prendre des décisions, se contentant d’«annoncer des réformes structurelles qui ne sont jamais lancées» (Massimiliano Valerii). La paralysie du pouvoir en somme, tout entier investi dans la communication et incapable d’action sur le réel, impuissant à améliorer leur sort.

Voilà comment 48,5% des Italiens selon le Censis, soit près d’un sur deux, aspirent aujourd’hui à voir un «homme fort» arriver au pouvoir. Un taux qui monte à 67% chez les ouvriers et employés, les plus frappés par la crise. Un homme fort qui, pensent-ils, en cette période d’incertitude et de confusion, sera plus efficace pour poser leurs problèmes et les résoudre que le système démocratique animé par les partis. Le modèle du pouvoir personnalisé et concentré dans les mains d’une personne est désiré comme réducteur de complexité et gage d’efficacité, la démocratie et son système de contre-pouvoirs étant rejetés pour leur inefficacité.

Plus encore, ils souhaitent «un homme qui ne doive pas se préoccuper du Parlement et des élections». Si réduire les libertés n’est pas un objectif en soi, qu’il y ait un prix à payer en termes de libertés n’est pour eux pas un problème. Ceux qui ont vécu le fascisme en adultes sont presque tous morts, la mémoire s’efface et les idéologies s’effilochent.

 

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