MEMORABILIA

« Grenoble: voyage en sauvagerie »…

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L’Incorrect, 15 décembre 2019.

https://lincorrect.org/grenoble-laboratoire-de-catastrophe-generale/

 

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Cité modèle de l’ensauvagement qui vient, la capitale du Dauphiné allie dysharmonieusement la racaille aux cadres sups qui se croisent sans se côtoyer. Pendant que le peuple paie et souffre. Voyage en sauvagerie.

Lorsque, au milieu des années 2000, les Français découvrirent le lynchage « pour une cigarette » ou « pour un regard », les Grenoblois prirent cet air blasé de ceux qui en avaient vu d’autres. Les habitants de la capitale des Alpes avaient depuis longtemps intégré que cela faisait partie des choses de la vie, un peu comme cette pluie glacée d’avril qui vous tombe dessus alors que vous êtes en chemisette. Cela arrive. La prochaine fois, on prendra un parapluie. En fait, la prochaine fois, on évitera de sortir, ça évitera de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment.

Fataliste, le Grenoblois ? Du tout, protestera-t-il. Mais que pouvait-il entreprendre quand toute l’intelligentsia locale tendait à nier, non pas les faits, difficilement contestables, mais que la montée exponentielle de la violence émanait d’un même foyer socio-culturel ? La croissante brutalité ne pouvait être que le fruit d’une bêtise humaine anonyme, ou, au mieux, l’expression désespérée de miséreux.

Pour l’exprimer trivialement, depuis trente ans, les pouvoirs locaux se sont royalement foutu de cette question, n’ayant que le mot vivre-ensemble à la bouche. Tous avaient compris qu’il était déjà trop tard pour agir, sauf à vouloir l’embrasement.

De la droite d’Alain Carignon (maire RPR de 1983 à 1995, deux ans et demi de prison au compteur et de nouveau candidat à la mairie !) en passant par les socialistes de Michel Destot (maire de 1995 à 2014) jusqu’aux écolos de l’actuel maire EELV, Éric Piolle, rien n’était venu enrayer cette dynamique délétère nourrie à l’impunité totale et ayant pris son essor dès la fin des années 1980.

Voilà pourquoi certaines activités banales en d’autres lieux sont aujourd’hui, à Grenoble, une petite aventure en soi, voire une prise de risque. Au moindre accrochage sur la route, à l’arrêt de bus, dans la file d’un supermarché ou au détour d’une rue, le basculement n’est jamais loin. Il est donc salutaire d’avoir du flair avant la première étincelle, surtout si vous êtes dans le cœur de cible : étudiant ou jeune couple, les proies privilégiées. Pour l’exprimer trivialement, depuis trente ans, les pouvoirs locaux se sont royalement foutu de cette question, n’ayant que le mot vivre-ensemble à la bouche. Tous avaient compris qu’il était déjà trop tard pour agir, sauf à vouloir l’embrasement.

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Te parler du bon temps… et le Mistral gagnant

Vu de l’extérieur, quand on parle de Grenoble, on imagine une cuvette surmontée par un nuage persistant qui laisse parfois entrevoir le massif montagneux, avec de lointaines banlieues sous tension. Il y a effectivement des banlieues dites sensibles, comme Échirolles (à 15 minutes du centre-ville en tram), mais il y a surtout des dizaines de quartiers dans la ville-même laissés aux mains des plus violents et des trafics les plus lucratifs (drogue, armes, proxénétisme) sur fond d’islamisation.

Si certains sont encore vaguement praticables (de jour), personne n’a plus idée d’aller se balader dans les quartiers Sud, soit dans plus de 50 % de l’espace urbain. Des zones comme celle de Mistral sont devenues quasi impénétrables. D’ailleurs, qui irait y traîner, sinon pour se fournir en came ? Les policiers, de temps à autre, lorsqu’ils y sont contraints et la peur au ventre. Et les pompiers, pour y éteindre voitures, derniers commerces ou locaux administratifs en flamme, quand il ne s’agit pas de véritables barrages de feu bloquant l’avenue qui longe la cité.

Les commerces ont fermé, une certaine homogénéité (essentiellement du Maghreb) s’y est installée. À la convivialité ont succédé quelques terrasses sinistres exclusivement composées d’hommes sirotant café et Fanta à longueur de journée.

Emblématique est l’ancien village olympique du quartier de La Villeneuve. À l’origine, après les JO d’hiver de 1968, sous la mandature du député-maire socialiste Hubert Dudebout, une belle utopie : cadres, étudiants, immigrés, ingénieurs, familles, ouvriers devaient y vivre en bonne entente. Les architectes et les artistes s’en étaient donné à cœur joie : un décor futuriste fait de placettes, d’un marché, d’œuvres contemporaines, d’espaces verts, de points d’eau et de galeries labyrinthiques. L’un des premiers quartiers piétonniers de France, avec sa crèche, son centre social et sa bibliothèque.

Comment le rêve a-t-il pu se transformer en cauchemar à partir des années 1980 ? Pour les mêmes raisons qu’en de multiples endroits du territoire. En une décennie, les plus fortunés, vite suivis des classes moyennes, ont fui. Les commerces ont fermé, une certaine homogénéité (essentiellement du Maghreb) s’y est installée. À la convivialité ont succédé quelques terrasses sinistres exclusivement composées d’hommes sirotant café et Fanta à longueur de journée.

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Résultat : ce sont des zones entières de Grenoble où une partie de la jeunesse, abreuvée à la frustration, au ressentiment et à la haine, prend la ville pour terrain de jeu ou laisser déborder ses « émotions » – puisqu’on parle de quartiers « sensibles »… – sans que les réponses proportionnées aux dommages infligés soient jamais apportées. Les flics, en sous-effectifs, sont évidemment débordés depuis longtemps devant la multiplication des agressions de tout ordre et on ne parlera même pas des multiples « incivilités », qui font que le quotidien du Grenoblois de base est lourd. Qui irait porter plainte pour des menaces, un crachat, des insultes, des rodéos à deux roues ou encore du raï poussé à plein volume toutes les nuits d’été dans le jardin du lotissement ?

Quand un jeune sans casque sur un scooter volé a le malheur de se tuer, par accident, en fuyant un contrôle de police après avoir commis un délit, lesdits quartiers s’embrasent, et, entre deux incendies aux cocktails molotov, on défile aux cris de : « Plus jamais ça ! » – le maire en tête. Mais plus jamais quoi au juste ?

On peut donc parler de quartiers entiers, à l’intérieur de la ville, repliés sur eux-mêmes dans un rejet de plus en plus démonstratif de la France, de ses valeurs, et, en quelque sorte, de son art de vivre. Précisons que lesdits quartiers grignotent de l’espace et qu’un coin tranquille et charmant en 1999 est devenu invivable vingt ans plus tard.

Les municipalités successives ont tenté d’acheter la paix sociale en y injectant un peu (beaucoup, énormément, à la folie) d’argent, dans les infrastructures, la modernisation des logements, la rénovation récurrente (puisque, étonnamment, tout s’y use plus vite qu’ailleurs), et, bien sûr, en nourrissant grassement le milieu associatif, sans compter les éducateurs, les terrains de sport, les cinémas, les théâtres… En vain. Quand un jeune sans casque sur un scooter volé a le malheur de se tuer, par accident, en fuyant un contrôle de police après avoir commis un délit, lesdits quartiers s’embrasent, et, entre deux incendies aux cocktails molotov, on défile aux cris de : « Plus jamais ça ! » – le maire en tête. Mais plus jamais quoi au juste ?

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La cité radieuse est devenue un enfer urbain

« Grenoble est une belle ville » était le mantra de la génération précédente. Ce n’est pas complètement faux. Loin d’être architecturalement exceptionnelle, la nature et ses montagnes à deux pas lui offrent un certain cachet.

On ne peut pas non plus nier l’existence de minuscules poches d’air sympathiques (Jardin des plantes, quartiers des Antiquaires, Championnet, Île verte, Bonne) qui pourraient faire illusion chez qui ne verrait que cela.

Poches d’air qui, passées certaines heures, jouxtent le chaos en toute indifférence. Ainsi, tandis que Kevin, revenant d’un club de l’hypercentre, est lynché devant sa copine « pour une cigarette », Titouan et Camille s’insurgent, à cent mètres de là, de la politique de Trump, évoquant leurs « assos » respectives et devisant street art à une terrasse bonne franquette de la rue Lakanal.

Même si le nombre de couteaux par habitant doit exploser les stats nationales, il est donc possible de s’illusionner ou de persister à ne rien vouloir voir (entendre par là : les plus privilégiés, mais aussi les vrais enragés dont l’idéologie n’a que faire du réel).

Il faut ajouter que Grenoble possède une des plus grandes universités de France, avec son immense campus à l’américaine, et reste à la pointe côté recherche et pôles scientifiques. Hors mois d’août, la ville est donc en mouvement, les gens vont et viennent, et la jeunesse y est très présente.

Même si le nombre de couteaux par habitant doit exploser les stats nationales, il est donc possible de s’illusionner ou de persister à ne rien vouloir voir (entendre par là : les plus privilégiés, mais aussi les vrais enragés dont l’idéologie n’a que faire du réel).

Évidemment, la plupart de ceux qui vantaient le vivre-ensemble dans les années 1990 et 2000, fustigeant ceux qui émettaient des réserves quant au concept, ont quitté la ville depuis longtemps. Ceux qui restent ont, pour certains, légèrement adapté leur discours, admettant que la violence doit cesser, même si celle-ci reste toujours sans source ni contexte. Quand on évoque le sujet, chacun feint de ne pas savoir comment on a pu en arriver là. Pourquoi telle rue si charmante s’est-elle transformée en cloaque ? On s’interroge, mais on ne sait pas ce qui a bien pu se passer. Les sociologues de plateaux télé doivent avoir les réponses…

Il a aussi été tellement rabâché que Grenoble avait toujours été une ville violente et mafieuse que beaucoup ont fini par se dire qu’un coup de couteau lors de la Fête de la musique fait partie du folklore.

Devant une telle situation, comment Michel Destot a-t-il pu rester maire durant près de vingt ans, comment Éric Piolle a-t-il pu lui succéder ? Comment se fait-il que le FN, emmené alors par Mireille d’Ornano, n’ait obtenu que 12,5 % au premier tour et 8,5 % au second tour des municipales de 2014, après avoir été absent de celles de 2008 ? Pourquoi la liste conduite par Jordan Bardella, aux dernières européennes, n’est-elle arrivée qu’en troisième position, avec moins de 12 % des suffrages ? Quand la ville voisine d’Échirolles s’aligne plus ou moins sur la tendance nationale, Grenoble fait exception. « Grenoble résiste », diraient certains.

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« Mon frère, il est ingénieur à Grenoble, mais c’est pas un con »

On peut trouver un début de piste du côté de la sociologie de deux grandes catégories d’électeurs : les étudiants et les ingénieurs. Les uns sont largement aveugles à tout ce qui ne va pas dans leur sens, les autres évoluent dans des zones préservées et passent leur temps libre dans les montagnes environnantes, coins de paradis naturels aptes à vous faire oublier les tracas du quotidien.

N’oublions pas que l’élite grenobloise s’est toujours vue comme une avant-garde destinée à bâtir un monde meilleur. Cette conviction demeure si ancrée dans la conscience collective qu’il est extrêmement difficile de reconnaître qu’on a contribué à façonner un enfer urbain.

Il a aussi été tellement rabâché que Grenoble avait toujours été une ville violente et mafieuse que beaucoup ont fini par se dire qu’un coup de couteau lors de la Fête de la musique fait partie du folklore. Dans l’équation, il ne faut pas oublier ceux qui (de plus en plus nombreux dans les quartiers dits sensibles) votent pour que rien ne bouge.

On remplace les colonnes Morris par des totems en bois, on trace des pistes cyclables à n’en plus finir, on demande au préfet d’installer de nouveaux radars, mais on stoppe le programme d’installation de caméras de vidéosurveillance et on décerne au passeur de migrants Cédric Herrou la médaille d’honneur de la ville.

Éric Piolle s’est retrouvé propulsé à la tête de la ville comme si de rien n’était, sur une ligne radicalement Verte. On remplace les colonnes Morris par des totems en bois, on trace des pistes cyclables à n’en plus finir, on demande au préfet d’installer de nouveaux radars, mais on stoppe le programme d’installation de caméras de vidéosurveillance et on décerne au passeur de migrants Cédric Herrou la médaille d’honneur de la ville.

Selon un sondage Odoxa CGI pour France Bleu et le Dauphiné libéré réalisé en octobre dernier, moins de la moitié des Grenoblois se disent « préoccupés » par « la sécurité des biens et des personnes » – la question était formulée dans cet ordre – dans leur ville. Comme disait l’autre : mon frère, il est ingénieur à Grenoble, il est fier comme s’il avait un bar-tabac, pareil, mais c’est pas un con, faut pas croire.

Vincent Chalemont

 

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