MEMORABILIA

Deux articles qui se complètent sur l’augmentation spectaculaire de l’insécurité à Paris. Artofus.

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1. « Paris est la proie d’une délinquance de plus en plus massive ».

Vols à la tire, cambriolages, violences contre les personnes… le bilan parisien des crimes et délits du quotidien vire à l’écarlate.

Le Figaro, 18 décembre 2019

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– Si vous écoutez bien ce que dit le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, l’emballement de la délinquance de masse dans la capitale ne doit rien au hasard.C’est une «hausse objective».

Le chef du plus grand parquet de France le reconnaît: «Les chiffres depuis le 1er janvier ne sont pas bons.»
Ce qui signifie, en langage de profane, qu’ils sont franchement mauvais.

 

Les vols sans violence ont, par exemple, crû de plus de 15,7 % depuis le 1er janvier, passant de 124.875 à 144.552 faits. Plus de 430 vols par jour, sous toutes les formes, du vol à l’étalage au vol sur chantier, en passant par les vols simples contre des particuliers ou des établissements publics ou privés. Parmi ces délits de masse, les «vols à la tire» – c’est-à-dire tous ces petits larcins qui dégradent le climat sur la voie publique et plus particulièrement dans les transports en commun, du vol de mobile au vol de portefeuille – ont augmenté en onze mois de plus de 35 %, passant de 23.309 à 31.505 infractions recensées.

Et encore ne s’agit-il que des faits dont la justice a eu connaissance, car il y a toute la zone grise des affaires non signalées par les victimes ou restées dans les mains courantes des commissariats.

Les cambriolages? Dieux sait si les ministres ont communiqué sur les plans et autres stratégies subtiles pour y mettre un coup d’arrêt. Le réveil est cruel: encore 5,5 % de hausse sur les onze premiers mois, après 14,4 % sur toute l’année 2018. Les faits enregistrés à Paris intra-muros sont ainsi passés en onze mois de 15.810 à 16.679. C’est un rythme moyen de plus de 50 affaires par jour! Là aussi, rien que pour les faits déclarés.

Aucun service de police n’est en mesure de digérer un tel afflux en termes d’enquêtes. La Cour des comptes elle-même le dit: la police judiciaire de proximité est dans «une situation alarmante». Son dernier rapport sur la préfecture de police de Paris révèle que, sur l’agglomération parisienne, le taux d’élucidation des faits constatés par la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), tous types d’infractions confondus, a chuté de 31,3 %, en 2012, à 25,9 en 2018.

Alors qu’en 2012, près d’un fait sur trois était élucidé, un sur quatre l’était en 2018.

Cour des comptes

Et les magistrats de l’ordre administratif d’enfoncer le clou: «Alors qu’en 2012, près d’un fait sur trois était élucidé, un sur quatre l’était en 2018.» Selon eux, ces taux d’élucidation «sont systématiquement inférieurs à ceux constatés au niveau national.» Or la hausse générale des faits constatés n’explique pas tout. Car le nombre de personnes mises en cause est passé de 160.020 à 125.918, (soit -21,3 %). Ce qui témoigne, selon eux, de la «moindre efficacité des services dans la lutte contre la délinquance d’une manière générale».

La question des violences est tout aussi préoccupante que celle des atteintes aux biens. Les atteintes volontaires à l’intégrité physique ont augmenté de plus de 9 % depuis janvier, pour dépasser le seuil des 40.000 faits en onze mois, soit 120 agressions et tentatives, de toute nature, chaque jour en moyenne, rien qu’à Paris intra-muros.

 

À son niveau, le parquet de Paris ressent bien l’impérieuse nécessité de changer de stratégie et d’organisation. À condition que les moyens alloués par la police suivent et, plus encore, la réponse judiciaire que les juges du siège, indépendants et inamovibles, tiennent depuis toujours entre leurs mains.

Contre les vols à la tire, notamment dans les transports, le parquet veut créer, dès janvier, un groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) spécifique, comme cela fut fait, avec un relatif succès, face au problème des rixes à Paris, il y a un peu plus de deux ans. Ces instances permettent de mieux cibler les actions, en mettant autour de la table tous les acteurs concernés. Celui-ci réunira, entre autres, élus, policiers, magistrats, représentants de la SNCF, RATP.

«Colline du crack»

Sur les points de deal identifiés à Paris, qui cristallisent les problèmes, il dit vouloir «intensifier l’action». Il reconnaît que le démantèlement des réseaux sur la «colline du crack», dans le 18e arrondissement, a été bénéfique. Mais il concède également qu’il y a eu des «phénomènes de déport». C’est le fameux «effet plumeau», dont parlent les criminologues.

 

Plus délicate est la question de la pression migratoire qui amplifie les difficultés rencontrées à Paris.

Le poids des mineurs isolés étrangers, pudiquement qualifiés aujourd’hui de «mineurs non accompagnés», pèse lourdement sur la hausse des petites infractions de vol et de cambriolage notamment.

C’est une délinquance plus organisée qu’il y paraît, avec de vastes filières. Une fois sur deux, la police suspecte que l’auteur des faits est un majeur. Le procureur de Paris veut surtout s’attaquer prioritairement aux réseaux qui structurent cette délinquance. Un travail de longue haleine.

 

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2. « Explosion de la délinquance : voilà pourquoi la situation ne peut qu’empirer »

ATLANTICO,

21 décembre 2019.

Atlantico : Cette emballement de la délinquance est-il conjoncturel ou semble-t-il s’installer de manière endémique ?

Philippe Bilger : A mon avis il va s’installer de manière endémique. Que ce soit la droite ou la gauche on a vu se renforcer systématiquement la délinquance ou la violence sans réponse judiciaire pour l’entraver.

Cela profite d’un climat ambiant de laxisme. Je ne vois pas cette montée de la délinquance se stopper bien au contraire. Même si elle ne va pas monter de manière spectaculaire, car elle est déjà très élevée, elle va toutefois continuer à monter. C’est la conséquence de la mansuétude pénale, du laxisme judiciaire et de la dégradation de la moralité publique. Quel message envoie-t-on aux auteurs de violences quand leurs victimes sont affichées sur le mur des cons ?

Quelles réponses les pouvoirs publics sont-ils en mesure de donner ?

Je crois qu’il faudrait une bonne fois pour toute une politique pénale digne de ce nom. C’est-à-dire, pour commencer, une police et une gendarmerie assurées de pouvoir faire leur travail sans être entravées par un humanisme abstrait et contre-productif. Par ailleurs nous devrions avoir une magistrature consciente des enjeux des sécurité actuels afin d’assurer l’ordre et la tranquillité publique. Au niveau politique nous aurions besoins, globalement, d’un pouvoir qui permettrait de réprimer la délinquance, d’interpeller les fauteurs de trouble, de les condamner mais aussi de faire appliquer les peines. En définitive de ne pas abandonner les forces de l’ordre !

En revanche la tendance, ces dernières années, est de penser que la solution réside dans de nouvelles lois. C’est une fuite en avant qui fait croire qu’on agit quand on a voté une loi. On a tout dans l’arsenal pénal judiciaire et policier pour réprimer la délinquance de manière efficace. Il faut donc simplement appliquer lois actuelles. Le véritable problème, en définitive, est que malgré leur performance, ces lois ne sont pas appliquées avec rigueur. La raison en est la philosophie pénale qui prévaut aujourd’hui dans la magistrature. Elle est absolument contestable. Elle consiste à faire des délinquants des victimes de la société, des personnes insuffisamment prises en charges….

Quel impact politique cette violence politique pourrait-elle avoir ? Notamment à la veille des élections municipales ?

A court terme elle va continuer à amplifier le discrédit qui plombe le pouvoir macronien sur le plan de la sécurité. Car nous n’avons plus à proprement parler d’autorité de l’Etat. On a déjà connu ce genre de période mais il me semble que le processus s’aggrave.

Tout ce qui réduit l’autorité de l’état va favoriser la montée des phénomènes préoccupants dont on a parlé. Or je crois que le pouvoir politique laisse augmenter la violence et diffuse ce message de faible autorité de l’Etat. Ce qui me fait peur c’est qu’il y a de la délinquance qui progresse mécaniquement du fait du laxisme de la justice mais aussi du fait de l’état qui est de moins crédible à cause de sa fermeté de façade. Car l’état par sa pusillanimité, de fait, permet tout. Dans ses conditions on peut tout se permettre…. Cela va faire de notre pays quelque chose qui ressemblera à un lieu collectif de désordre.

Concernant les élections municipales je ne pense pas que la sécurité soit le principal enjeu. La ville de Paris traverse des problèmes protéiformes très nombreux. La sécurité n’en est, hélas, qu’un parmi tant d’autres.

 

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