MEMORABILIA

 

20 Décembre 2019.

Notre bien désagréable hiver plein de trains en grève est le moment idéal pour rêver un peu de Miami, la mythique capitale de la Floride ensoleillée…

CG 23

« Raconter » Miami n’est  pas simple. La zone urbanisée s’étend en effet sur 175 km du nord au sud et abrite plus de 6 millions d’habitants

Elle est, après New-York, la seconde ville des États-Unis la plus visitée par les touristes étrangers ; elle est aussi une position stratégique pour les militaires, mais également pour les immigrants et pour les trafiquants. Elle est réputée pour son dynamisme immobilier, pour ses bateaux de croisière, pour ses lieux de vie et d’art, pour la mode et le design, où « l’argent sale » a malheureusement sa part.

Sous le nom de Miami, c’est donc, en réalité, une galaxie qu’on désigne, une ville aux multiples facettes, composée de lieux d’agitation frénétique mais aussi de zones préservées où règnent le calme et la beauté : comment comparer par exemple les quartiers de Little Havana ou de Little Haïti, bruissants d’exotisme populaire et fort sympathique, avec les sérénités quelque peu feutrées de Key Biscayne ou de Coral Gables? Autant de mondes différents, de styles de vie différents, dont la coexistence n’est possible que grâce à cet atout incomparable de l’Amérique: un énorme espace disponible permettant des voisinages que l’exiguïté territoriale rend chez nous bien plus difficiles…

Miami Skyline.jpg

Je me limiterai donc, sans autre prétention que celle de vous distraire (ou de vous inviter au voyage)  quelques impressions fugitives limitées à deux quartiers de la capitale du « Sunshine State »:  le prestigieux Coral-Gables où j’ai eu l’occasion de passer quelques (heureux) jours l’hiver dernier, et la célèbre Miami Beach.

Deux visages à première vue contradictoires de Miami qui traduisent clairement la fascination de la jeune Amérique des années 1930 vis à vis de son aînée européenne.      D’un côté les excès de Miami Beach et  du Mediterranean Revival , ce style néo-méditerranéen baroque lancé aux États-Unis au XIXe siècle par quelques magnats, incorporant diversement les références de la Renaissance espagnole, de la colonisation espagnole, des Beaux-Arts, de la Renaissance italienne, de l’architecture arabe andalouse et de l’architecture gothique vénitienne. De l’autre, le charme discret mais luxueux de Coral Gables, un lieu privilégié et unique imaginé par un homme original et attaché à la nature.

 

1. « The Gables way of life »…

CG 9

À la fin du XIXe siècle, les États-Unis se sont fortement industrialisés, les villes se développent de façon assez anarchique, rapidement, sans grands soucis de coordination. Résultat : les infrastructures sont inefficaces et plutôt laides.

Pour embellir le quotidien des citadins, des architectes militants du « city planning », mouvement visant également de vastes réformes sociales, misent tout d’abord sur la création de grands parcs urbains: ce sera la naissance de Central Park, à New York, du parc du Mont-Royal à Montréal, d’autres à Chicago, mais les animateurs de ce qu’on appellera le mouvement « City Beautiful » veulent davantage : au delà de grands espaces verts agréables, c’est la ville elle-même qui doit être plus belle et fonctionnelle.

Ce mouvement, qu’on peut considérer comme la naissance d’un urbanisme à l’américaine, va s’étendre à  d’autres villes comme Washington, Denver ou Pittsburg. Il va essaimer hors du continent dans des villes comme New Delhi, en Inde, ou Canberra, en Australie.

En Floride, Georges Merrick, fils de pasteur, est un peu l’incarnation de cette Amérique du XIXème siècle, Nouveau Monde merveilleusement sûr de lui et de sa « destinée manifeste », où l’espace à profusion, une population venue des quatre coins du monde et décidée à améliorer sa vie (et la vie en général), embrasse avec enthousiasme l’innovation. Je ne cache pas mon regret de n’avoir pas vécu une telle époque au lieu des tristes moments que nous réserve notre fin de règne  européen…mais ceci est une autre histoire.

Merrick n’est en revanche pas du tout un réformateur social : il hérite de son père quelques hectares de terre au sud de Miami et décide dans les années 1920 d’en faire une des premières communautés « planifiées » préfigurant le développement des actuelles « gated community » et des «associations de propriétaires », destinées aux happy few et dotées de règlements esthétiques et organisationnels  stricts. Ainsi va naître la ville de  Coral Gables où l’on accède par plusieurs portes monumentales, comme dans les anciennes cité européennes.

cg-20-1-1.jpg

Georges Merrick  est très influencé par les styles étrangers et organise divers « villages » dans les styles méditerranéen mais aussi chinois, Boer sud-africain, campagnard français, italien, celui des provinces françaises et celui des pionniers de Floride.

Quatre-vingts des maisons d’origine subsistent et sont toutes classées monument historique.

De nos jours, dans l’immense enchevêtrement multiethnique de petites cités ou quartiers de tous niveaux qu’est devenue la métropole de Miami, Coral Gables est bien sûr l’une des enclaves résidentielles les plus recherchées.

Les allées et les avenues y sont ombragées d’essences européennes mais aussi de vieux banians à racines aériennes, les immeubles sont plus que rares, l’ambiance à la fois simple, décontractée mais feutrée, comme seule l’Amérique sait les secréter…

Un centre ville de quelques « blocs » (où se rejoignent Coral Gables et sa voisine immédiate Coconut Grove, un peu moins chic mais à peine) offre boutiques et bistrots « simples mais de bon goût », au raffinement détaché, où l’on peut se promener et faire ses emplettes à pied, chose rare dans les grandes cités américaines.

 

Il faut se promener (en voiture, nous sommes en Amérique !) dans Coral Gables pour en sasir l’atmosphère; il faut aussi y faire une petite halte aux deux « points d’eau » incontournables pour l’étranger européen :

– l’un est la piscine géante (d’une surface de 2000 m²) de l’Hôtel Biltmore, lieu de légende construit en 1925, classé monument historique, qui représente l’apogée du style de Merrick, et qui marie son amour de la nature de Floride à des influences italiennes et hispano-mauresques: fresques sur des voûtes en plein cintre, sols en travertin, colonnes de marbre, une surprenante tour «  à la manière » de la Giralda sévillane et des jardins luxuriants, mais le tout dans l’atmosphère sans chichis que j’ai évoquée plus haut. On y va le Dimanche pour son célèbre  » Sunday Champagne Brunch ».

Biltmore 14 

– L’autre est la célèbre « Piscine Vénitienne » la seule piscine publique des USA à figurer au « Registre National des Lieux Historiques ». Elle a été créée en 1924 dans la carrière de corail d’où l’on avait tiré la pierre pour la construction des premières maisons de Coral Gables.

Elle invite à pénétrer dans un monde de fantaisie, de grottes, de cascades, de ponts en galets et d’îlots bordés de palmiers, chacun avec sa petite touche kitsch.

Venetian Pool 17 .jpg

On y trouve un lagon romantique avec une plage de sable, des grottes en corail fossile et de petits ponts. Et plein de fer forgé, une tour « ancienne »  et des toits en tuiles de terre cuite, des tourelles, des cours intérieures…Il n’y manque que les gondoles, et personne n’échappe à cette poésie un peu échevelée mais touchante si typique de l’Amérique quand elle rêve d’Europe…

Venetian Pool 16

Détail qui séduira les « écolos »: l’eau vient d’un puits artésien et elle est renouvelée tous les jours, belle performance pour une piscine publique….

*********************

– Dernier de ces lieux « mi-kitch, mi-solennels » comme on en trouve qu’en Amérique: la  « Villa Vizcaya » , édifiée par James Deering, riche industriel, citoyen du monde et  collectionneur d’antiquités. C’est un édifice construit dans le style d’une villa italienne du XVIᵉ siècle, un musée où rivalisent les superpositions les plus baroques…

Vizcaya 8

SONY DSC

 

*****************************************************************

– Et puis, il y a « la » Coral Gables absolument privée,  la ville sur l’eau, sorte de cité lacustre où chaque maison a son bateau amarré devant la porte et où l’on n’accède que si l’on appartient à l’une de ces « gated communities » peu ouvertes au commun des mortels.

CG 200

41-arvida-aerial-7

CG 201.

Une « cité lacustre » au fort parfum de dollars bien sûr, mais aussi de nature très… naturelle:  bien préservée et protégée, où l’on peut rencontrer, loin des agitations urbaines, outre une multitude d’oiseaux, des iguanes, des tortues, des lamentins et même…un crocodile dans sa piscine:

 

Embarquons pour une petite promenade dans cet univers de rêve: les canaux bordés de magnifiques demeures mènent à l’océan d’où, en quelques minutes, on sera à Miami Beach vers le nord, et en peu d’heures aux fameux Keys de Floride vers le sud…

CG 333.jpg

 

En passant, un petit tour le long du front de mer de Central Miami avant de rentrer à quai…

P1020434 2

************************************************************************************ %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%

2. Les mille feux de Miami Beach :

 

SouthBeach 2.jpgSouthBeach 3.jpg

– Environ 90.000 personnes habitent à Miami Beach, mais 100.000 de plus en arpentent les rues tous les jours.

Destination privilégiée des vacanciers et des noctambules, South Beach, « SoBe » comme on l’appelle ici, attire notamment les visiteurs par la douceur hivernale de son climat, ses « pâtisseries » architecturales, la variété de ses restaurants et la fièvre de ses nuits sans sommeil.

SouthBeach 7.jpg

SouthBeach A.jpg

South Beach, le culte du corps…

Le bronzage est une religion à South Beach alors, pour peaufiner votre couleur caramel et votre blondeur des blés, rendez-vous sur la célèbre bande de plage de sable clair, qui  débute au pied de la tour Continuum de South Pointe, et s’étire jusqu’au nord de l’îlot, rythmée par les fameuses tours de guet des Maîtres-nageurs (et -nageuses), incontourables pour tout photographe inspiré…

La plage de South Beach n’est pas aussi vide que celle de Deauville en hiver, ni aussi bien fréquentée que celle de La Baule en été ; nous ne sommes plus du tout à Coral Gables; à certaine heures, les places se font parfois rares, et vous risquez de vous retrouver coincé entre deux groupes de « muscle-men » ou des familles nombreuses avec glacière géante et tente intégrale ou encore un groupe de jeunes avec radio éructant du rap. « This is a free country », n’est-il pas ?…

 

…Mais aussi un trésor d’Art Déco.

La ville a eu sa période Art Déco et reste une mine de pépites architecturales concentrées sur quelques « blocs »: le « Miami Beach Architectural District » regroupe des constructions des années 20 et 30, aux couleurs vibrantes et aux détails originaux, par des créateurs sans aucune contrainte. Un régal unique pour les amateurs et les autres. On en profite de jour, mais les éclairages nocturnes en offrent un autre visage « kitsch » tout aussi fascinant.

ardéco 13

ardéco 30

Voilà en bref quelques impressions bien spécifiques de la capitale de la Floride. Inutile de préciser qu’elle offre mille autres choses, que vous pourrez découvrir en visionnant la vidéo (en Français) à la fin de cet article..

*******************

Et pour finir, une « success story » à l’américaine et une bonne adresse pour les gourmands:

En  1913,  Joe Weiss, natif de Hongrie, débarque comme des milliers d’autres immigrants pauvres en Amérique.

Il commence à gagner plus ou moins sa vie comme garçon de café à New-York. Atteint d’asthme, il part 5 ans plus tard pour la Floride dont on lui a fortement recommandé le climat. Il ouvre alors avec son épouse Jennie, dans la salle de séjour de leur toute petite maison de Biscayne Street, une sorte de cantine dans ce quartier où n’existe alors aucun restaurant.

En 1921, un ichtyologue plus curieux que les autres vient lui demander de cuisiner pour lui quelques uns de ces innombrables crabes de corail (stone crabs) qui pullulent dans la région mais que jusque là on ne jugeait pas comestibles…

En 1999, la famille Weiss est à la tête de quatre des plus célèbres restaurants de stone-crab et de fruits de mer des Etats-Unis à Miami, Las Vegas, Chicago et Washington. La société familiale qui les gère est le plus gros acheteur de pinces de crabe des USA, elle finance des centaines de « crabbers » (pêcheurs de crabe) et influence directement les prix sur les marchés de gros…

Réputé parmi les meilleurs restaurants de Miami Beach, Joe’s Stone Crab est devenu une institution qui attire toujours les foules, les célébrités et les artistes , et qui fut un des lieux préférés autrefois des Frank Sinatra, Al Capone et Muhammad Ali. Il faut souvent plus d’une heure d’attente pour obtenir une table dans ce restaurant qui ne prend pas de réservations. 

Dans un décor relativement simple et spacieux, nanti d’un bar monumental, on sert des pinces de « crabes de roche » bouillies et servies froides mais aussi d’autres fruits de mer (et même des steaks). Vivant sur la côte atlantique, du Connecticut jusqu’au Belize, le « crabe de roche » a un goût différent du crabe nordique habituellemnt servi dans les restaurants du monde entier.

Stone-crab .jpg

Il se déguste avec du citron vert des Keys (Key lime), avec une mayonnaise , mariné, dans un mélange d’ail et de fruits, à la mangue, avec du miel d’agrume, avec des cœurs de palmiers, accompagné d’une sauce cocktail, mais surtout avec LA FAMEUSE SAUCE A LA MOUTARDE de Joe’s…

Pour vous metttre en appétit, sachez que les pinces sont arrachées de crabes vivants, lesquels sont remis à l’eau en attendant que leurs membres repoussent, ce qui prend environ un an.

…Un problème à soumettre toutes affaires cessantes à Greta Thunberg…

Florida Stone Crab : le délicieux crabe de Floride !
Un crabe manchot après le passage des collecteurs de pinces…

 

Bon appétit et à bientôt…

*****************

 

– Pour en savoir un peu plus, en français, sur Miami:

 

****************************************

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :