MEMORABILIA

Macron face au défi d’un peuple exaspéré. Ivan Rioufol.

Ivan Rioufol,

Le Figaro. 19 décembre 2019

https://www.lefigaro.fr/vox/politique/ivan-rioufol-macron-face-au-defi-d-un-peuple-exaspere-20191219

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– Mauvaise nouvelle pour la caste: le peuple en colère sera encore là en 2020. Depuis que la France modeste a fait irruption, le 17 novembre 2018, dans les rues de Paris et sur les ronds-points, elle n’a pas renoncé à se faire entendre de dirigeants hautains et maladroits. Les «gilets jaunes», mouvement antimondialisation mené par une classe moyenne en demande de protections sociales et identitaires, ont amorcé une dynamique. Elle est appelée à peser, y compris ailleurs dans le monde, en réaction à la brutalité des utopies universalistes. Les Britanniques viennent d’en faire la démonstration: ils ont accordé, à l’issue des législatives du 12 décembre, la majorité absolue à Boris Johnson ; un épouvantail pour l’establishment. Il mènera le Brexit à son terme. Ceux qui, depuis trois ans, assuraient que les électeurs s’étaient fait berner par des mensonges et qu’ils regrettaient d’avoir voté contre l’Union européenne ont l’air malins. Les voilà confrontés à ce qu’ils redoutent le plus: la démocratie.

 

L’année 2019 s’achève comme elle avait commencé: sur une incompréhension rédhibitoire entre des élites persuadées d’avoir raison et des citoyens n’en pouvant plus d’être inaudibles. N’en déplaise aux effarouchés, ce sont les Johnson, Trump, Orban, Salvini ou Bolsonaro qui savent aujourd’hui, mieux que la gauche décatie, parler à la classe ouvrière et aux plus fragiles. Le premier ministre britannique a fait ses meilleurs scores dans les bastions du Nord et des Midlands, tenus par les travaillistes. Jeremy Corbyn, candidat du Labour, s’est effondré pour n’avoir compris le malaise existentiel des enracinés dirigés par des déracinés. Son choix de flatter les minorités islamisées, au prix de raisonnements antisémites réitérés, a laissé voir les dérives des progressistes. Le conservatisme national est la nouvelle doctrine qui émerge à droite, sur les ruines d’une gauche universaliste qui a saccagé les nations. Dans cette recomposition, le gouvernement français navigue à contre-courant.

La macronie, désinvolte jusque dans son amateurisme, reste un monde à part. Comment un homme aussi peu clairvoyant que Jean-Paul Delevoye a-t-il pu se voir confier la délicate réforme des retraites? Il aura fallu attendre le feuilleton de ses omissions successives sur ses multiples activités parallèles (treize) pour qu’il se décide à démissionner, lundi. Or, même si une majorité des missions parallèles de «M. Retraites» étaient assumées à titre bénévole, son départ aurait dû s’imposer dès la première révélation de son conflit d’intérêts, rémunéré, avec le monde des assurances. La légèreté de Delevoye est de celles qui s’excusent dans les allées du pouvoir. Sa frivolité se rajoute à sa sortie sur les bienfaits d’une arrivée en Europe de 50 millions d’immigrés d’ici 2050 pour augmenter les cotisants. Un homme si peu avisé sur la moralité publique et si peu lucide sur la fragilité des peuples fait douter encore davantage de la pertinence de son projet redistributif et universel, marqué par l’irréalisme.

Le chef de l’État se montre incapable de résoudre son problème relationnel avec le peuple d’en bas. Macron restera celui qui aura réussi, coup sur coup, à réveiller l’exaspération de la France périphérique puis de la France syndiquée, dans deux mouvements sociaux spectaculaires et pour partie inédits. Au moins aura-t-il fait mentir ceux qui disaient le pays amorphe, déprimé. Cette France-là pète le feu. Le mépris du président pour les dirigeants populistes, qui engrangent les succès électoraux, ajoute à son incompréhension de la défiance populaire. Dans ce contexte, 2020 s’annonce comme une année de tensions permanentes entre le pouvoir fragilisé et ses contestataires. Il serait temps, pour la droite, de prendre modèle sur les conservateurs qui, comme les «affreux» Johnson ou Trump, ont compris qu’ils avaient à suppléer la gauche prolophobe, en s’ouvrant aux plus vulnérables. Oui, la droite a un virage social à prendre.

Naufrage de Mélenchon

Le naufrage de Jean-Luc Mélenchon illustre ce progressisme devenu fou. Déjà, en 2013, il n’avait su comprendre la fronde bretonne des «bonnets rouges» lancée contre l’écotaxe sur les poids lourds. Il avait qualifié de «nigauds» les insurgés, précurseurs des «gilets jaunes» qu’il n’a non plus vu venir. Depuis, ses clins d’œil aux cités d’immigration lui font faire n’importe quoi. Non content d’avoir manifesté le 10 novembre auprès d’islamistes qui ont fait hurler «Allah akbar!» dans les rues de Paris, le leader de La France insoumise s’est prêté à une dénonciation du «complot juif» pour expliquer la défaite des travaillistes. Mélenchon s’en est pris au grand rabbin d’Angleterre et «aux divers réseaux d’influence du Likoud (parti de Benyamin Nétanyahou, NDLA)», coupables d’après lui de la chute de Corbyn. Il a accusé le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) d’imposer des «ukases communautaristes»: un vocabulaire identique à celui des antisémites. Mais c’est insulter l’ensemble des musulmans que de flatter la judéophobie qui les habiterait tous.

Déplorable est également cette gauche perdue qui, si elle est prête à s’allier avec les islamistes sur le dos de l’Occident et des démocraties libérales, ne respecte plus rien de la trêve de Noël, ce moment jusqu’alors sacralisé. «Sous le sapin, la grève. Pas de trêve pour Noël», disait une banderole tenue par des gauchistes dans la manifestation parisienne de mardi. La CFDT entend respecter la trêve des confiseurs. Mais la CGT, qui défilait le 10 novembre en défense de l’islam politique, n’est plus dans cet état d’esprit qui est celui de la gauche radicalisée et islamophile. Samedi, à Toulouse, une crèche vivante interprétée par des enfants a été violemment interrompue par des «anticapitalistes». Ces militants de la haine veulent rompre avec la civilisation judéo-chrétienne. Pour eux, tous les moyens sont bons.

Ils sont les oubliés de l’histoire. Les chrétiens d’Orient, indésirables sur leur propre terre par l’islam sectaire, vivent un calvaire qui laisse l’Occident indifférent. Le 12 décembre au Sénat, le plaidoyer en leur faveur de François Fillon n’a guère reçu d’échos. Idem pour le combat, méritoire cette fois, mené par Benard-Henri Lévy pour la défense des chrétiens du Nigeria, persécutés aux cris d’«Allah akbar!». Merci à eux deux.

Joyeux Noël et bonne année!

Prochain bloc-notes: 10 janvier

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