MEMORABILIA

« Le colonialisme iranien « , Middle-East Forum.

Certains s’interrogent fort à propos les activités « colonialistes » (et en tous cas expansionistes)  de l’Iran au Proche-Orient. Ci-après la traduction d’un document publié par le think-tank  « Middle-East Forum » à l’adresse suivante:

https://www.meforum.org/60168/why-are-academics-ignoring-iran-colonialism

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« Pourquoi les universitaires ignorent-ils le colonialisme iranien ? »

Les universitaires d’aujourd’hui sont obsédés par la colonisation, l’impérialisme, et l’hégémonie culturelle, ainsi que par le post-colonialisme, les études ethniques et l’intersectionnalité.

Dans de nombreux domaines, les études sont dominées par des anti-impérialistes qui luttent contre l’hégémonie, soutiennent les indigènes et attaquent quiconque n’est pas d’accord avec eux.

Lorsqu’une revue appelée Third World Quarterly a publié en 2017 un article sur les bienfaits du colonialisme, le tollé des professeurs de justice sociale a conduit au retrait de l’article et à la démission de 15 membres du comité de rédaction sur fond de menaces.

Alors si la profession est si catégorique sur les méfaits du colonialisme, pourquoi ignore-t-elle l’Iran ?

Lorsque les pays forts exercent leurs avantages (injustes) sur les plus faibles, imposant leurs valeurs et leurs cultures, manipulant les économies indigènes, les universitaires comptent parmi les critiques les plus bruyants et les plus créatifs. Même l’influence la plus bénigne d’un pays puissant sur un pays plus faible est dénoncée – d’où la longue obsession de ce qu’on appelle la « Coca- Colonisation ».

Des légions de militants universitaires se sont chargés de ré-interpréter l’histoire pour faire la lumière sur le présent, afin d’établir des parallèles entre une époque de colonisation européenne bienveillante et l’époque américaine ou israélienne en cours, et dénicher des signes d’oppression occidentale, américaine et trumpienne, étant ainsi à même de proclamer l’avènement du nouvel impérialisme américain.

Soit, mais pourquoi laisser de côté les tentatives des Iraniens de faire exactement aux autres ce qu’ils accusent les autres d’avoir fait à l’Iran ?

Des journalistes et des analystes, tels que Jonathan Spyer et Seth Frantzman, documentent l’expansion coloniale de l’Iran depuis de nombreuses années. Mais la plupart des universitaires ont été réticents à utiliser leurs compétences pour étudier l’Iran. La plupart préfèrent s’attaquer à des des cibles plus faciles comme Israël et les États-Unis.
Au début de ce mois (décembre 2019), la Commission de décolonisation des Nations unies a fait adopter huit mesures anti-Israël par l’Assemblée générale, montrant ainsi où se situent ses priorités.

Même sans ses violations de la souveraineté d’autres pays, l’Iran lui-même est un empire, avec des Perses ethniques qui dominent les Arabes, les Kurdes, les Baloutches, les Azéris, les Turkmènes, les Lur, les Gilakis et les Mazandaranis.

Seuls quelques-uns, notamment Daniel Pipes, Ilan Berman et Shoshana Bryen, s’intéressent à ce fait.

La Révolution islamique de Khomeiny a été un projet impérialiste dès le début, car l’une de ses premières mesures après sa prise de pouvoir (même avant l’effondrement du gouvernement provisoire de l’après-Shah en novembre 1979) a été de créer le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) pour diffuser ses idées.

Peu de temps après, il a pris des mesures au Liban, envoyant « 1 500 conseillers du Corps des gardiens de la révolution islamique [pour] établir une base dans la vallée de la Bekaa avec l’objectif d’exporter la révolution islamique dans le monde arabe », comme l’a dit Matthew Levitt. Ces conseillers ont contribué à la création du Hezbollah, qui a servi à étendre l’influence de l’Iran dans le monde entier.

En 1998, la Force al-Qods, l’unité de guerre non conventionnelle du Corps des gardiens de la révolution islamique, a eu un nouveau chef lorsque Qassem Soleimani a été nommé commandant. Soleimani a intensifié l’emprise coloniale de l’Iran, profitant du renversement de Saddam Hussein par les États-Unis en 2003 pour prendre le contrôle de l’Irak d’une manière que l’Iran n’aurait jamais pu accomplir seul.

Le soi-disant Printemps arabe a offert à Soleimani l’opportunité de jalonner des territoires en Syrie en utilisant le Hezbollah et au Yémen en utilisant les rebelles chiites Houthi, complétant ainsi l’objectif d’un « Croissant chiite » s’étendant du Golfe à la Méditerranée.

 

Des livres sur la construction d’un empire britannique et américain en Iran et dans le grand Moyen-Orient (réel et imaginaire) sortent chaque année. Le sujet a valu à beaucoup d’universitaires, désireux d’obtenir leur titularisation en faisant une génuflexion devant l’autel d’Edward Said, d’exposer les prétendus maux de l’« orientalisme» européen et américain.

Pourtant, presque aucun universitaire n’écrit sur l’un des projets de colonisation les plus évidents et les plus sanglants du monde, même s’il se déroule sous leur nez.

Il y a des exceptions, bien sûr. L’Impérialisme islamique d’Efraim Karsh (2006) a rappelé à tous que le Moyen-Orient est « l’endroit où l’institution de l’empire a non seulement pris naissance […] mais où son esprit a également survécu à son homologue européen ».

Une autre exception est Tallha Abdulrazak, chercheur à l’Institut de stratégie et de sécurité de l’Université d’Exeter, mais son intérêt pour le colonialisme iranien semble s’arrêter à l’Irak, et les tendances anti-américaines et anti-Israël de ses écrits pour Al Jazeera et le Middle East Eye suggèrent un manque d’intérêt pour la totalité de la construction de l’empire iranien. Ces tendances ont sans doute contribué à ce qu’il reçoive le prix Al Jazeera du jeune chercheur en 2015.

Les universitaires de certains groupes de réflexion n’ont pas reculé devant l’ingérence de l’Iran dans d’autres pays. Michael Rubin, de l’American Enterprise Institute, fait remarquer que « à part la Russie, l’Iran est le pays le plus impérialiste du monde aujourd’hui […] peu différent dans sa quête de domination politique et économique des États pauvres que ses bourreaux du XIXe siècle l’étaient ».

Les universitaires israéliens semblent aussi s’intéresser davantage à l’Iran d’aujourd’hui qu’à celui d’hier.

Hillel Frisch, professeur d’études politiques et d’études sur le Moyen-Orient à l’Université Bar-Ilan et chercheur principal au Centre Begin-Sadat pour les études stratégiques, appelle l’Iran « le seul pays dont l’accent est mis sur l’intervention et l’implication politique, militaire et terroriste dans des zones au-delà de ses frontières contiguës contre des États qui ne l’ont jamais attaqué ».

Mais où sont les appels au clairon des tours d’ivoire ?

Tous les anti-Orientalistes sont-ils occupés à stigmatiser l’Occident, à privilégier la victimisation plutôt que la réussite, et à trouver de nouvelles façons d’utiliser «l’autre» comme verbe (comme dans l’«Othering & Belonging Institute» de l’Université de Californie à Berkeley) ?

Où sont les conférences, les symposiums et les articles des revues spécialisées portant sur l’impérialisme iranien ?

Le Council on Foreign Relations (un think tank situé à New-York) a organisé un événement consacré à la politique étrangère impériale de l’Iran en février, mais si un événement similaire a eu lieu dans une université américaine en 2019, il n’a pas été annoncé et reste bien caché.

Le 21ème siècle a commencé par un déluge frénétique d’articles et de livres décriant le nouvel «impérialisme» américain au Moyen-Orient qui avait commencé après le 11 septembre. Mais les livres décriant la montée de l’impérialisme iranien n’arrivent même pas au compte-gouttes.

Alors que font exactement les spécialistes du Moyen-Orient ?

En marge de la profession, là où les militants se cachent, une contre-offensive est en cours.

L’apologiste de l’Iran Hamid Dabashi, de l’Université de Columbia, a écrit et publié une « Lettre contre l’impérialisme américain » le 7 décembre dernier, s’opposant au «projet impérial américain actuel », qui avec l’aide du FMI, « cherche un retour à la gouvernance néocoloniale sous la forme d’un régime soutenu par les États-Unis ». Dabashi a en quelque sorte persuadé 38 universitaires (dont 12 issus de collèges en Californie) de se joindre à un assortiment loufoque d’artistes, de militants, d’avocats et de podcasters pour signer une lettre désespérée et bizarre qui montre une totale incompréhension des manifestations en Iran du mois de novembre 2019.

Même les socialistes de New Politics trouvent à redire à cette lettre de Dabashi à cause de son « rejet de l’influence oppressive et violente du régime iranien en Syrie, au Liban et en Irak  » et de sa « conceptualisation superficielle de l’impérialisme [qui] n’inclut pas et ne condamne pas les sous-impérialistes de l’Iran ».

Les grands spécialistes du Moyen-Orient préfèrent prétendre qu’il n’y a pas d’impérialisme ni de sous-impérialisme iranien. Lorsque des centaines, peut-être des milliers, d’entre eux se sont réunis à la Nouvelle-Orléans lors de la réunion annuelle de la Middle East Studies Association (MESA) le mois dernier, le sujet semble leur avoir échappé. En quatre jours, ils ont organisé 20 sessions académiques, chacune comprenant entre 18 et 24 sujets, pour un total de 304 événements : panels, tables rondes, conversations thématiques, communications de conférence et sessions spéciales sur des sujets d’actualité.

Dans chacune de ces manifestations, au moins une demi-douzaine d’experts ont présenté, présidé ou arbitré. Et pas un seul événement n’a été consacré à l’influence coloniale de l’Iran au Liban, en Irak, en Syrie ou au Yémen. Il n’y avait rien sur l’empire iranien ascendant.

L’empire Qajar (NdT: les Qajar ont régné sur l’Iran de 1779 à 1925), en revanche, a été couvert dans de multiples sessions. Les événements concernant un endroit appelé soit «Palestine/Israël» ou «Israël/Palestine», selon les caprices du modérateur, étaient également populaires.

Le projet colonial iranien est l’un des événements les plus significatifs de l’histoire moderne, et ses contours coïncident avec les intérêts et les croyances profondes du corps professoral. Mais la plupart des universitaires sont remarquablement peu curieux au sujet du colonialisme iranien. C’est ce qui s’appelle une belle occasion perdue.

* A.J. Caschetta est maître de conférences au Rochester Institute of Technology et membre de Campus Watch, un projet du Middle East Forum dont il est membre.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

 

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