MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «Pourquoi Macron attise la colère populaire»

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CHRONIQUE – Avec ses colères ininterrompues, la France donne l’image d’un pays furieux. Pourtant, le chef de l’État ne fait rien pour se réconcilier avec les citoyens.

Le Figaro.
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–  Emmanuel Macron est-il injustement contesté? Il ne peut être tenu pour seul responsable de l’état de la France. Plagiant Musset, il a d’ailleurs déclaré: «Peut-être que j’arrive trop tard dans un monde trop vieux, que la casse est déjà importante, mais je ne vais pas payer pour mes prédécesseurs.» Le chef de l’État a raison, même si sa réflexion admet l’échec de sa promesse d’un nouveau monde. Il se voyait à la fois en alchimiste du verbe et en promoteur d’une «start-up nation». Le premier bilan est plus modeste. Certes, son opération «Choose France», organisée lundi à Versailles, a rassemblé près de 200 dirigeants d’entreprise français ou étrangers. Quatre milliards d’euros d’investissements étrangers ont été annoncés. Le gouvernement rappelle qu’il a créé 500.000 emplois depuis deux ans et demi et qu’il a fait de la France un pays attractif pour les investisseurs, en deuxième position après l’Allemagne. Ce résultat est à mettre au crédit de Macron. Mais comprend-il les Français? Hélas, toujours pas.

Le président ne veut l’admettre, mais les colères qui se succèdent doivent beaucoup au rejet de son ego et à son incapacité à apaiser les fractures françaises. Son narcissisme le pousse vers un monarchisme incongru. Le chef de l’État, habité par son destin, s’est convaincu de la justesse de ses intuitions.

C’est pourtant son mondialisme qui fédère les oppositions populaires, à droite comme à gauche. Le progressisme macronien est perçu par beaucoup comme un pouvoir solitaire, brutal, coupé des gens. Ségolène Royal, qui se lance dans l’opposition frontale, entend exploiter à son tour cette faiblesse. Quand la porte-parole du gouvernement, Sibeth NDiaye, déclare, en commentant la montée des tensions contre le président: «Si provoquer de la violence c’est faire les réformes pour lesquelles on a été élus, ça, je l’assume», elle contribue à l’hystérisation autour d’un Macron inutilement transgressif.

Le chef de l’État s’est enfermé dans un rôle de guide hypnotique et verbeux planant au-dessus d’une piétaille agitée. 

Le Macron candidat avait su analyser, dans ses critiques de la démocratie fatiguée, ce que le Macron président ne cesse d’aggraver. Plus que jamais, la société civile est en demande d’écoute ; elle veut participer aux prises de décisions.

Or le chef de l’État s’est enfermé dans un rôle de guide hypnotique et verbeux planant au-dessus d’une piétaille agitée. Les «grands débats» suscités par l’Élysée en réponse aux manifestations des «gilets jaunes» ont été des shows présidentiels. L’avenir de la convention citoyenne pour le climat, qui réunit 150 citoyens tirés au sort, est lié au bon vouloir de «M. Moi-je». L’image que donne la France, avec ses colères ininterrompues, est celle d’un pays furieux. Pourtant, le chef de l’État ne fait rien pour se réconcilier avec ces citoyens. S’installe une détestation réciproque qu’exacerbent les provocations de l’extrême gauche et de ses nervis.

 

Le choix du gouvernement d’effacer la France périphérique des résultats des prochaines municipales illustre l’incapacité du pouvoir à calmer les esprits. Alors que les «gilets jaunes» ont regagné les petites villes et les communes rurales, le ministre de l’Intérieur vient de décider de ne plus comptabiliser politiquement les suffrages des communes de moins de 9000 habitants (moins de 1000 habitants actuellement).

Cette manœuvre aura pour conséquence d’occulter l’identité politique de 96 % des communes, représentant 54 % de la population. Il est vrai que La République en marche, formation liée aux grandes métropoles, risque fort d’être absente de ces décomptes. Mais il est d’une grande maladresse de faire comprendre aux Oubliés qu’ils vont avoir à le demeurer, dans l’occultation des nuances partisanes. La France ne manque pas de sujets de mécontentement pour ne pas en rajouter, en opposant les villes aux campagnes, assignées à la transparence.

Les erreurs du macronisme

Tout est erroné dans le macronisme, conçu en soutien au grand brassage diversitaire. C’est cette chimère que défendent encore (Le Monde, mardi) onze «experts»: ils plaident pour régulariser les sans-papiers et simplifier le droit de séjour des étrangers. À croire que les séparatismes causés par la non-assimilation et la montée de l’antisémitisme islamique n’éveillent pas les somnambules.

N’en déplaise aux prêcheurs du vivre ensemble, les peuples réclament des frontières, des souverainetés et un droit de regard sur ceux qui veulent les rejoindre. Or le chef de l’État reste prisonnier d’un cosmopolitisme qui n’est réclamé que par le patronat pour faire pression sur les salaires et par les fanatiques de l’universalisme. Quand Marlène Schiappa annonce, lundi, qu’elle va dénoncer les entreprises qui discriminent des Maghrébins à l’embauche, la secrétaire d’État enfourche l’idéologie antiraciste qui dispense les minorités de s’identifier à la nation. Le gouvernement ferait œuvre utile s’il dénonçait plutôt ceux qui incitent à contester le modèle français.

Macron est un communautariste qui cherche à le faire oublier… 

Dans ses vœux, le chef de l’État a promis d’ouvrir, avec 2020, «la décennie de l’unité retrouvée de la nation». Il serait décidé à combattre le communautarisme.

Toutefois, sur ce sujet aussi, Macron a pris la mauvaise direction. Son esclandre contre la sécurité israélienne, mercredi à Jérusalem-Est, a été un clin d’œil à la rue arabe. Macron sait qu’il a notamment été élu avec le soutien public de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF).

La révolte des «gilets jaunes» a aussi été celle d’une France oubliée par la préférence immigrée. En mai 2018, le président de la République avait rejeté le rapport Borloo sur les banlieues en reprenant à son compte l’argumentaire racialiste des minorités: «Deux mâles blancs qui ne vivent pas dans ces banlieues se remettent un rapport sur ces banlieues: ça ne marche pas comme ça.»

François Pupponi, ancien maire PS de Sarcelles, raconte avoir entendu préalablement cette même réflexion chez Yassine Belattar, tout juste nommé par Macron au conseil présidentiel des villes (1). Belattar, ami du président, allait déclarer peu après: «Nous, les musulmans, ne sommes pas dans un projet d’assimilation.»

Oui, Macron est un communautariste qui cherche à le faire oublier…

Immigration en hausse

Le pouvoir est prisonnier de dogmes dépassés.

Le voilà contraint, sur l’immigration, d’enregistrer passivement une hausse constante des arrivées alors même que la France s’asphyxie et se laisse islamiser par endroits. En 2019, les cartes de séjour ont augmenté de 6,8 % et les demandes d’asile de 7,3 %.

L’État fanfaronne, mais ne maîtrise plus rien.

(1) Les Émirats de la République, Éditions du Cerf.

 

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