MEMORABILIA

LES SERBES DE BOSNIE, REMPART DE L’OCCIDENT ?

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© Louis Jamin pour L’Incorrect

 

A Banja Luka, République serbe de Bosnie, le 9 janvier était la fête nationale.

Notre reporter souligne ici les problèmes actuels auxquels cette république doit faire face. Outre certaines injustices subies par les Serbes, les difficultés principles sont liées aux migrants, aux djihadistes et à l’émigration des travailleurs serbes. De notre envoyé spécial à Banja Luka (Bosnie-Herzégovine), Jérôme Besnard. Photographies Louis Jamin.

 

Ville de 150 000 habitants sérieusement touchée par un tremblement de terre en 1969, Banja Luka, capitale politique de la République serbe de Bosnie, affiche la tranquillité et la bonhommie d’une cité provinciale d’Europe centrale.

Pourtant, cette République serbe de Bosnie, localement appelée « Republika Srpska », fondée le 9 janvier 1992 par Radovan Karadzic, dans la douleur, à l’occasion de l’éclatement de la Yougoslavie, n’est pas un État comme un autre.

Forte de plus de 1 200 000 habitants, la Republika Srpska permet au sein de la Bosnie-Herzégovine l’autonomie politique et culturelle des zones de peuplement serbe. En mémoire de sa fondation, elle célèbre chaque année sa fête nationale, sa « Slava », le 9 janvier. Et ce malgré les protestations récurrentes émises par le Haut représentant international en Bosnie-Herzégovine, le diplomate autrichien d’origine slovène Valentin Inzko, désigné à ce poste décisionnel par l’Union européenne. Témoin d’un autre temps, l’hôtel Bosna de Banja Luka, où nous sommes descendus, ne connaît pas l’interdiction de fumer dans ses murs et son bar recèle une forte odeur de tabac froid, dont le ressortissant de l’Union européenne a perdu l’habitude.

Depuis 2010, l’homme fort de la Republika Srpska est Milorad Dodik, membre serbe de la présidence tripartite de la Bosnie-Herzégovine et président de l’Alliance des sociaux-démocrates indépendants, jadis membre de l’Internationale socialiste. Cet homme de 60 ans, massif et jovial, avait cette année convié la délégation menée par le sénateur français LR Sébastien Meurant, élu du Val-d’Oise, à assister à ces cérémonies du 9 janvier. Lesquelles ont débuté par une cérémonie religieuse en la cathédrale du Christ-Sauveur de Banja Luka, messe célébrée par le patriarche orthodoxe Irénée de Serbie, 89 ans, en présence du ministre de la Défense de la « grande sœur » serbe, Aleksandar Vulin.

Puis vient l’heure du défilé en présence de la présidente de la Republika Srpska, Zelka Cvijanovic et de la présidente du gouvernement de Serbie, Ana Brnabic. La famille royale de Serbie était cette année excusée. Aux anciens combattants, aux associations sportives et culturelles succèdent les forces anti-terroristes, la gendarmerie, la police et les pompiers de Republika Srpska. Les hymnes serbe et bosno-serbe retentissent. Bien équipées et défilant dans les rues de Banja Luka d’un pas très martial, ces unités incarnent les aspirations à la souveraineté de cette composante du peuple serbe amarrée contre son gré à la Bosnie-Herzégovine par la volonté purement arbitraire de l’ONU. Ce maintien de la Republika Srpska au sein de la Bosnie-Herzégovine multiethnique et multiculturelle est absurde si l’on compare le sort de ses habitants et celui des Albanais du Kosovo qui revendiquent leur indépendance vis-à-vis de la Serbie.

Il y a ici clairement deux poids deux mesures au détriment des populations serbes. L’intangibilité des frontières de la Bosnie-Herzégovine est en contradiction flagrante avec la sécession kosovare à laquelle se trouve confrontée la Serbie.

« Nous sommes un petit peuple mais nous avons des droits », nous explique le président Dodik, qui ne cache pas son admiration pour le général de Gaulle, en nous recevant durant une demi-heure dans ses bureaux de Banja Luka. Il déplore que la plupart du temps seules les forces serbes soient accusées d’avoir commis des crimes durant la guerre de Bosnie. De même, toujours selon lui, la Bosnie-Herzégovine ne respecte pas les accords de Dayton de 1995 qui prévoyaient que les Serbes de Bosnie puissent disposer d’une armée, toujours refusée aujourd’hui. Il regrette que la France, avec qui la Bosnie partage l’existence d’une menace islamiste sur son sol, ne se préoccupe pas plus du sort de la Republika Srpska, à la différence de la Russie de Vladimir Poutine avec qui il a noué de forts liens d’amitié. Une russophilie qui pousse Milorad Dodik à refuser tout rapprochement de la Bosnie-Herzégovine avec l’OTAN.

 

Lire aussi : Kosovo, la résistance serbe

 

Le grand problème de l’heure, pour la République serbe de Bosnie, ce sont d’abord les migrants qui traversent le pays en provenance de Turquie avant de passer la frontière de l’Union européenne, c’est-à-dire celle de la Croatie voisine. L’Union européenne a débloqué 34 millions d’euros depuis 2018 pour aider la Bosnie à gérer les 9 000 migrants qui s’entassent notamment aux abords de la ville à majorité musulmane de Bihac. Comme nous l’a confié un député de la Republika Srpska : « Notre pays n’a pas vocation à devenir un camping pour migrants ». L’autre urgence, c’est le retour des djihadistes (partis se battre en Syrie ou en Irak dans les rangs de Daech) dans la partie musulmane du pays qui abrite de véritables zones d’impunité où les terroristes peuvent se ressourcer.

Emmanuel Macron lui-même a qualifié récemment dans un entretien avec l’hebdomadaire The Economist la Bosnie de « bombe à retardement » ce qui a entraîné la convocation de l’ambassadeur de France à Sarajevo par le président bosnien en exercice, Zeljko Komzic. Une position française que Milorad Dodik n’est pas loin de partager devant la faiblesse des peines prononcées contre les djihadistes revenus en Bosnie, à la différence de ses collègues bosniaque et croate de la présidence bosnienne. On évalue à 300 le nombre de Bosniens partis faire le djihad entre 2012 et 2016 en Syrie et en Irak, dont 55 % d’hommes. Les Serbes de Bosnie aimeraient renforcer leur coopération avec la France en matière de sécurité.

Dernier défi à relever pour les dirigeants de la Republika Srpska : contenir l’émigration des travailleurs vers Belgrade mais surtout vers l’Autriche où vivent déjà plusieurs centaines de milliers de Serbes. Il est vrai qu’ils peuvent y multiplier par six ou sept leur salaire. Beaucoup travaillent ainsi dans le bâtiment ou la restauration. Une pénurie de main-d’œuvre dans ces secteurs commence à se faire sentir. La seule réponse possible est le développement économique qui n’est évidemment pas chose aisée pour un petit pays enclavé et situé à la frontière extérieure de l’Union européenne. Quelques entrepreneurs français tentent déjà d’aider les Serbes de Bosnie à relever ce défi. On peut espérer que d’autres se joignent à eux dans les années à venir.

La Republika Srpska rêve plus que jamais de s’arrimer à la Serbie mais se heurte aux deux écueils que nous avons évoqués : la fiction occidentale de l’existence d’une Bosnie-Herzégovine multiculturelle viable ; et la crainte de la Serbie de voir justifiée la sécession du Kosovo ou son union avec l’Albanie si les zones serbes de la Bosnie font retour à la mère patrie.

Dans les Balkans, rien n’est jamais simple.

 

Jérôme Besnard

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