MEMORABILIA

« La violence d’extrême gauche » une analyse de Mathieu Bock-Côté.

Mathieu Bock-Côté: «Le regain de la violence d’extrême gauche»

CHRONIQUE – Le récit médiatique peine à la reconnaître dans le rôle de l’agresseur, selon le sociologue évoquant l’intrusion de militants lors d’une conférence du maire de Béziers Robert Ménard.

 Mathieu Bock-Côté
14 février 2020.
Le Figaro.
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Mercredi soir, à Toulouse, alors que devait avoir lieu une conférence de Robert Ménard, en compagnie de l’essayiste François Bousquet, des militants d’extrême gauche ont cherché à perturber l’événement de la manière la plus violente qui soit.

L’agression n’a pas eu grand écho médiatique, ce qui surprend à un moment où on s’inquiète vivement de la violence contre les élus et autres membres de la classe politique.

Apparemment, la nouvelle n’était pas assez grave pour mobiliser les gardiens de la République. Selon l’étiquette qu’on vous collera, on vous plaindra, on vous maudira ou on ne vous mentionnera même pas.

 

Plus encore, lorsque la nouvelle a été rapportée, c’était de bien étrange manière. Ainsi, on a parlé dans certains médias de violents incidents mettant en scène les «antifascistes» et «l’extrême droite», comme s’il fallait présenter à la manière de deux bandes armées également organisées ceux qui attaquent une conférence et le service d’ordre qui assure la sécurité de l’événement.

L’agresseur, ici, n’est plus qu’un protagoniste sur deux d’une rixe dont il ne serait finalement pas responsable, les extrêmes étant appelés naturellement à s’entrechoquer. La faute est diluée, pour ne pas dire niée.

Le récit médiatique peine à reconnaître l’extrême gauche dans le rôle de l’agresseur. L’association qui devait accueillir l’événement s’est aussi insurgée publiquement non pas contre les vandales qui ont voulu saccager les lieux et blesser les participants mais contre la conférence elle-même, où se seraient tenus des propos décrétés inadmissibles selon l’idéologie dominante.

En d’autres termes, ce n’est pas la violence qui heurte les gestionnaires des lieux, mais la parole dérangeante. Ne soyons pas exagérément surpris: quand la violence vise des personnalités politiques associées au populisme, des intellectuels dissidents, un car de pèlerins catholiques ou une librairie de droite, elle suscite rarement une indignation généralisée. On comprend le message: à cause de leurs idées «nauséabondes», les victimes méritent leur mauvais sort.

L’idéal d’une conversation civique plutôt apaisée se décompose et de plus en plus de courants marginaux entrent en état de surchauffe idéologique

«On peut affirmer avec certitude que la mauvaise foi idéologique est une forme moderne de la démence», écrivait Ionesco. L’honnêteté devrait nous obliger à reconnaître que la violence politique, dans les sociétés occidentales, est surtout le fait d’une extrême gauche renaissante, qui se présente frauduleusement sous la bannière de l’antifascisme. Que cette étiquette ne soit jamais questionnée étonne. Car «l’antifascisme» d’aujourd’hui repose, nous le savons, sur une extension loufoque de la définition du fascisme affranchie de sa réalité historique, auquel on assimile toute forme de résistance affichée aux avancées du régime diversitaire, qu’il s’agisse du multiculturalisme, de l’immigrationnisme ou des combats qui se réclament de l’intersectionnalité LGBTQ+ et compagnie. La fascisation de l’adversaire permet de le transformer en ennemi contre qui tout est permis.

 

La mouvance «antifa» représente la version milicienne de cet antifascisme parodique, évoluant dans un monde parallèle. Elle normalise et légitime une pulsion nihiliste et lui donne un exutoire politique en plus de l’anoblir. Ceux qui s’ennuient en démocratie y trouvent la possibilité d’un héroïsme à bon marché, où la violence devient un symbole d’authenticité. Ceux qui sont en quête de radicalité peuvent s’y investir en goûtant aux plaisirs de la clandestinité encagoulée et de l’aristocratie militante tout en bénéficiant de la bienveillance d’un système jamais pressé de condamner ceux qui se comportent pourtant comme des voyous en bandes organisées.

L’idéal d’une conversation civique plutôt apaisée se décompose et de plus en plus de courants marginaux entrent en état de surchauffe idéologique. L’extrême gauche renoue avec une stratégie de la tension. Sa psychologie est celle de la guerre civile. Dans les grandes manifestations où elle s’infiltre, elle entend radicaliser les contradictions de la société et espère dévoiler la nature supposément fascisante de la démocratie libérale, pour réveiller les masses zombies et les jeter vers la révolution. Par effets mimétiques, ses milices contaminent la vie politique et poussent de trop nombreux groupuscules à la violence.

 

La démocratie libérale ne devrait pas se laisser bluffer par une lecture de l’histoire anachronique.

Ceux qui la menacent de l’intérieur ne sont pas les «populistes» qui participent à la vie politique et acceptent comme tout le monde de gagner et de perdre des élections, dans un environnement marqué par le pluralisme, mais des milices violentes idéologiquement intoxiquées qui se donnent le droit de perturber la vie sociale et d’agresser physiquement ceux qui ont le mauvais goût de les contredire.

«L’antifascisme» d’aujourd’hui représente la poursuite du fascisme par d’autres moyens.

 

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