MEMORABILIA

«Les idéologues islamistes à l’oeuvre en France ». Bernard Rougier.

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Bernard Rougier: «Les idéologues islamistes font en France ce qu’ils ont fait au Maghreb il y a 30 ans»

ENTRETIEN – Dans plusieurs quartiers français, on retrouve une pression islamiste forte et des individus qui déménagent pour y échapper, note le directeur du Centre des études arabes et orientales.

17 février 2020
Le Figaro.

Arabophone ayant travaillé au Liban, en Jordanie et en Égypte, Bernard Rougier est professeur à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 -, et directeur du Centre des études arabes et orientales.

Il a dirigé les ouvrages collectifs Qu’est-ce que le salafisme? et Les Territoires conquis de l’islamisme (Puf).

LE FIGARO. – Comment est née votre enquête sur «les territoires conquis de l’islamisme»?

Bernard ROUGIER. – Des étudiants de Paris 3, venus de communes comme Aubervilliers, Champigny, Sevran ou Mantes-la-Jolie, ont étudié «leurs» quartiers d’origine en immersion totale. La plupart étaient d’origine musulmane, et tous voulaient montrer comment leur foi était transformée en idéologie par des réseaux qui se réclament de l’islam.

Nous avons retrouvé, à travers les différentes monographies, les mêmes éléments de manière presque systématique dans ces communes et dans les témoignages d’une quarantaine de jeunes djihadistes détenus. Ils révèlent l’installation, depuis la percée salafiste de la fin des années 1990 et du début des années 2000, d’écosystèmes religieux connectés à d’autres sources d’influence au sud de la Méditerranée.

Comment se développent-ils?

Le cœur, c’est la mosquée, surtout les leçons de religion informelles, pendant la semaine. Pour ne pas créer de tensions, les présidents d’associations musulmanes laissent passer des prédicateurs itinérants qui font des leçons dont le contenu théologique est souvent en rupture totale avec la société française.

Second élément de l’écosystème: la librairie islamique, lieu de vente d’ouvrages, avec une salafisation observée de la production islamique, mais aussi de rencontres, d’échanges.

Pour les jeunes hommes, il y a la salle de sport ou le stade de foot, où le corps se forme, où les douches collectives n’existent plus, où les prières collectives se font dans les vestiaires, où la présence des non-musulmans n’est pas souhaitable.

Autres lieux importants: la sandwicherie hallal, où on se retrouve après la prière, et le marché avec la vente de vêtements islamiques, de parfums, d’ouvrages salafistes comme La Voie du musulman , dénoncé par les autorités françaises depuis 2015 mais toujours en vente.

Enfin le lycée ou le collège font aussi partie de l’écosystème. À Mantes-la-Jolie, un lycée bientôt inauguré se trouve à proximité d’une mosquée de cinq mille places: soyez certains que les élèves seront influencés par la diffusion de normes salafistes.

N’oublions pas «la mosquée numérique», les groupes de partage relayant des rappels islamiques, des commentaires de l’actualité…

Un système qui tend à enfermer l’individu en lui inculquant un recodage religieux de la réalité sociale et institutionnelle et en dénonçant l’islamophobie présumée de la société française.

En couplant parfois le discours religieux avec une sous-culture populaire complotiste: à Tremblay-en-France il y a quinze jours, un prédicateur expliquait dans la Grande mosquée que le coronavirus était envoyé par Dieu pour punir les Chinois qui persécutent les Ouïghours…

Dans les communes étudiées, quels sont les écosystèmes les plus complets?

Je citerai Roubaix avec un écosystème très abouti qui s’est constitué dans le quartier de l’Épeule.

Je pense à Aubervilliers ou Molenbeek, en Belgique.

Mais on retrouve des signes inquiétants dans toutes les communes étudiées: une pression islamiste sous forme de maillage, des individus qui déménagent pour y échapper, une corrélation souvent forte entre les municipalités et le tissu religieux islamiste local.

Ils sont donc soutenus par des acteurs locaux non-islamistes?

Ils sont encouragés par des maires de gauche comme de droite.

D’abord parce que les élections s’y jouent à quelques centaines de voix. À Aubervilliers, des élus responsables de la jeunesse ou de l’emploi font partie d’une association dénonçant l’égalité homme-femme, discréditant l’école républicaine.

Une proximité idéologique s’est aussi établie entre les islamistes, la mouvance «décoloniale», une partie de la gauche, de l’extrême gauche et des Verts comme l’a démontré la manifestation du 10 novembre dernier.

Vous avez étudié la montée de l’islamisme au Liban dans les années 1990-2000 et vous évoquez sa percée en Algérie depuis les années 1990. L’histoire se répète-t-elle en France?

Oui. Les mécanismes de destruction des héritages nationaux s’accomplissent au moyen d’instruments de socialisation qui privilégient la géographie islamiste au détriment de l’histoire.

Les idéologues islamistes travaillent de la même façon sur les deux rives de la Méditerranée: ce qu’ils ont fait il y a 20 ou 30 ans au Maghreb et au Machrek, ils le font aujourd’hui en France.

Comment lutter contre ces écosystèmes? Et quelles seraient les conséquences d’un échec?

La riposte passe par une répression des propos antirépublicains, le développement de nouvelles formes de sociabilités, l’encouragement de discours pour «ringardiser» les islamistes.

Mais l’État est parfois déconnecté des quartiers. Il faut renforcer le renseignement territorial, donner à l’université les moyens de travailler.

Ce que risque fort d’empêcher l’islamo-gauchisme universitaire très puissant qui condamne des travaux comme le nôtre.

Si ces écosystèmes islamistes perdurent, ils vont progressivement parler au nom de nos compatriotes musulmans, demander des dérogations en matière d’application du statut personnel. En cas de réaction ou de victoire électorale de l’extrême droite, nous serons dans un scénario de guerre civile.

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