MEMORABILIA

«L’angle mort de la lutte contre l’islamisme» Mathieu Bock-Côté

CHRONIQUE – À l’échelle de l’histoire, l’islam lui-même est une religion étrangère en France et son implantation récente ne s’y est pas faite sous le signe de l’harmonie.

Par Mathieu Bock-Côté
Le Figaro.
******************

C’était un discours très attendu. Emmanuel Macron devait enfin se confronter à la question de l’islamisme. Il a trouvé son angle d’attaque en dénonçant le séparatisme islamiste.

 

La formule frappe et fait écho à la dénonciation du «séparatisme» communiste par le général de Gaulle, après la Seconde Guerre mondiale.

Elle interpelle un pays qui se veut un et indivisible, hanté depuis toujours par la possibilité de son morcellement.

On y verra un marqueur de résolution politique: le président de la République se porte à la défense de l’intégrité du pays.

Plusieurs parlent de la reconquête de ses territoires perdus: le terme est le bon. Le simple fait de parler de reconquête présuppose la reconnaissance que certaines parties du territoire national ont été conquises par l’islam politique.

Mais la dénonciation du séparatisme bute sur la timidité et le caractère technique des mesures annoncées, qui visent surtout l’enseignement des langues étrangères en France, les imams qui y prêchent et le financement des lieux de culte. L’objectif annoncé, limiter les influences étrangères sur l’islam en France, est évidemment louable.

Il y a pourtant un angle mort dans ce discours: à l’échelle de l’histoire, l’islam lui-même est une religion étrangère en France et son implantation récente ne s’y est pas faite sous le signe de l’harmonie.

Mais la tendance au déni est forte, comme si le simple rappel de cette évidence relevait de la stigmatisation des musulmans.

Les Européens sont par exemple en droit de voir dans l’exhibitionnisme identitaire lié à la présence du voile dans la vie publique une marque d’impérialisme culturel, comme si l’islam ne voulait s’intégrer qu’à ses propres conditions.

Il faut aborder la question en prenant de la hauteur.

Dans son beau livre Le Dieu de nos pères, paru en 2004, Denis Tillinac écrivait: «Des millions de musulmans sont ou seront européens, il faut en prendre acte. Mais trêve d’hypocrisie: l’islam n’a pas de racines en Europe, sauf dans la périphérie balkanique, où il s’imposa par le glaive. […] L’islam en Europe n’aura jamais qu’une position d’invité de la chrétienté, avec tous les honneurs dus à un hôte étranger

Les Européens sont par exemple en droit de voir dans l’exhibitionnisme identitaire lié à la présence du voile dans la vie publique une marque d’impérialisme culturel, comme si l’islam ne voulait s’intégrer qu’à ses propres conditions.

Et bien qu’on ne saurait confondre l’islam et l’islamisme, on ne saurait non plus complètement les séparer.

Les slogans répétés sur la tolérance visent surtout à paralyser psychologiquement les Européens devant ce qui est perçu comme une manifestation d’hostilité identitaire.

 

On cite souvent cette phrase de Bossuet: «Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.» Il faudrait maintenant la prendre au sérieux. La progression de l’islam en France dans ses différentes expressions est la conséquence directe d’une immigration massive en provenance de pays musulmans.

Les populations qui s’y installent à travers les différentes filières migratoires ne se dépouillent pas soudainement de leur identité historico-religieuse en y mettant le pied.

Plus encore, elles s’installent dans une civilisation qui ne se croit plus en droit de contraindre ceux qui la rejoignent aux exigences élémentaires de l’assimilation. Leur basculement dans le «communautarisme» est aussi regrettable qu’il est peut-être inévitable. D’ailleurs, faut-il vraiment jeter un mauvais sort à ce terme?

La formation d’un nouveau peuple

L’arrivée massive de populations étrangères s’accompagne d’une transformation du substrat démographique de la nation.

Comment croire que cela restera sans effets politiques? Pour se faire accepter par la civilisation européenne, l’islam doit s’européaniser culturellement et consentir à une certaine discrétion dans le domaine public, ce qui n’empêche aucunement les musulmans de demeurer fidèles à leur foi, naturellement. Elle doit toutefois s’accorder aux mœurs françaises. On bute alors sur la définition de la nation qui, quoi qu’en pensent ceux qui multiplient les invocations républicaines, n’est pas qu’un pacte fondé sur une adhésion à des valeurs communes. On ne peut la définir sans sa culture et son histoire, sans la particulariser, autrement dit.

Hélas, rien de tout cela ne devrait nous surprendre: depuis près de quarante ans, des esprits éclairés ont mis en garde contre une immigration si massive qu’elle entraînait la formation d’un nouveau peuple dans des territoires en situation de partition objective avec la communauté nationale. Ils ont subi pour cela l’opprobre médiatique.

Aujourd’hui, la magie du vocabulaire ne permet plus de masquer idéologiquement la réalité. Encore une fois, il a fallu que la gauche intellectuelle s’empare de la question, à travers le prisme de la laïcité, pour qu’elle soit jugée légitime.

Mais les décennies ont passé et le politique semble de plus en plus paralysé, condamné à une triste impuissance. Ceux qui aujourd’hui se croient héroïques à nommer le danger de l’islamisme font preuve de ce qu’on pourrait appeler un courage tardif.

******************

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :