MEMORABILIA

« Le monde est-il économiquement trop dépendant de la Chine ? »( Ciel, quelle découverte !!!!)…

Et voilà que, tout à coup, la « guerre commerciale » entamée par Trump avec Pékin ne paraît plus aussi ridicule; voilà que sa volonté de « rapatrier » un certain nombre d’industries sur le sol américain n’était pas forcément si monstrueuse…

En découvrant que, par la grâce de la délocalisation,  les médicaments destinés à soigner leurs petits bobos ou leurs grosses maladies sont fabriqués hors de leur contrôle et très loin de chez eux, nos « mondialistes » à tous crins réalisent tout à coup que le « home made » avait certains charmes…et eux, bien peu d’imagination ! 

Ou comment l’esprit (re)vient aux doux rêveurs…

Artofus.

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Le Figaro,

DÉCRYPTAGE – L’épidémie de coronavirus a provoqué une situation sans précédent qui pose, tant chez les économistes que dans les couloirs de Bercy, la question du fonctionnement de notre économie.

 

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Le coronavirus est un «game changer» dans la mondialisation, selon les termes du ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire.

L’épidémie a mis la Chine, deuxième puissance économique mondiale, à l’arrêt. Elle inquiète aussi la Corée du Sud et plus globalement l’Asie. Après deux mois, elle se ménage une sérieuse place en Europe.

 

Les répercussions économiques se chiffrent déjà. Air France-KLM évalue son manque à gagner entre 150 et 200 millions d’euros. 300 millions pour Schneider Electric, 100 millions pour Danone, 5 millions pour Accor… Apple craint une pénurie d’iPhone en raison d’importantes difficultés d’approvisionnement, une majorité de ses produits étant fabriquée en Chine. Le spécialiste du luxe Kering, qui réalise un tiers de ses ventes dans la région Asie-Pacifique, a fermé une partie de son réseau de boutiques en Chine et des centaines d’autres entreprises toussent et s’inclinent devant ce virus. Le marché du jouet, encore relativement épargné, surveille de près la situation, la Chine concentrant 80% de la production mondiale..

Enfin, après l’émergence de nouveaux cas de contamination en Europe, s’ajoute le fort dérapage des marchés financiers lundi. Wall Street a connu sa pire séance en deux ans (-3,56% pour le Dow Jones). La Bourse de Londres a enregistré un recul de 3,34%, celle de Paris -3,94% et celle Tokyo -3,3%.

Une grande partie de notre économie est conditionnée par ce qui se passe en Chine

Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management

Autant de données qui permettent à Bruno Le Maire de prévenir : le coronavirus amputera la croissance française de 0,1 point en 2020… pour le moment. Le FMI anticipe de son côté une baisse de 0,1 ou 0,2 point de la croissance mondiale, une prévision similaire à celle de Bercy «mais probablement très insuffisantes», lance Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management. Avec la crainte de voir l’épidémie se développer encore, l’heure n’est pas à l’optimisme. De là à remettre en cause la structure de notre économie ?

«Encore compliqué à dire, reprend Philippe Waechter, mais dire qu’il y a des effets de persistance importants, là oui.» «Plus la crise dure, plus cela devient difficile pour l’économie de revenir à long terme sur son rythme de croissance», ajoute Stéphane Déo, stratégiste pour la Banque Postale Asset Management.

Des pénuries à venir ?

Philippe Waechter en veut pour preuve ces différentes entreprises qui s’arrêtent de tourner et limitent fortement leur approvisionnement, sous-traitants et PME en première ligne. Exemple fort : 60% des principes actifs utilisés pour les médicaments viennent de Chine ou d’Asie. Le dernier cachet de paracétamol fabriqué en Europe est sorti d’usine en 2008. La crainte d’une pénurie en la matière est aujourd’hui évoquée, aussi bien par les professionnels que par Bercy. C’est dans ce contexte que le groupe Sanofi a annoncé qu’il souhaitait créer le numéro deux mondial des principes actifs, en Europe. L’inquiétude d’une pénurie pèse également sur le secteur du prêt-à-porter, celui du jouet, de l’électronique ou encore des pièces détachées dans l’automobile, là où la Chine est le premier producteur au monde.

«Toutes les entreprises seront affectées si la dégradation s’allonge», résume l’économiste d’Ostrum Asset Management. Pour cause, environ 11% des exportations mondiales partent de l’Empire du Milieu pour rejoindre les quatre coins du monde. «Une très grande partie de notre économie est conditionnée par ce qui se passe en Chine», enfonce Philippe Waechter.

Après l’accident nucléaire de Fukushima, en mars 2011, les usines automobiles se sont arrêtées de fonctionner et le secteur aussi, rappelle-t-il. «Même si l’activité reprend vite, il y aura de la désorganisation», les chaînes de production ayant été trop fortement bouleversées, voire souvent arrêtées. «Pour les entreprises, remettre tous les maillons de la chaîne de production en place peut prendre du temps», note également Stéphane Déo. Finalement, selon ce dernier, «la force de toutes ces grandes entreprises, qui est d’avoir assez peu de stock, (comme Jaguar qui en a pour 15 jours et alerte sur une possible pénurie de pièce détachées), devient une faiblesse.»

Prudence et indépendance

La situation que traverse le monde aujourd’hui porte toutefois un caractère inédit. Elle n’est comparable avec le SRAS qu’en sa qualité d’épidémie car en 2003, alors que le virus s’abat sur la Chine, la puissance vient seulement de rejoindre l’Organisation mondiale du commerce. L’impact est alors loin d’être aussi important qu’en 2020.

«Le commerce extérieur chinois a connu une progression exponentielle depuis l’adhésion de la Chine à l’OMC en 2001», rappelle la direction générale du Trésor en France. Chiffres à l’appui : 2300 milliards de dollars d’exportations en 2017, 1800 milliards de dollars d’importations. Des données en hausse régulière depuis 20 ans – respectivement +7% et +19% entre 2016 et 2017-, bien que plus faibles depuis 2015.

«Il y a eu énormément d’optimisation internationale et de délocalisations en 20 ans et là, les gains supplémentaires sont plus difficiles à trouver. On assiste à un ralentissement de la mondialisation», estime Stéphane Déo. «La Chine bascule vers autre chose. Le niveau de vie augmente très rapidement, les salaires avec, alors les marges permises par la délocalisation diminuent forcément par rapport aux 20 dernières années.» Stéphane Déo explique que la Chine change progressivement son modèle de croissance, passant de l’industrie (encore très importante dans le PIB chinois) à la croissance et consommation interne. Un changement de paradigme qui pourrait très bien être accéléré par l’épidémie actuelle : «ce choc peut inciter les entreprises internationales à être beaucoup plus prudentes et moins dépendantes à l’avenir», estime le stratégiste.

Des questions que pose également Philippe Waechter. «Doit-on être aussi dépendant dans le futur qu’on l’est actuellement ? Doit-on continuer sur cette dynamique de globalisation ou réfléchir à quelque chose de plus régional ?» Ces mêmes interrogations résonnent dans les longs couloirs de Bercy. Dans le journal La Croix ce mercredi, la secrétaire d’État à l’Économie Agnès Pannier-Runacher s’interroge : «faut-il attendre, en espérant que la situation se résolve d’elle-même d’ici quelques semaines ? Ou bien faut-il chercher des fournisseurs alternatifs ?»

Prudence et indépendance

Bruno Le Maire lui-même l’assure : «cette épidémie (…) remet en cause aussi un certain nombre de chaînes de valeur qui sont trop dépendantes de leur approvisionnement à l’étranger». Et donc de la Chine. «Nous ne pouvons pas dépendre à 95 % de la fourniture de batteries électriques venues de Chine ou d’Asie, ou c’est que vous êtes dépossédé de votre souveraineté sur un composant stratégique et critique», a déploré le ministre de l’Économie devant la presse en fin de semaine dernière. Bruno Le Maire s’est engagé à cette occasion à encourager en ce sens les entreprises touchées et leur a demandé de «vérifier leur degré de dépendance aux fournisseurs chinois.»

S’interdisant l’usage de la boule de cristal, les économistes tentent d’éclaircir le sujet. Pour Philippe Waechter, l’avantage considérable que la Chine avait pris ces dernières années est remis en cause. «On rebat les cartes vers un jeu donc on ne connaît pas toutes les règles», analyse-t-il. Stéphane Déo estime de son côté que ces questions s’accélèrent mais sont déjà posées depuis quelques années. Les deux experts s’accordent à penser que l’économie mondiale, déjà bien impactée, est aujourd’hui soumise à l’évolution du virus, au moins à court terme. Mais celui-ci pourrait contribuer à la réflexion autour de notre système commercial.

C’est d’ailleurs le message que porte un autre observateur. «Nous découvrons avec stupeur que la Chine, devenue usine du monde, a relégué l’Europe et la France au rang de simples consommateurs. Frappés par une désindustrialisation suicidaire, nous sommes devenus dépendants de Pékin», s’insurge Éric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes, dans une tribune publiée dans Le Parisien. En ouverture du G20, la semaine dernière, la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, assurait que ce forum était «important pour aider à placer l’économie mondiale sur une base plus solide».

Malgré toutes ces alertes et ces interrogations, aucune entreprise – exception faite de Sanofi – n’a pour le moment fait part d’une intention de relocalisation, partielle ou totale. Sûrement trop tôt, notent les économistes interrogés. Les entreprises tentent surtout de rassurer et limitent les voyages de certains de leurs collaborateurs, par exemple. Fin de cycle ou simple alerte, les réflexions autour de notre système économique mondial devraient s’intensifier, à en croire les experts économiques. Et ce même si le virus venait à disparaître dans les jours à venir.

 

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