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« QUILLETTE, UN SITE AUX ANTIPODES DE LA BIEN-PENSANCE »

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Le site d’information australien « QUILLETTE »  explore avec succès les guerres culturelles qui agitent le monde occidental.

 

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L’idée n’est pas de détourner le regard lorsque surgit une controverse, bien au contraire, mais de s’y arrêter et de fouiller l’affaire pour en comprendre l’enjeu, la course, l’intérêt.

Quillette procure une pause opportune dans le tourbillon de l’actualité. Le site se conçoit comme un laboratoire d’idées et ouvre grand ses colonnes à qui peut apporter un éclairage en toute connaissance de cause, au-delà du cercle étroit des commentateurs appointés.

 

La profession de foi ressemble à un projet pour l’humanité : « Quillette est une plateforme en faveur de la libre pensée. Nous respectons les idées, y compris les idées dangereuses. Nous pensons aussi que la libre expression et l’échange d’idées contribuent à l’épanouissement et au progrès de la société ».

Claire Lehmann, la fondatrice du site, une Australienne de 34 ans, après des études de littérature anglaise et de psychologie, s’est fait un nom dans la presse anglophone. Mais son penchant pour les sujets périlleux, relatifs à la psychologie comportementale ou aux stéréotypes de genre en a fait un mouton noir. Voyant ses articles retoqués pour non-conformité à la pensée dominante, elle a voulu créer un environnement propice à l’exploration intellectuelle en lançant sa propre plateforme, depuis le salon de son appartement de Sydney, plateforme bientôt alimentée par une floppée d’auteurs.

Claire continue de diriger son affaire depuis son salon à Sidney ; elle est maintenant aidée par quatre paires d’yeux aux quatre coins du monde qui réceptionnent des articles de partout, relisent, éditent, sollicitent les auteurs chevronnés.

« Nous respectons les idées, y compris les idées dangereuses »

Quillette : « Substantif féminin, terme d’agriculture. Brin d’osier qu’on enfonce en terre pour qu’il prenne racine. En général, tout brin d’arbre qu’on plante » (Littré). Lehmann a choisi un nom français pour ce site anglophone et c’est peu de dire que la bouture a pris.

Un peu plus de quatre ans après sa création (novembre 2015), le site accueille un million de visiteurs uniques mensuels (c’est le nombre des lecteurs qui ouvrent le site et lisent un ou plusieurs articles) et totalise deux millions et demi de pages vues (c’est le nombre d’articles lus chaque mois).

L’iconographie est de toute beauté et le site élégant. Quillette a conquis le monde anglophone grâce à ses relais en Europe (Paulina Neuding à Stockholm, Jamie Palmer et Toby Young à Londres) et en Amérique (Jonathan Kay à Toronto). Claire continue de diriger son affaire depuis son salon à Sidney ; elle est maintenant aidée par quatre paires d’yeux aux quatre coins du monde qui réceptionnent des articles de partout, relisent, éditent, sollicitent les auteurs chevronnés.

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Nous avons rencontré Jamie Palmer et Toby Young à Londres. « Toutes les propositions spontanées d’articles sont lues consciencieusement, ce qui nous permet de découvrir d’excellents auteurs, dit Toby Young. La qualité de Quillette repose sur ce travail scrupuleux ». Deux tiers des contributions sont signées par des universitaires, professeurs, chercheurs ou étudiants. « On s’intéresse à la culture et à l’éducation plus qu’à la politique politicienne. Il est crucial de s’atteler à une description la plus juste possible du réel, insiste Jamie Palmer. Efforçons-nous de nous mettre d’accord sur ce qui est, avant d’argumenter sur ce qui doit être. Notre volonté est d’explorer les querelles idéologiques dans toute leur complexité, en évitant de souffler sur les braises de façon à susciter l’intérêt de lecteurs issus d’un spectre politique le plus large possible ».

 

Asile aux réfugiés idéologiques

Multiculturalisme, néoféminisme, extrémismes, liberté d’expression, fondamentalisme, décolonialisme, antisémitisme, les sujets les plus incendiaires sont abordés dans des articles de fond plutôt costauds qui regorgent de références aux grands auteurs.

Les idées dangereuses ? « Jusqu’à récemment, déclarer qu’il existe deux sexes biologiques n’était pas considéré comme une opinion. Aujourd’hui, si vous affirmez une chose pareille et que vous êtes prof d’Histoire moderne à Oxford, vous vivez sous protection rapprochée », dit Toby Young, allusion à la situation du Pr Selina Todd, menacée de violences par des activistes transgenres pour avoir soutenu que le genre dépend du sexe biologique ; elle donne désormais ses cours à Oxford sous la protection de deux gardes du corps employés par l’université. (On se demande pourquoi Oxford ne s’en prend pas plutôt aux auteurs des menaces… mais c’est un autre débat.)

Et Claire Lehmann récupère les plumes indésirables parmi les plus brillantes pour commenter les guerres culturelles qui agitent le monde occidental. Quillette offre l’asile aux réfugiés idéologiques.

Quillette, la jeune pousse, s’impose dans le paysage médiatique et colonise un espace naguère réservé à des revues comme le New Yorker ou la New York Review of Books qui, depuis une quinzaine d’années, se vident de leur substance à force de soumission aux oukazes d’un progressisme asphyxiant.

Nombre de publications, nettoyées des sujets interdits et opinions suspectes, purgées des auteurs black-listés dissidents du politiquement correct, sont en passe d’anéantissement à force de conformisme. Et Claire Lehmann récupère les plumes indésirables parmi les plus brillantes pour commenter les guerres culturelles qui agitent le monde occidental. Quillette offre l’asile aux réfugiés idéologiques.

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Dès sa création, le site a bénéficié de la caution d’auteurs prestigieux de l’intelligentsia anglosaxonne, comme le psychologue Jonathan Haidt, la philosophe féministe Christina Hoff Sommers, Steven Pinker, professeur de psychologie à Harvard, le biologiste Richard Dawkins, l’historien Niall Fergusson, le psychologue Jordan Peterson, pour ne citer qu’eux.

 

Sceptique face au post-modernisme

Comme de juste, le succès de Quillette agace ; le site n’échappe pas à la calomnie propre au climat politique actuel de plus en plus brutal.

C’est que la diversité intellectuelle est mal vue, ces temps-ci. Qui plus est, face aux attaques, Claire Lehmann, regard clair, peau diaphane et silhouette élancée, se montre d’un calme insolent. Ses interviews TV sont des monuments de nuance et de précision. Sa modération pulvérise la caricature.

La liberté de pensée est maintenant taxée de suprémacisme blanc (allons-y gaiement !) alors dans un tweet en juillet, en riposte aux insultes d’un militant de gauche américain, Lehmann écrit : « C’est dans les villes de gauche que nous avons le plus de lecteurs : San Francisco, New York etc. Ils nous lisent depuis chez eux. Nous sommes le vice secret de vos amis les plus intelligents ».

Quillette a également publié une enquête sur les violences des milices antifas, sujet superbement ignoré dans les medias de grand chemin. Selon l’auteur, la raison pour laquelle ces agressions sont tues tient à la collusion entre journalistes et meneurs antifa. Inquiétant…

Un des articles les plus lus du site depuis sa création, analyse justement les tendances agressives des intervenants progressistes dans les discussions ; il tente de comprendre pourquoi les opinions conservatrices suscitent l’insulte chez leurs opposants.

Les exemples donnés sont flagrants et les références aux grands textes édifiantes (John Stuart Mill, Friedrich Hayek, Roger Scruton, Thomas Sowell). Quillette a également publié une enquête sur les violences des milices antifas, sujet superbement ignoré dans les medias de grand chemin. Selon l’auteur, la raison pour laquelle ces agressions sont tues tient à la collusion entre journalistes et meneurs antifa. Inquiétant…

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Le site refuse tout label politique. Éditeurs et contributeurs viennent de toutes les chapelles. La ligne éditoriale ? Selon Young, « le positionnement de Quillette c’est son scepticisme face au post-modernisme et son inquiétude quant à l’impact de celui-ci sur l’éducation supérieure, les humanités, les sciences sociales, et même les sciences dures ».

Jusqu’où iront les saccages ? L’Université de Yale (USA) vient de supprimer de son cursus d’histoire de l’art son module le plus prestigieux, le cours d’Introduction à l’art occidental, jugé trop eurocentré, pas assez « diversitaire ». Le canon culturel est déchiqueté par souci diversitaire, l’autoflagellation semble n’avoir plus de limite. Alors à longueur de colonnes, des signatures averties mettent les dégâts sous les yeux des vandales, s’évertuant à faire comprendre que la suppression de pans entiers de la culture, la « décolonisation » de la poésie ou du roman, les soupçons de racisme implicite et autres sornettes, pénalisent tout le monde. Tandis que gratitude et mise en valeur de notre héritage enrichissent sans distinction de race ni de sexe. Quillette combat le sectarisme des politiques identitaires. « Le déterminisme biologique est mal accepté, explique Jamie Palmer. Les gens préfèrent croire à l’influence de l’environnement, ainsi ils se convainquent qu’on peut façonner la société et œuvrer à l’émergence du paradis égalitaire ».

 

Des airs de club underground

Comment fonctionne une rédaction sur trois continents ? À Londres, il est cinq heures de plus qu’à Toronto et onze heures de moins qu’à Sidney. « On utilise le logiciel Slack, un bureau virtuel sur lequel on communique à propos des dossiers en cours, dit Young. On a bien essayé d’organiser une réunion mensuelle à cinq sur Skype… c’était trop compliqué. On s’en tient à un rendez-vous annuel. Pour 2020, on a choisi New York ». Ces rencontres annuelles sont ouvertes aux contributeurs, lecteurs et donateurs, pour les remercier de leur fidélité. La dernière était à Londres (au pub comme il se doit) et c’est l’inverse qui s’est produit : ce sont les lecteurs, admiratifs, qui se précipitaient pour remercier Claire Lehmann…

La publication d’articles de Quillette sur les fils Twitter d’auteurs qu’il estime l’a convaincu d’aller y regarder de plus près. Il a été impressionné par les contributions de Coleman Hughes, étudiant en philosophie à Columbia University et l’une des recrues star de Quillette, qui démasque les notions d’intersectionnalité, de racisme systémique, ou encore analyse la question des réparations aux descendants d’esclaves.

Jade Mc Alinn, biologiste, a laissé chez elle mari et enfants pour rencontrer la fondatrice de Quillette qu’elle vénère. « Ils ont publié un article sur le trafic d’organes en Chine. Le monde entier ferme les yeux sur le crime du siècle. Je suis devenue accro à Quillette. Je n’arrive plus à lire le Guardian ! ». Paul Noonan, avocat, lui aussi un inconditionnel du site, évoque un article sur l’aspect juridique de la question transgenre dans la compétition sportive. Le texte a été écrit par une ex-championne de 800 mètres, « une athlète devenue professeur de droit dans une top université américaine. L’auteur idéale ! ». Il cite aussi un article sur le riz doré. Cette céréale permet de pallier la carence en vitamine A qui fait des ravages dans les pays en développement (morts précoces, cécité). Comme c’est un OGM, Greenpeace a par principe milité pour l’interdiction de la culture du riz doré, campagne sévèrement condamnée par un groupe de 150 Prix Nobel. «

L’opposition au riz doré alors qu’il peut sauver des centaines de milliers de vies et le militantisme transgenre qui perturbe le sport de haute compétition : voilà deux sujets sur lesquels ceux qui se disent progressistes ont pris un mauvais tournant », dit Paul Noonan. Luis Peres, Portugais émigré à Londres depuis vingt ans, travaille au Ministère de l’Intérieur. La publication d’articles de Quillette sur les fils Twitter d’auteurs qu’il estime l’a convaincu d’aller y regarder de plus près. Il a été impressionné par les contributions de Coleman Hughes, étudiant en philosophie à Columbia University et l’une des recrues star de Quillette, qui démasque les notions d’intersectionnalité, de racisme systémique, ou encore analyse la question des réparations aux descendants d’esclaves. Luis Peres lit sans arrêt. Il a tout en tête. Mais s’il est venu à ce rendez-vous au pub, c’est pour rencontrer des gens avec qui il pourrait parler de tout. Le refrain est connu. Les conversations interdites, les amis avec qui mieux vaut éviter certains sujets. Ce soir Quillette prend des airs de club underground. On échange les emails, on se reverra. La famille du free speech ne demande qu’à s’agrandir.

 

Sylvie Perez

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