MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «Ce que le coronavirus révèle de la France»

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CHRONIQUE – Il s’agira de comprendre, demain, comment l’insouciance a pu être entretenue si longtemps.

Le Figaro, 19 mars 2020.
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– La crise passée, il faudra décortiquer les mécanismes d’aveuglements collectifs sur cette épidémie de coronavirus, son ampleur, sa dangerosité.

L’urgence immédiate est d’aider le chef de l’État à sortir de ce cauchemar.

Mais une enquête aura à établir, ensuite, s’il y a eu des fautes commises, et à quel niveau.

Car le soupçon de légèreté existe dès à présent. En effet, dans un article du Monde daté de mercredi, l’ancien ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a levé le voile sur un possible scandale politique, potentiellement impardonnable.

Celle qui démissionna de son poste pour concourir à la mairie de Paris en remplacement de Benjamin Griveaux avoue, comme un remords: «Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections (municipales) n’auraient pas lieu.» Elle dit aussi: «Je pense que j’ai vu la première ce qui se passait en Chine (…) Le 11 janvier j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Édouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir.»Buzyn insinue-t-elle que l’État aurait été désinvolte?

Tout doit être fait, actuellement, pour protéger les Français. Le coronavirus est notre défi commun. Cette «peste» moderne tuera en nombre. En France, l’épidémie mal maîtrisée pourrait faire entre 150.000 et 500 000 morts, selon les scénarios noirs.

La sous-évaluation du virus, présenté initialement comme une méchante grippe, a fait perdre un temps précieux. Il s’agira de comprendre, demain, comment l’insouciance a pu être entretenue si longtemps.

Le 11 mars au Trocadéro, Emmanuel Macron promettait encore, parlant de la menace terroriste: «Nous ne renoncerons pas aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soirs d’été. Nous ne renoncerons pas à la liberté.»

Trois jours plus tard, Édouard Philippe fermait les bistrots, restaurants, théâtres, etc. Le 16, le chef de l’État décidait de restreindre la liberté de circuler après avoir, le 12, décrété la fermeture des crèches, des écoles, des universités.

Peu auparavant, il s’était montré descendant à pieds les Champs-Élysées avec son épouse. Comment comprendre ces flottements?

Il est trop facile de morigéner les Français, accusés par Macron, lundi soir, d’avoir «bravé les consignes» pour avoir flâné durant le week-end, sous les premiers effluves printaniers. Rétif à l’autocritique, le président a souvent recours aux boucs émissaires.

Lundi soir, Christophe Castaner en a rajouté dans le ton martial pour intimer aux citoyens de rester «confinés», hormis pour sortir le chien, prendre l’air et autres exceptions déroutantes.

Il n’est pas question de discuter des mesures avalisées par un comité scientifique (onze membres) créé mercredi dernier. Reste qu’il est pénible d’observer le pouvoir gronder les citoyens jugés désobéissants, alors qu’il a lui-même accumulé les signes d’imprévoyance.

Le 24 janvier, Agnès Buzyn assurait, sachant qu’elle mentait: «Le risque d’importation de cas depuis Wuhan (la ville chinoise infectée) est maintenant pratiquement nul (…).» Une première certitude se dessine: le gouvernement n’a pas fait preuve de la vigilance attendue. Il est vrai qu’il n’a pas été le seul.

Les Français sont capables de mesurer la gravité de la situation, sans avoir à être infantilisés par un État autoritaire et cassant après avoir été virevoltant. Le 24 février, le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, persistait dans la dédramatisation: «Il n’y a pas ce soir de circulation du virus sur le territoire national.»

C’est cette incapacité du pouvoir à se projeter au-delà de l’instant présent qui rend la France fragile. Si Mme Buzyn dit vrai quand elle assure voir alerté Macron le 11 janvier, le gouvernement aurait dû s’alarmer, au moins, de ses moyens sanitaires. Or les hôpitaux, déjà saturés, manquent de masques, de tests de dépistage, de respirateurs, de lits. Des médecins sont laissés sans protections. Le Doliprane est distribué au compte-gouttes.

Répéter six fois: «Nous sommes en guerre», comme l’a fait le chef de l’État lundi, est un effet de style. Mais cette grandiloquence tombe à plat quand le tragique déboule, tandis que somnolent les clercs dans leur monde ouaté.

Déroute

Mener une guerre sans armes ni stratégie revient à planifier la déroute d’une armée et d’un peuple.

Quand Marc Bloch écrit L’Étrange Défaite,parlant de juin 1940, sa description des archaïsmes du commandement français pourrait être reprise pour analyser les œillères d’élites incapables d’anticiper la menace, tout en s’enorgueillissant de garder la France ouverte.

La raison est impuissante à comprendre l’entêtement mis par Macron à refuser d’avoir recours à la protection des frontières nationales, au prétexte de promouvoir Schengen, l’Union européenne et son propre rôle de leader d’une UE en débandade.

Lundi, l’Allemagne à son tour a fermé ses portes à cinq de ses voisins dont la France, suivant en cela les autres pays européens. D’ailleurs, mardi, le ministre de l’Intérieur reconnaissait lui aussi, du bout des lèvres, avoir mis en place un contrôle aux frontières intérieures. Mais seule la défense d’une idéologie mondialiste et européiste a poussé le président à s’accrocher à une position indéfendable et dangereuse.

Le Covid-19 conduit à faire de tous les peuples les vaincus de la mondialisation «heureuse» et de son modernisme impensé. Par sa férocité, ce virus a provoqué l’effondrement d’une utopie qui était invivable aux yeux de beaucoup.

Dans cette perspective, l’épidémie mortelle achève, dramatiquement, l’œuvre bonhomme des premiers «gilets jaunes» mobilisés contre un mondialisme brutal, déraciné, sans âme.

L’opinion découvre, effarée, l’état de désindustrialisation du pays:il ne maîtrise même plus sa production de médicaments, délocalisée en Chine. Le néolibéralisme spéculatif est assurément à dénoncer dans ses effets destructeurs.

Mais la gauche universaliste a elle aussi participé à la vulnérabilité des peuples, des nations, des familles qui se retrouvent. L’État providence, dont il est de bon ton de vanter les mérites, est celui qui a anémié la France. Tout, demain, sera à reconstruire. Mais sûrement pas avec ceux qui ont mis la nation dans cet état.

L’exemple asiatique

Le virus sera vaincu. Il est déjà des pays – la Corée, Taïwan, etc. – qui ont gagné la bataille.

Comment? Ils ont fermé leurs portes, généralisé les masques, les tests, les quarantaines.

Naufrage de la France donneuse de leçons.

 

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