Les progressistes insouciants les imaginaient définitivement anachroniques. Mais quand l’épidémie se propage, les frontières réapparaissent sous des formes inédites.


Ainsi donc, on a fini par s’y résoudre. Ainsi donc, après des jours et des semaines d’atermoiement, le gouvernement a décidé de clore nos frontières. Oh, pas celles de notre pays ; pas encore. Ni celles, incontrôlables, de la passoire Schengen, qu’il est illusoire de prétendre fermer. Non, nos propres frontières, nos frontières personnelles, nos frontières à nous : celles de notre peau, de nos portes et des murs de notre domicile.

La désillusion est à la mesure de la chimère

Car qu’est-ce que ce « confinement » auquel nous sommes désormais nous seulement appelés, non seulement incités, mais carrément soumis ? Qu’est-ce que cet enfermement obligatoire, sinon la fermeture d’une frontière personnelle ? Qu’est-ce que cette distance de sécurité imposée à tous contre tous, sinon une vigilance paranoïaque à la frontière de notre propre corps ?

La métaphore est terrible. Inexorable. Non seulement le virus s’est répandu par l’effet d’une mondialisation débridée, mais il provoque dans tous les pays occidentaux le plus phénoménal des chocs en retour.

La désillusion est à la mesure de la chimère, la punition à la mesure de la faute. « On est toujours puni par là où on a péché », affirme la sagesse des nations. Le Covid-19 en inflige à nos dirigeants mondialistes une cuisante démonstration.

Vous avez rêvé d’un monde « no border » ? Vous aurez les frontières jalouses de l’état d’urgence. Vous n’avez plus voulu des frontières de l’État-nation ? Vous devrez instaurer des frontières entre l’Ile-de-France et la Normandie, entre la Lombardie et la Vénétie, entre l’Aragon et la Navarre…

Vous avez abandonné douaniers et postes de contrôle ? Vous aurez les contrôles dans les rues, les parcs et les centres commerciaux. Vous avez voulu tout ouvrir ? Il vous faudra tout fermer.

Les idéologues en sont pour leurs frais

Les frontières, affirment certains, ne nous auraient pas protégés. Une barrière, paraît-il, n’arrête pas un virus. Argument absurde ! Les virus ne se déplacent pas seuls, en nuages ou en hordes, comme des étourneaux ou des gnous. Il n’y a pas un nuage de virus comme il y eut un nuage de Tchernobyl.

Les virus arrivent portés par des personnes infectées. Et qu’on le veuille ou non, des contrôles aux frontières nationales auraient limité, ralenti la diffusion de la maladie. La preuve en est que de plus en plus de pays en viennent justement à fermer leurs frontières, dans l’espoir justement de ralentir cette diffusion. Et surtout, ils en viennent, nous en venons, à élever des frontières entre chaque citoyen. Frontières des murs, des gants, des masques et de la distance de sécurité.

Alors oui, M. Macron a raison : lorsque tout cela sera derrière nous – et chacun souhaite que ce soit le plus vite possible – il nous faudra en tirer les leçons.

Et l’une des plus mémorables, ce sera sans aucun doute cette réhabilitation de la frontière. Car ce mot absurdement honni par nos chers progressistes, ce mot devenu peu à peu péjoratif, va retrouver à la faveur de cette crise un lustre et un sens nouveaux.

Lorsque nous pourrons nous retrouver, rire et faire la fête ensemble, nous taper dans le dos, assister en groupe à un concert, nous fondre dans la masse unanime des supporters d’un match, lorsque nous pourrons à nouveau vivre en commun, au meilleur sens du terme, nous nous souviendrons que, pour nous protéger, pour défendre les nôtres, nous aurons cherché et construit des frontières.

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