MEMORABILIA

Vider les prisons… vraiment ?

FAUSSE BONNE IDÉE

Plusieurs avocats, magistrats et associations ont signé une pétition dans laquelle ils invitent le gouvernement à libérer de toute urgence un grand nombre de détenus en raison de l’épidémie de coronavirus.
Atlantico, 21 mars 2020.
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– Il fallait oser. Une pétition qui vient d’être signée par des avocats et des magistrats, avec le renfort de quelques associations (Observatoire international des prisons, Robin de Lois) invite le gouvernement à « réduire drastiquement » les prisons « surpeuplées ».

Les pétitionnaires n’ont pas froid aux yeux : ils appellent à libérer de toute urgence (« pas demain, pas la semaine prochaine, aujourd’hui »), et ce de manière anticipée, un grand nombre de détenus en se centrant sur les courtes peines et les détenus âgés ou malades (on se demande d’ailleurs pourquoi : après tout, les autres détenus ne risquent-ils pas aussi de tomber malades ?).

Leur argument se veut humaniste : il s’agit de sauver les détenus de l’épidémie Les pétitionnaires laissent également poindre un risque pour la société : si on ne libère pas ces individus, ils vont être poussés à l’émeute, d’autant que le ministère de la justice a décidé d’interrompre les parloirs. La pétition est aussi justifiée par le souci de préserver la santé du personnel pénitentiaire, même on ne voit pas bien en quoi la situation de ces derniers serait radicalement améliorée après la libération d’une partie des détenus.

L’existence d’une telle pétition peut surprendre, mais elle est assez logique : il n’y a pas de raison pour que les vieux réflexes idéologiques aient subitement disparu avec la crise. Aucun citoyen normalement constitué ne pense actuellement aux détenus, sauf les magistrats et les avocats.

Le problème est que cette demande tombe mal. Alors que le gouvernement cherche à imposer de nouvelles règles civiques, une question vient à l’esprit : est-il vraiment judicieux de vouloir remettre dans la rue des individus dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont pas le civisme chevillé au corps ? Certes, c’est gentil de penser à eux, mais ces détenus sont-ils eux-mêmes du genre à penser aux autres ?

Un autre point pose question. Pour l’instant, les sanctions qui sont prévues en cas de non-respect du confinement restent modérées. Aucune peine de prison n’est au programme. Mais imaginons que les choses se gâtent et que le gouvernement décide de durcir les peines, allant jusqu’à prévoir l’incarcération des récalcitrants. Que feraient alors nos pétitionnaires ? Iraient-ils jusqu’à expliquer qu’il ne faut pas être trop dur avec ceux qui refusent d’appliquer les mesures de confinement ?

Plus grave encore : que proposent nos pétitionnaires au sujet de tous ces malfrats qui, sans aucune vergogne, ne cherchent actuellement qu’à profiter de la situation pour gagner quelque argent par la triche, la fraude, la spéculation, l’arnaque ?

La presse rapporte des situations stupéfiantes où l’on voit des individus (y compris parfois parmi les soignants) voler et vendre du matériel médical ou bien se faire passer pour des désinfecteurs afin de s’introduire dans les maisons. On apprend aussi que des pirates informatiques tentent d’arnaquer des particuliers, et même de rançonner les hôpitaux. Or, n’en déplaisent à nos pétitionnaires, ces individus ressemblent pas furieusement à ceux qui sont actuellement dans les prisons. Dès lors, vouloir faire sortir ceux qui sont emprisonnés est sans doute respectable sur le plan humain, mais n’est-ce pas prendre le risque d’accroître la fréquence de ces minables arnaques ? Plaider l’indulgence et la compréhension, c’est bien gentil, mais cela peut s’avérer problématique.

Mais finalement on se demande si les pétitionnaires ne passent pas à côté de sujets bien plus importants, à tel point qu’il est même troublant de voir qu’ils n’y songent même pas (mais après tout chacun a ses priorités). En effet, le vrai problème actuellement est moins de s’indigner du fait que des malfrats soient en prison, que de s’inquiéter du fait que des individus risquent d’en sortir.

On pense en particulier à tous les djihadistes dont la sortie est annoncée pour les semaines ou les mois à venir. Or, cette menace était déjà un problème avant la crise du coronavirus mais elle le devient encore plus maintenant. Certes, il est peu probable que ces individus soient en mesure de contribuer à la diffusion du virus, même s’ils y mettent du cœur, mais en revanche ils peuvent certainement trouver des moyens pour aggraver les difficultés, pour perturber les services médicaux, pour gêner les services de sécurité. Ne sous-estimons pas leurs capacités de nuisance et leur imagination.

Bref, voilà une pétition dont on se serait assurément passé. Mais tâchons malgré tout de rester optimistes. La crise du coronavirus va provoquer de profonds changements dans la société française.

Espérons simplement que sa fin entraîne la disparition des vieilles lubies qui traînent encore dans certains cercles militants.

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