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Eric Ciotti: « Il faut des mesures chocs » …

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Coronavirus: «Des mesures chocs s’imposent pour enrayer la tragédie»

INTERVIEW – Pour surmonter la crise, «il faut arrêter avec les demi-mesures», selon le député Les Républicains des Alpes-Maritimes Éric Ciotti.

Le Figaro, 22 mars 2020.
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LE FIGARO. – La France vous semble-t-elle bien armée pour affronter ce «présent redoutable» appelé à «durer» dont parle Édouard Philippe?

Éric CIOTTI.- Hélas, non. En permanence depuis le début de cette crise en janvier, nous affichons systématiquement un temps de retard sur les événements si bien que la France s’est retrouvée dans un état d’impréparation manifeste face à l’épidémie. Aujourd’hui, l’heure est bien sûr à la mobilisation générale mais il faut tirer très vite toutes les conséquences des multiples erreurs de ces dernières semaines pour éviter de les reproduire. «Gouverner c’est prévoir et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte», écrivait Émile de Girardin.

Malheureusement, force est de constater, qu’aucune prévision n’a été à la hauteur des enjeux: pas de stratégie de dépistage systématique, des tests absents dans la plupart des hôpitaux jusqu’à la semaine dernière, mise à l’écart des médecins libéraux au début de la crise, ouverture des frontières à tous les vents, absence cruelle de masques de protection, faiblesse de nos capacités hospitalières… On ne peut ignorer ces failles béantes qui marquent la gestion de la crise.

Le premier ministre assure pourtant que la décision politique s’est adaptée au fil des éclairages scientifiques…

Nous jugerons les erreurs d’appréciation avec le temps mais ce qui me frappe c’est l’abondance de communication contradictoire et la faiblesse des actions. Le «en même temps», qui a marqué chaque décision est moins que jamais adapté en période de crise. On met en œuvre le confinement mais on refuse de prononcer le mot, on impose des mesures de restriction mais le sport est autorisé, on incite à rester chez soi mais on demande de travailler…

Il faut arrêter avec les demi-mesures. Des mesures chocs s’imposent si l’on veut encore avoir une chance d’enrayer la tragédie qui s’annonce. Il faut changer de braquet pour combattre cette crise et ne plus se cacher derrière les mots mais agir sans faiblesse.

Quelles mesures réclamez-vous pour consolider le confinement?

Nous savons hélas que le confinement est la seule solution puisque nous n’avons pas su mettre en place des tests systématiques et généralisés comme l’ont fait l’Allemagne et la Corée du Sud. En Allemagne avec deux fois plus de cas déclarés il y a dix fois moins de morts, sans doute parce que les Allemands ont testé dix fois plus.

Au cours de cette semaine, le confinement a été très mal géré. Il existe des quartiers entiers où il ne s’applique pas, par crainte de soulever des émeutes urbaines. Des mesures beaucoup plus coercitives s’imposent. Je demande le déploiement de l’armée dans ces quartiers. Toutes les mesures, y compris celle du couvre-feu, doivent être mises en œuvre partout où la République est contestée.

Le ministre Castaner a salué le couvre-feu voulu à Nice mais sans juger nécessaire de la généraliser. Qu’en pensez-vous?

Les maires ont pris des décisions que l’État refuse de prendre. Moi, je souhaite que le confinement s’applique mais pour cela, il faut limiter tous les motifs de déplacements aux seules personnes exerçant une profession d’intérêt vital pour la nation. Cette liste doit être définie très vite et validée par les préfets, avec le concours des maires.

Pourquoi voyez-vous une urgence sécuritaire couplée à l’urgence sanitaire?

Les menaces sont très fortes. Les tensions montent partout dans les quartiers, comme dans les établissements pénitentiaires. Certains pourraient profiter de la situation pour se livrer à des pillages ou à des exactions.

L’État islamique a également lancé un message pour profiter des circonstances et nous frapper.

Avec une immense inquiétude, je constate que des centres de rétention administrative, qui abritaient des étrangers sortant de prison et en voie d’expulsion, sont en train de fermer.

Des centaines d’individus potentiellement dangereux sont libérés, y compris dans nos prisons. Baisser la garde dans cette période serait suicidaire.

Il faut donner à nos policiers et gendarmes les moyens de travailler en sécurité. Le fait qu’ils ne disposent pas de masques est une honte absolue. Plus d’une centaine sont touchés par le virus et 5000 ont été confinés. Si nous ne disposons plus de l’engagement de nos forces de l’ordre, plus rien ne tiendra dans ce pays!

 

Avant les mesures européennes aux frontières, Emmanuel Macron avait mis en garde face au risque de «repli nationaliste». Quel est votre avis?

C’est sans doute l’une des fautes les plus lourdes. Le 23 février, j’avais demandé au chef du gouvernement de limiter la circulation aux frontières et des contrôles très stricts entre la France et l’Italie. On a caricaturé ma position en appelant à une formule de communicant selon laquelle le virus ne connaîtrait pas de frontières. On nous dit désormais que ce n’est pas le virus qui traverse les frontières mais les hommes… Par idéologie, on a perdu plus d’un mois. Ce temps précieux aurait pu considérablement limiter la propagation de l’épidémie. Je signale à ce jour d’ailleurs que la frontière entre la France et l’Italie n’est toujours pas fermée côté français.

La position de l’exécutif ne s’appuyait-elle pas sur un avis scientifique?

Je ne le crois pas.

Le groupe LR veut une commission d’enquête sur la gestion de cette crise. Pourquoi y êtes-vous favorable?

Elle sera indispensable. Les Républicains veulent faire toute la lumière sur ce qui a conduit à ce désastre. Je pense en particulier aux masques. Quand Nicolas Sarkozy a quitté l’Élysée en 2012, le stock était de 1,4 milliard. Il est tombé à 140 millions aujourd’hui. On a déclaré la guerre au coronavirus mais malheureusement les armes les plus efficaces pour la gagner font toujours défaut.

Quels seront les enseignements à tirer de ces événements?

Le monde sera radicalement différent. L’idéologie de la fin des nations et du triomphe généralisé de la mondialisation a vécu. Nous devrons massivement relocaliser des activités en France.

Il est absolument ahurissant qu’un pays comme le nôtre soit dépendant de la Chine pour fabriquer des masques et produire des tests de dépistage. L’important est de hiérarchiser les priorités. Le temps viendra de l’exigence d’une relance économique massive mais dans l’immédiat il faut geler la situation, protéger les emplois et les entreprises des prédateurs.

Toutes les activités non stratégiques doivent être arrêtées, l’Italie a pris cette décision samedi n’attendons pas quinze jours pour faire la même chose. Ensuite, une grande conférence économique et financière internationale sera indispensable, à l’égal de Bretton Woods, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Pour moi, celle-ci devra prendre des dispositions très puissantes qui pourraient d’ailleurs aller jusqu’à effacer les dettes publiques.

Vos observations ne risquent-elles pas de bousculer «l’union sacrée» dont se félicite le pouvoir?

Les critiques les plus fortes ont été émises par les professionnels de santé. Ils ont l’impression de lutter avec des armes inadaptées.

Nous sommes favorables à l’unité nationale, comme aux mesures prises mais ce qui compte, c’est l’efficacité. La vérité est toujours bonne à dire parce qu’elle permet d’avancer.

Alors que la communication ou la dissimulation ne font que retarder nos capacités d’action.

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