MEMORABILIA

Le confinement dans les banlieues « pas une priorité », Laurent Nuñez…

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Faire respecter le confinement dans les banlieues, “pas une priorité” pour le gouvernement

– Alors qu’il vient d’alourdir les sanctions contre ceux qui ne respectent pas le confinement de manière répétée, le gouvernement décide de se montrer plus conciliant avec les contrevenants des banlieues.

Un deux poids deux mesures qui indigne les forces de l’ordre.

 

« C’est n’importe quoi », « Les bras m’en tombent »… A l’annonce des propos de Laurent Nuñez, révélés par le Canard Enchaîné, policiers sur le terrain et responsables syndicaux étaient effarés.

« Ce n’est pas une priorité que de faire respecter dans certains quartiers les fermetures de commerces et de faire cesser les rassemblements ». La phrase, qui scandalise de manière univoque les forces de l’ordre et leurs représentants, est signée par le Secrétaire d’État au Ministre de l’Intérieur.

Dans une visioconférence reliant Beauvau aux préfets des zones de défense, Laurent Nuñez exprimait ce 18 mars son inquiétude de voir les cités, au bord de l’implosion, s’embraser si le confinement y était appliqué de manière (trop) stricte. Les préfets concernés ne semblent pas s’émouvoir d’une telle directive, alors que dans le même temps, la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, proposait un alourdissement des peines contre les réfractaires au confinement.

Pascal Mailhos, préfet de la zone Sud-Est, approuve. Michel Lalande, en charge de la zone Nord, va lui plus loin. Pour cet ancien collaborateur du ministre de l’Intérieur socialiste, Bernard Cazeneuve, le non-respect des consignes de fermeture de commerces, la nuit, en banlieue, aurait même des vertus inespérées : « Ils (les commerces, ndlr) exercent une forme de médiation sociale ».

« Des zones de non-droit sanitaires »

« Des déclarations incroyables » pour Rocco Contento, du syndicat Unité SGP police à Paris. Reçu (virtuellement) par le même Laurent Nunez, le 23 mars, à la demande de l’intersyndicale qui exigeait du ministère un renfort des moyens de protections sanitaires, jusque-là déniées, le syndicaliste a du mal à contenir sa colère résurgente.

« On est en guerre, c’est le Président qui l’a dit ! Aucune entorse ne doit être faite dans ce combat avec des zones de non droit sanitaires ! C’est là que les collègues ont le plus grand mal à faire respecter le confinement. Mais si on dit ça, on est tout de suite raciste. Pourtant, c’est un état de fait… ».

S’ils ont en effet les plus grandes difficultés à imposer la loi dans ces territoires perdus de la République, c’est aussi là qu’ils sont le plus exposés au danger du virus, comme des délinquants. Le 24 mars, une policière était gravement blessée à la tête par une pierre, dans la cité de la Roseraie, à Beauvais (Oise).

Rocco Contento le confirme : « Les collègues se font littéralement agresser lors des contrôles. Un policier à même été mordu à Clichy-sous-Bois ». En attestent les – trop – nombreuses vidéos de violences circulant ces derniers jours sur les réseaux sociaux, comme celle-ci, où une patrouille véhiculée est prise à partie par une bande de racailles, aux cris de « Nique ta mère ! »

L’instauration d’un couvre-feu dans les quartiers qui refusent de se soumettre aux consignes sanitaires est-elle pour autant envisageable, comme le réclament certains ? Si Beauvau n’exclut pas une « adaptation du dispositif Sentinelle », le recours à une telle mesure, laissé à la charge des maires, comme à Nice, Perpignan, ou Béziers, semble exclu.

« De toute façon, cela mettrait de l’huile sur le feu » nous confie un syndicaliste policier parisien. « D’autant que le militaire n’est pas formé au maintien de l’ordre, à gérer des violences urbaines. Le couvre-feu ne se fera pas, mais il faut tout de même prendre des mesures de confinement beaucoup plus drastiques, mettre à contribution tout le monde ».

Le souci, près de 5000 policiers sont actuellement en confinement sur le territoire national, environ 650 à Paris intra-muros, pour suspicion de Covid-19. Deux d’entre eux, à Paris, seraient actuellement dans un état grave, nous assure une source locale, alors que la France entière rendait hommage, il y a peu encore, à ses premiers médecins, tombés face à la maladie.

Justice à géométrie variable

En première ligne face au virus, dans leur mission de contrôle du confinement, avec des effectifs réduits, les policiers sont plus que jamais inquiets.

Faute de stocks suffisants, seuls les personnels directement au contact de la population, qui doivent consulter les attestations, sont équipés de masques. Les Yvelines, tout comme l’Ile de France, sont aujourd’hui les principaux foyers de contamination au coronavirus dans l’Hexagone.

Ce sont aussi ceux où les policiers sont le plus exposés, de part leur manque de moyens et de suivi des autorités, qui préfèrent relâcher la bride des populations, donc de la maladie.

En début de semaine, le Parlement s’accordait sur un alourdissement des peines drastique, pour ceux pris de multiples fois en flagrant délit de non-confinement. Jugées trop sévères par l’opposition, notamment LFI et même LR, les préconisations de Nicole Belloubet ont été revues à la baisse. Résultat : une amende de 135 euros, 1500 en cas de récidive dans les 15 jours, sera appliquée. Dans le cas de « quatre violations dans les trente jours », le délit sera majoré à 3700 euros, doublé de six mois de prison au maximum.

Tandis que la majorité des français s’expose à de lourdes peines, une minorité d’autres, peuvent continuer, en toute impunité, à mettre en danger immédiat les forces de l’ordre chargées de les protéger, ainsi que le reste de la population.

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Par
Sputnik News

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–  C’est un choix délibéré de l’État: le confinement est désormais imparfaitement appliqué dans les zones criminogènes. Or, si certains veulent acheter la paix sociale, l’ancien préfet Michel Aubouin craint que l’assèchement des trafics de drogue ne mène à de nouvelles émeutes, au pire moment. Entretien.

 

«Ce n’est pas une priorité que de faire respecter dans les quartiers les fermetures de commerces et de faire cesser les rassemblements», a déclaré le Secrétaire d’État Laurent Nuñez lors d’une visioconférence avec les préfets le 18 mars. Une révélation du Canard enchaîné qui conforte les instructions aux policiers du 92 que nous avions dévoilées la semaine dernière: alors que le confinement se révèle impraticable dans les zones de non-droit, l’État recule.

«C’est une question de rapport de forces: pour confiner tous ces gens, il faudrait des moyens policiers que nous n’avons pas», regrette l’ancien préfet Michel Aubouin au micro de Sputnik.

Ancien haut fonctionnaire, auteur de l’essai 40 ans dans les cités, notre interlocuteur connaît la réalité des zones sensibles. Pour lui, la situation est hautement inflammable: «ça ne m’étonnerait pas que ça se transforme franchement en émeute», nous confie-t-il. «Les maires que je vois sont très inquiets», ajoute-t-il, avant de préciser: «les préfets laissent les maires assez démunis et la Police municipale a peu de moyens juridiques, à part dire aux gens de rentrer chez eux…»

Les maires appellent l’État au secours…

Alors que les attroupements, les rodéos urbains et autres barbecues se multiplient avec le printemps et en dépit du bon sens sanitaire, certains élus craignent en effet le pire. La maire de Vénissieux (Rhône), Michèle Picard (PCF), a lancé un appel au secours pour obtenir des renforts de police. Avec 34 agents, la police municipale de cette ville de 66.000 habitants est débordée et n’est pas en mesure de faire respecter le confinement.

Mais les renforts viendront-ils? 100.000 agents devaient quadriller le territoire national, selon Emmanuel Macron, mais l’annonce tarde à être suivie d’effet. Il faut dire que la police est déjà exsangue, d’autant plus que les agents contaminés sont de plus en plus nombreux. Ayant reçu l’ordre de ne pas porter de masque, les agents sont particulièrement exposés à la contagion. Au 25 mars, 100 sont officiellement malades, et 5.000 sont quant à eux confinés. Du côté de la gendarmerie, on compte 25 malades et 600 confinés.*

… mais l’État tente d’acheter la paix sociale

Face au désarroi des élus, les représentants de l’État ne rassurent pas. Ainsi, le préfet de Seine-Saint-Denis a-t-il exigé du maire d’Aubervilliers de lever l’arrêté de couvre-feu, menaçant de l’attaquer devant une juridiction administrative pour illégalité. Pourtant, 112 villes en France l’ont édicté… tout comme le préfet des Alpes-Maritimes. Une façon d’acheter la paix sociale? Entre des émeutes urbaines au pire moment ou la propagation du virus, l’État semble avoir tranché pour le deuxième des maux.

Comme d’habitude, selon Michel Aubouin, la situation reflète une méconnaissance des quartiers et des réflexes culturels propres aux familles d’origine étrangère. L’échec du confinement dans les zones sensibles était presque prévisible: «pour toutes les familles originaires du Maghreb, les appartements abritent les femmes et les filles, et les garçons ont souvent peu de raisons d’y être,» affirme l’ancien fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, familier des quartiers défavorisés: «je ne crois pas que quelqu’un ait pris la peine d’y réfléchir.» Et le préfet d’ajouter que les consignes sanitaires télévisées n’ont pas de sens dans ces parties du territoire: «ils ne regardent pas ces chaînes», indique-t-il. Ainsi les maux des quartiers «populaires» se révèlent-ils autant dans cette crise que ceux des décideurs politiques:

«On continue de penser que les problèmes sont loin, qu’il suffit de cantonner ces gens dans leurs quartiers, et de penser les quartiers comme des espaces extérieurs à la nation», estime Michel Aubouin.

Or, un tel raisonnement est condamné à échouer. Car plus encore que le confinement dans ces quartiers, confiner ces quartiers est impossible: «les livreurs ou chauffeurs de VTC, les milliers de travailleurs indépendants en viennent», relève Michel Aubouin en guise d’exemple. La propagation du virus est dès lors garantie.

L’intervention tant attendue de l’armée?

Mais à l’échec du confinement dans les zones de non-droit, pourrait s’ajouter un coup brutal à leur économie. Les trafics de drogue, qui n’ont pas cessé à l’heure actuelle, pourraient bien s’assécher dans les jours à venir. Le secteur représente deux à trois milliards d’euros par an et pourvoit plus de 20.000 emplois à échelle nationale. Si certains collègues préfets de Michel Aubouin pensaient que le trafic pacifierait les quartiers, celui-ci dénonce «une énorme bêtise»: «je pense exactement le contraire: ça les rend incontrôlables.» Le gagne-pain de quartiers entiers est menacé à moyen terme, alors que les «go fast» sont rendus plus difficiles avec les nombreux contrôles policiers:

«Ça va créer une tension qui ne peut s’exprimer que par la violence, je ne crois pas qu’ils resteront tranquillement à regarder la télévision chez eux… sans parler des 5.000 détenus que Nicole Belloubet envisage de libérer», soupire notre interlocuteur.

Alors Michel Aubouin ne craint pas d’évoquer «d’autres types de moyens», et non des moindres: «je pense à l’armée», précise-t-il, sans craindre le politiquement incorrect. Mais est-ce vraiment réaliste? Oui, selon l’ancien préfet: «on le fait pour des opérations Sentinelle, je ne vois pas pourquoi on ne le ferait pas pour des situations d’urgence sanitaire.»

Un besoin d’aide militaire qui se fait par ailleurs sentir en d’autres points du territoire, selon Michel Aubouin. En effet, les marchés sont désormais fermés, notamment dans les quartiers populaires de la capitale, à Barbès ou aux Batignolles. Le scénario du prolongement n’est pas à écarter:

«à un moment ou un autre, il faudra distribuer des produits alimentaires à la population des métropoles. On ne tiendra pas encore plusieurs semaines comme ça, et s’il faut le faire, c’est l’armée qui le fera

Deux heures après le plaidoyer de Michel Aubouin pour l’intervention militaire, Emmanuel Macron annonçait le lancement de l’opération «Résilience» à Mulhouse, où les hôpitaux sont actuellement débordés par la pandémie. Distincte de l’opération «Sentinelle» comme l’envisageait l’ancien préfet, elle sera consacrée au soutien à la population dans les domaines «sanitaires, logistiques, et de la protection.» Reste à savoir si cette «protection» incluera des opérations de maintien de l’ordre dans des zones jugées sensibles. Une hypothèse pour l’instant peu probable, compte tenu des craintes du gouvernement.
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