MEMORABILIA

«Premières leçons à tirer de la crise sanitaire» Ivan Rioufol.

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CHRONIQUE – L’État aura des comptes à rendre. En dépit des milliards d’euros qui nourrissent l’État nounou, celui-ci se perd dans la paperasse et des procédures hors du temps.

Le Figaro
26 mars 2020.
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– En dépit des désastres causés par le communisme, des exaltés le soutiennent encore. Ils s’entêtent à présenter leur croyance comme l’idéal à atteindre, pourvu que son mode d’emploi soit bien respecté. C’est ainsi que cette idéologie totalitaire, qui a su éviter son Nuremberg et l’expiation de ses crimes, fédère toujours ses nostalgiques, singulièrement en France. Or il est à parier que bien des mondialistes, confrontés au terrassement de leur utopie par le Covid-19, réclameront pareillement, demain, davantage d’universalisme et de post-nationalisme, au nom d’un homme nouveau idéalisé.

Bruno Le Maire est dans cette perspective quand il déclare (Le Figaro, 21-22 mars): «Ma conviction est simple: de cette crise sanitaire doit sortir un nouvel ordre mondial dans lequel les Européens affirmeront leur puissance et leur souveraineté.» En attendant, la Chine et la Russie viennent en aide à l’Italie gravement contaminée, lâchée par l’Union européenne impuissante.

Il ne faut pas attendre des envoûtés du sans-frontiérisme et du bougisme qu’ils reconnaissent s’être mis le doigt dans l’œil. Ils ne tireront pas les leçons de leurs erreurs, sauf pour dire qu’il aurait fallu un gouvernement mondial.

Ce qui s’observe est pourtant l’écroulement de leur univers construit sur du sable. Même l’homme-dieu, qui se vantait d’être devenu son propre créateur grâce à des manipulations techniques de cellules, est tétanisé par un microbe. «Restez chez vous!», n’est pas seulement l’arme du pauvre pour freiner la pandémie.

Derrière le mot d’ordre s’esquisse l’attrait retrouvé pour un monde honni par les «modernes»: celui des proximités, des familiarités, des protections. Le «geste barrière», promu par le gouvernement, fait comprendre l’utilité des portes, des obstacles, des distances en cas de vulnérabilité. Ce n’est pas tant le Covid-19 qui a rendu la France fragile que la «société ouverte» chantée par le discours officiel.

À moins qu’Emmanuel Macron ne renonce à ses rêves progressistes et supranationaux, son «nouveau monde» n’apportera pas les idées neuves attendues. Celles que défend la macronie se rattachent à une époque révolue.

Plutôt que de critiquer, le 12 mars, le «repli nationaliste», le chef de l’État aurait mieux fait de valoriser les frontières nationales, partout rétablies depuis lors, y compris en France. Cette critique vaut aussi pour Angela Merkel qui, le 11 mars, déclarait: «En Allemagne, nous estimons que les fermetures de frontières ne sont pas la réponse adéquate.» Cinq jours plus part, la chancelière fermait son pays à la France. Ces derniers temps, le chef de l’État croit suivre l’air du temps en fustigeant le libéralisme et en faisant l’éloge de l’État-providence, classé comme «bien précieux». Mais là encore la démonstration n’est que l’écho d’une pensée fatiguée.

C’est la technocratie – antithèse du libéralisme – qui enfièvre la nation. Où est l’État-providence quand le corps médical et hospitalier manque de masques, de tests, de respirateurs et même de gants, de surblouses et de gel hydroalcoolique! L’Allemagne aligne 25.000 lits en soins intensifs, contre 7000 pour la France. Lundi, le docteur Jérôme Marty, président de l’Union française pour une médecine libre, lançait: «Nous sommes seuls, nous sommes inondés de circulaires des agences régionales de santé, de la Direction générale de la santé, du ministère, et nous sommes seuls.»

L’intendance ne suit pas. Le libéralisme sert de bouc émissaire aux imprévoyances étatiques. Depuis samedi, les premiers médecins succombent au virus, comme des soldats sans armes. L’État aura des comptes à rendre. 600 médecins ont déjà saisi la Cour de justice de la République. En dépit des milliards d’euros qui nourrissent l’État nounou, celui-ci se perd dans la paperasse et des procédures hors du temps.

«Gaulois réfractaire»

Les bâtons mis dans les roues du professeur Didier Raoult, sommité mondiale dans les maladies infectieuses, illustrent ce mal français qu’est la bureaucratie. Depuis plus d’un mois, ce savant à l’allure de barde et de «Gaulois réfractaire» assure que la chloroquine, médicament banal pour prévenir et soigner le paludisme (Plaquenil), est efficace dans le traitement du Covid-19.

Les Chinois et les Coréens du Sud ont testé ce produit. Donald Trump va l’utiliser aux États-Unis. Or Raoult se heurte à la suspicion d’une partie d’un monde médical qui ne supporte pas, apparemment, les esprits rebelles.

Quand un homme se noie, faudrait-il ne pas lui envoyer une bouée au prétexte qu’elle ne serait pas homologuée? «Le pays est devenu Versailles au XVIIIe siècle», moque-t-il (Le Parisien, lundi). En attendant, les Marseillais font la queue pour se faire dépister et soigner dans son institut, bravant les interdits parisiens.

Une fois de plus, les «élites» s’agacent des audaces de ceux qui, de leurs provinces, ont l’audace de passer outre un monde sclérosé et immobile. Le mépris qui fut celui de la France d’en haut pour les premiers «gilets jaunes» se retrouve, peu ou prou, dans sa condescendance pour ce grand chercheur et ses soutiens trop populaires.

Ceux-ci pressentent une injustice dans les tentatives médiatiques visant à décrédibiliser Raoult au nom du respect des procédures et de ses pairs. Déjà Molière avait moqué ces querelles de médecins jaloux: «Il vaut mieux mourir selon les règles que de réchapper contre les règles» (L’Amour médecin).

Après avoir menti en soutenant l’inefficacité des frontières, des masques, des tests, le gouvernement ne peut tergiverser encore longtemps sur la chloroquine. Il ne faudrait pas qu’à son tour celle-ci vienne à manquer!

Hommage à la France modeste

Le monde de demain aura à prendre ses distances à la fois avec le néolibéralisme mondialiste (qui n’est pas le libéralisme tempéré et inventif), qui a délocalisé les productions françaises au nom du profit, et le centralisme producteur d’irresponsabilités et d’inefficacités. Ce monde nouveau aura à écouter davantage le bon sens des gens, confinés dans la durée à cause de dirigeants ayant tardé à admettre les réalités. Ce sont les petits, les obscurs, les sans-grade qui font que le pays tourne encore, même au ralenti.

Cette France, qui approvisionne et gère le quotidien du pays, se révèle exemplaire dans son patriotisme, au même titre que les médecins et leurs équipes qui sont en première ligne.

La France périphérique est devenue centrale: sa première victoire.

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