MEMORABILIA

Onze ans après le H1N1, Roselyne Bachelot se voit réhabilitée

L’ancien premier ministre François Fillon revient sur la gestion de la crise par son ancienne ministre de la Santé.

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Hier détestée, aujourd’hui adorée. D’une épidémie à l’autre, de la grippe A au coronavirus, Roselyne Bachelot a changé de statut. «Je suis au cœur de l’actualité…», sourit-elle sans vouloir pour autant céder à quelque forme de satisfaction ni au «sentiment que les Allemands appellent “schadenfreude”, qu’on pourrait traduire par joie maligne».

Moquée hier pour l’application du principe de prévention, avec des stocks de masques et des millions de vaccins commandés, l’ex-ministre de la Santé est aujourd’hui érigée en modèle à suivre en temps de crise.

Les messages d’excuses et de remerciements lui arrivent en nombre. Politiques, proches, anonymes… tous font leur mea culpa. «Je me souviens en 2009, alors qu’avec Manuel Valls, la ville d’Évry s’était mobilisée pour répondre aux consignes de Roselyne Bachelot, je m’étais quelque peu gaussé d’elle», a été parmi les premiers à réagir Francis Chouat, député de l’Essonne ex-PS et apparenté LREM. «Onze ans plus tard, je ferais mieux de me donner des baffes. Excusez-moi Madame.»

En cette fin mars, la voilà devenue personnalité préférée des Français, en termes d’adhésion, selon un sondage Odoxa pour la presse régionale. «Oui, on est passé d’un extrême à l’autre, c’est le jeu de la médiatisation, le jeu aussi de l’émotion. Dans des périodes troublées, on réagit dans les extrêmes», analyse Roselyne Bachelot avec lucidité.

Elle en plaisanterait presque si la crise sanitaire actuelle n’était pas si grave.«Il faut prendre cela avec de la sérénité et de la distance. C’est cette même sérénité qui m’a permis de surmonter la période précédente faite d’humiliation, de moqueries, d’injustices, de mises en cause, d’attaques sur mon honnêteté qui était totalement insupportable», détaille-t-elle. «C’était cela le plus douloureux et qui suscitait chez moi une colère épouvantable, comme la souffrance infligée à mes proches», ajoute-t-elle.

À l’époque, alors que la ministre de la Santé s’époumone pour que les Français se fassent vacciner, les attaques pleuvent, les humoristes s’en donnent à cœur joie. «Il faut aussi se vacciner contre la lèpre!», se moque Nicolas Canteloup sur Europe 1. «On vient en effet de retrouver 40 millions de doses commandées par Ambroise Bachelot, l’arrière-grand-père de Roselyne, en 1737», ajoute l’humoriste, conseillant dans la foulée de se faire vacciner aussi «contre les attaques de dinosaures».

Tant pis, Roselyne Bachelot «assume» convaincue d’avoir «raison». «Je ne voulais pas faire partager le fardeau à d’autres en disant que je ne faisais qu’obéir à des ordres supérieurs. Pour moi, ce n’était pas défendable, quand on prend une décision on assume», fait-elle valoir.

Surtout, elle est persuadée d’avoir fait le bon choix. «On a vacciné près de 6 millions de personnes, c’est ce qui a participé à l’extinction de l’épidémie. En vaccinant les plus fragiles, on a empêché que des surcontaminateurs se promènent dans la population générale», développe-t-elle.

La décision est prise à trois, au plus haut niveau de l’État. «Ça a été un travail collectif», confirme au Figaro François Fillon. «Il y avait le président de la République qui avait été très proactif et qui nous avait donné des instructions pour parer à la pire des éventualités», se souvient l’ex-premier ministre. «On avait monté avec Roselyne un petit commando pour mettre en place l’approvisionnement en vaccins. Toute l’Europe en voulait. On s’était battu comme des lions pour forcer les laboratoires à nous donner les stocks de vaccin dont on avait besoin. Il y avait aussi le sujet des masques», à l’époque moins médiatisé. Fin 2009, la France peut compter sur un stock de près de 1,7 milliard de masques et de 94 millions de doses de vaccins.

Dès le départ, Roselyne Bachelot juge impératif de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire face à un virus «doté d’une très forte capacité de contamination en particulier, au fait qu’il touche des populations qui ne l’ont jamais rencontré», explique-t-elle il y a onze ans, au Figaro. On est alors le 27 juillet 2009. «Par ailleurs, le fait que le virus circule très vite augmente le risque qu’il mute vers une forme plus dangereuse. On peut craindre également une surmortalité chez les sujets les plus fragiles», détaille-t-elle. Des termes qui résonnent étrangement d’actualité aujourd’hui.

«J’ai été moquée mais je suis persuadée et les éléments le prouvent que la théorie de la préparation, de la préparation maximum, est la bonne», analyse-t-elle avec le recul. C’était à «la hauteur du risque qui était possible et envisageable. La preuve, cette fois-ci l’épidémie a dépassé toutes les prévisions», rebondit François Fillon. «Nous-mêmes, on a hésité, il y a eu des débats très difficiles. Certains au sein de nos cabinets, de nos équipes pensaient qu’on en avait fait trop», raconte l’ex-chef du gouvernement. «Nicolas Sarkozy était plus volontaire. On a arbitré en se disant qu’on nous reprocherait beaucoup plus une catastrophe sanitaire qu’une erreur sur le nombre de vaccins commandés. C’est le rôle du politique par rapport aux scientifiques de trancher», affirme-t-il. En conseil des ministres, Nicolas Sarkozy encourage Roselyne Bachelot à tenir bon tandis que Matignon loue «le courage» de la ministre.

Beaucoup dénoncent pourtant des décisions excessives face à ce que, entre autres, le professeur Bernard Debré qualifie de «grippette». La commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale se saisit de la question le 12 janvier 2010. Le député PS de l’Isère Michel Issindou reproche à la ministre d’avoir «gaspillé les deniers publics» et mis en place des moyens disproportionnés. Onze ans plus tard, l’ancienne ministre a revisionné la séquence comme la totalité de la commission. «J’avoue que j’ai fait une sorte d’amnésie traumatique pourrait-on dire, j’avais oublié certaines choses! J’ai redécouvert tout cela», indique-t-elle. De la part des élus de la commission, elle n’a eu aucun message depuis. «Oui, c’eût été élégant mais je n’attends pas des excuses, c’est le passé», juge l’ancienne ministre. Contacté par Le Figaro, Michel Issindou n’a pas souhaité s’exprimer.

Roselyne Bachelot aurait juste aimé «que cela serve de leçon». «Je m’en veux d’ailleurs de ne pas avoir mené le combat après. Quand je quitte la politique en 2012, je n’ai pas voulu attaquer mes successeurs, détaille-t-elle. Je connaissais la difficulté de la tâche» et la violence des attaques. Aujourd’hui, peut-être encore plus que d’autres, Roselyne Bachelot mesure la gravité de la situation actuelle et «la violence de l’épidémie qui nous laisse sans voix».

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