MEMORABILIA

« Police, armée, prisons… Terrassé par le Covid-19, l’Etat peine à se relever »

Scroll down to content

Valeurs actuelles.

Alors que les structures étatiques civiles semblent dépassées par l’ampleur de l’épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron place ses espoirs dans le lancement de l’opération militaire Résilience. Explications.

******************

 

C’est la deuxième fois de ma carrière que je le ressens : l’État semble vaciller. Cette inquiétude est formulée par un gradé chevronné de la Police nationale. La première perception de cette peur remonte à quand ? « Au moment des “gilets jaunes”. » Après un parcours professionnel de vingt-cinq ans, les deux dernières années sont donc surreprésentées. La réalité scintille froidement devant nos yeux : la crise du coronavirus balaie une seconde fois les certitudes d’une société trop sûre d’elle. Plus que la société, c’est la puissance publique – l’État – qui, asphyxiée, est en train de mettre un genou à terre.

À l’épreuve de la crise, les stigmates de politiques publiques faillibles ne peuvent plus être dissimulés, aussi bien dans le domaine de la santé que dans ceux de la sécurité intérieure, des forces armées ou encore des prisons. Marine Le Pen l’a mis en lumière dans un entretien à Valeurs actuelles, « aujourd’hui se révèle l’effondrement de l’État ».

Sur les 100 000 personnels des forces de l’ordre déployés sur le territoire pour faire respecter les gestes barrières, près de 10 000 policiers et 2 000 gendarmes sont aujourd’hui confinés.

Dans les Yvelines, ce sont près de 40 % des effectifs de police qui ne peuvent plus travailler.

Quand des maires instaurent des couvre-feux pour empêcher la propagation du virus la nuit, les préfets rencontrent d’infinies difficultés à trouver les policiers et gendarmes disponibles pour faire appliquer ces décisions. Dans ce contexte, les propos du secrétaire d’État à l’Intérieur, Laurent Nuñez, selon qui le confinement « dans les quartiers » « n’est pas une priorité », ont provoqué un tollé.

L’État ne peut plus assurer la sécurité de la même manière sur tout le territoire

Derrière la sortie maladroite, encore une fois, une réalité s’impose : l’État n’est plus en capacité d’assurer la sécurité de la même manière sur tout le territoire. Et la priorité, difficile à affirmer, est incontestablement de préserver les ressources policières pour les mobiliser, d’abord, auprès de l’immense majorité de la population, pendant la journée et hors des banlieues. Autre illustration de cette faiblesse lorsque le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, réclame, le 25 mars, au directeur général de la Police nationale la restitution au profit du milieu hospitalier des masques de protection FFP2 qui avaient été livrés la semaine du 16 mars : les policiers ont compris que l’État n’avait plus les moyens de les protéger.

Face au risque d’épuisement des forces de l’ordre, sans véritables ressources, Christophe Castaner n’a eu d’autre choix que de déployer sur le terrain, dans un cadre contraint, 1.500 élèves gardiens de la paix, sortis prématurément de l’école. Au sein de la gendarmerie, ce sont 3 700 élèves gendarmes et élèves officiers qui sont en train de prêter main-forte à leurs aînés. Si tous renforcent des équipes de policiers et gendarmes titulaires, jamais une initiative d’une telle ampleur n’avait été prise par le passé, même pendant les attentats de Paris en 2015.

Outre les capacités à se régénérer et à tenir dans la durée, les forces de sécurité redoutent deux scénarios nécessitant d’importants moyens humains : la détérioration de la situation sanito-sécuritaire en outre-mer et dans les banlieues.

En outre-mer, où la grande pauvreté domine, les mesures de confinement sont quasi impossibles à appliquer. À Mayotte, où 84 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté et où l’accès à l’eau courante fait défaut, le seul hôpital ne dispose que de 16 lits de réanimation et de neuf jours de réserve d’oxygène. Il n’est pas une journée sans que les gendarmes soient pris à partie ou agressés.

En Guadeloupe, où les capacités médicales sont en train d’être poussées, 50 lits de réanimation seront disponibles pour accueillir les malades à venir.

À La Réunion, les autorités sont inquiètes d’avoir à faire face à la fois à la dengue et au coronavirus.

En Guyane, les orpailleurs ont cru pouvoir profiter de la crise sanitaire pour accroître leur activité, avant d’être finalement accueillis par l’antenne GIGN du département, qui n’a pas hésité à tirer à l’arme lourde pour faire face à des armes de guerre. L’hôpital de Cayenne ne dispose que de 13 lits de réanimation.

L’opération Résilience montée contre le Coronavirus est disjointe de Sentinelle

C’est dans ce contexte global qu’Emmanuel Macron a lancé, la semaine dernière, une opération militaire baptisée Résilience.

« Les armées ont été appelées parce que, reconnaissons-le, les structures civiles sont dépassées », lance un général, un brin piquant.

L’opération repose sur trois volets, le sanitaire, la logistique et la protection, et c’est le premier aspect qui a pour le moment été le plus visible. Le déploiement d’un élément militaire de réanimation (EMR) a permis d’installer un hôpital de campagne de 30 lits de réanimation à Mulhouse. Dans le même temps, le porte-hélicoptères Tonnerre a évacué des malades de Corse, plusieurs A330 MRTT Phénix ont permis de transporter des dizaines de malades par les airs depuis le Grand Est vers d’autres régions françaises. Les derniers jours ont vu les rotations multiples d’hélicoptères Caïman de l’armée de terre vers plusieurs hôpitaux français et allemands. La spécificité de cet hélicoptère est d’avoir une meilleure autonomie que les hélicoptères civils pour transporter des blessés ou des malades.

L’opération Résilience, conduite en parallèle de l’opération Sentinelle, qui a vu son importance sensiblement réduite avec la baisse des déplacements et des mouvements de la population, doit aussi permettre de soulager les forces de sécurité intérieure. « Nous ne sommes pas dans une logique d’effectifs, mais de réponse avec les justes moyens en fonction des missions », explique le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l’état-major des armées. Concrètement, va-t-on voir des contrôles routiers effectués par les armées ? Non, « le cadre juridique de l’engagement des militaires sur le territoire n’a pas changé, poursuit le colonel Barbry, les forces armées n’ont pas de pouvoir de police judiciaire. Elles restent concourantes à l’action des forces de sécurité intérieure ».

En clair, outre les missions sanitaires, les forces armées devraient être requises par les préfets de région, en fonction de besoins ponctuels, pour remplacer la police et la gendarmerie, lors d’actions “disjointes” de l’opération Sentinelle de lutte contre le terrorisme.

La surveillance de lieux de stockage de matériel médical ou encore la protection de convois de masques sont clairement envisagées. Sans compter le remplacement de missions de protection de bâtiments officiels, effectuées habituelle-ment par des unités de CRS ou des escadrons de gendarmes mobiles. Pour éventuellement permettre à ceux-ci, s’il le fallait, d’avoir la capacité d’intervenir en banlieue ou de faire face à des troubles à l’ordre public.

Autre signe d’inquiétude, dans tous les départements : la libération de 5 000 à 6 000 (déjà 4 000 en liberté) détenus pour « agir sur la tension carcérale », selon les mots de la garde des Sceaux, provoque déjà des dégâts. Les conditions présentées par Nicole Belloubet étaient censées rassurer : libération de détenus à deux mois de la fin de leur peine, remises de peine de deux mois ; ni les terroristes, ni les criminels, ni les personnes condamnées pour violences intrafamiliales ne pourront sortir.

Sauf qu’à peine décidées, les sorties de prison ont donné lieu à des réitérations. Dans plusieurs départements, des délinquants inscrits au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) ont commis des délits entraînant la mobilisation de policiers et de gendarmes pour les interpeller. Certains ont déjà réussi à déjouer les dispositifs policiers. Interrogée sur le nombre de détenus inscrits au FSPRT libérés, la Chancellerie ne nous a pas répondu.

Un sujet chasse l’autre. Une mauvaise solution crée un nouveau problème. Comme un sentiment de dépassement.

 

**********************

One Reply to “« Police, armée, prisons… Terrassé par le Covid-19, l’Etat peine à se relever »”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :