MEMORABILIA

«Comment construire le monde d’après» Ivan Rioufol

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CHRONIQUE – Dans le monde d’après qu’il s’agit de construire, les «élites» mondialistes et européistes vont devoir faire preuve d’humilité.

Le Figaro
2 avril 020.
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Les «premiers de cordée» ont filé à l’anglaise. Ils ont laissé la place à des héros anonymes, mobilisés pour éviter que le Covid-19 ne mette le pays à genoux. Hier encore, beaucoup de «ceux qui ne sont rien» (Emmanuel Macron) défilaient sous des «gilets jaunes». Ils recevaient les insultes – «racistes», «fascistes», «beaufs», etc. – crachées par des gens des villes et de hauts diplômés.

Mais dès que le chef de l‘État annonça le confinement du pays pour le mardi 17 mars à midi, beaucoup de ceux qui étaient donnés en exemple par le pouvoir quittèrent la capitale et les métropoles pour se réfugier chez les «bouseux». Du jour au lendemain le Grand Paris vit s’envoler, tels des moineaux, 1,2 million d’habitants. Ils ne sont pas blâmables d’avoir voulu protéger leur santé et celle de leurs enfants. Mais puissent-ils au moins, à leur retour d’exode, avoir un regard bienveillant sur ceux qui ont tenu bon, parfois au prix de leur vie.

La France aura à remercier et honorer ces travailleurs modestes qui ont mis de côté leurs peurs pour se dévouer à la collectivité, sans user de leur droit de retrait. Les médecins et hospitaliers qui ont déjà trouvé la mort forcent l’admiration. Lundi, 1600 soignants des hôpitaux parisiens étaient infectés par le virus. Le courage des chauffeurs, des éboueurs, des employés, des ouvriers, des petits fonctionnaires, souvent laissés sans protection physique, relève du même don de soi.

Aïcha Issadounène, 52 ans, caissière depuis trente ans au Carrefour de Saint-Denis a été, le 26 mars, la première victime dans la grande distribution. Comme le remarque le philosophe Robert Redeker dans Le Figaro Magazine: «Les héros anonymes se battant sur le front du coronavirus replacent, en s’oubliant eux-mêmes, le prochain au cœur de la civilisation.» Le prochain, et non pas l’«autre», ce mot sans âme des faux gentils réfugiés dans l’entre-soi.

L’altruisme et le désintéressement de ces gens de l’ombre sont des pépites: elles redonnent espoir dans l’humanité, bousculée par un microbe égalitariste et révélateur des faiblesses d’un système. Dans le monde d’après qu’il s’agit de construire – sauf à ne pas saisir l’opportunité de cette répétition générale – les «élites» mondialistes et européistes vont devoir faire preuve d’humilité. Car c’est leur univers qui s’est montré incapable de protéger les peuples d’un empoisonnement chinois qui s’est répandu en trois mois.

Dans la confusion intellectuelle des jacasseurs, il manque l’intelligence de la France silencieuse. Si elle avait été écoutée, elle aurait dénoncé les sottises de ceux qui ont refusé les frontières, délocalisé les industries, désarmé les nations. Les Oubliés réclament, depuis novembre 2018 et le premier mouvement des «gilets jaunes», de participer au destin français. Devant l’impuissance publique confirmée, leur heure est venue.

Si l’acte I de la nouvelle révolution française a été ouvert le 17 novembre 2018 avec la révolte de la France périphérique contre l’idéologie progressiste (bloc-notes du 15 novembre 2018), l’acte II est à écrire, depuis la quarantaine du 17 mars 2020, sur les ruines de la «mondialisation heureuse», de la «société ouverte» et de l’ultralibéralisme insensible aux détresses sociales.

Ces fadaises ont enchanté deux générations de déconstructeurs sourds aux plaintes des petits. Même leur «vivre ensemble» n’a pas résisté au coronavirus, à en juger par la résistance au confinement qui s’observe dans des cités d’immigration. Les couvre-feux, un temps envisagés par des maires de quartiers en rupture, ont été déconseillés par le ministre de l’Intérieur au nom d’un «discernement» aux airs de reculade. Si ce refus de solidarité d’une contre-société islamisée devait se confirmer, alors devrait se poser la question de la remigration des mercenaires du séparatisme.

Irruption du tragique

Le choix quasi universel de privilégier la santé au détriment de l’économie, c’est-à-dire l’homme plutôt que l’argent, est une donnée fondatrice dans l’esquisse du nouveau monde. Sans doute peut-on l’espérer un peu moins matérialiste, plus sensible à la condition humaine et à ses fragilités. L’irruption de la mort, comptabilisée chaque jour devant des millions de téléspectateurs, a imposé le tragique dans un univers cotonneux, futile, individualiste.

En France comme ailleurs, ce carême sanitaire obligatoire a au moins cette vertu d’éloigner les gens, en tout cas pour un temps, d’un consumérisme téléguidé. Les voici incités à la lenteur, au silence, à l’introspection. Ironie de l’histoire: c’est La République en marche, confrontée au vide de son postnationalisme et de ses agitations déboussolées, qui a dû décréter la mise à l’arrêt du pays claquemuré.

Plus immédiatement et concrètement, la France va avoir à corriger sa politique de la Santé (600 milliards d’euros par an) et répondre à la question lancée au président le 3 novembre 2018 par une Bretonne tatouée, Jacline Mouraud: «Qu’est-ce que vous faites du pognon?»

Car les faits sont là: la France ne produit plus rien, ou quasiment, de ce qui pourrait la sortir de son confinement: ni masques, ni tests de dépistage, ni respirateurs, ni lits de réanimation en nombre suffisant.

Pas même du doliprane. Et elle tergiverse encore sur l’efficacité de la chloroquine proposée par le professeur marseillais Didier Raoult, contesté par des confrères parfois liés à des laboratoires américains concurrents (Abbvie, Gilead, etc.). Il va s’agir non seulement de rapatrier des fabrications délocalisées au fil des ans, mais aussi d’alléger la technocratie sanitaire et de réexaminer les postes de dépenses, pour les réaffecter notamment, et en priorité, à la santé des Français plutôt qu’à toute la misère du monde.

La responsabilité de la Chine

C’est aussi un nouvel ordre mondial qui se dessine, dans lequel la Chine communiste se donne comme modèle.

Mais elle oublie qu’elle est à la source de l’épidémie. Liée à la consommation d’animaux sauvages, elle s’est propagée parce que le régime a menti, au départ, sur la gravité du Covid-19. Le virus serait apparu le 17 novembre 2019.

La Chine n’a décidé le confinement de Wuhan que le 23 janvier, après avoir arrêté le 3 janvier sept médecins lanceurs d’alerte, dont le docteur Li Wenliang, qui mourra du virus le 11 février.

Ces jours-ci, l’ambassade de Chine en France diffuse sur Twitter une propagande qui dénigre les démocraties occidentales et les États-Unis. Le régime chinois ne pourrait-il d’abord s’excuser du désastre dans lequel, par sa faute, il a mis le monde?

 

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