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Coronavirus: pour Daech, un «châtiment divin» à exploiter contre l’Occident…

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L’EI ne se cache pas pour exhorter ses combattants à «attaquer, affaiblir» «les infidèles», et profiter de la crise sanitaire pour «ne montrer aucun signe de pitié» envers ses ennemis.

Le Figaro
10 avril 2020
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– En Irak, alors que l’armée américaine s’est retirée de plusieurs bases et que le virus a fait son premier tué parmi les forces locales, Daech vient de revendiquer une dizaine d’attaques en deux jours contre la police, l’armée et les milices chiites dans les régions d’Al Anbar, Dyala, Salahaddine et Kirkouk. De l’autre côté de la frontière, en Syrie, des djihadistes ont lancé jeudi plusieurs opérations contre les troupes loyales à Bachar el-Assad, près d’Al Sourkhna dans l’est du pays.

 

Daech ne se cache pas pour exhorter ses combattants à «attaquer, affaiblir» «les infidèles», et profiter de la crise sanitaire pour «ne montrer aucun signe de pitié» envers ses ennemis sur lesquels «la pression doit redoubler».

Tel était le principal message diffusé la semaine dernière par Al-Naba, une des publications de l’organisation Etat islamique (EI), défaite territorialement au printemps 2019, mais qui garde d’indéniables capacités de nuisance, en Syrie et en Irak notamment.

La mouvance djihadiste voit dans cette épidémie le «pire cauchemar» enduré par «les nations croisées», «un châtiment» divin imposé à ses adversaires «idolâtres». Une aubaine pour une organisation privée de sanctuaire et de chef charismatique, et qui permet aux djihadistes d’alimenter une logorrhée vengeresse contre ses ennemis «punis» pour leur «corruption morale».

Au-delà de ces incantations, la galaxie djihadiste, qui a proscrit à ses membres tout voyage en Europe, épicentre de la maladie, mise surtout sur la peur que suscitent la pandémie et le retrait des troupes occidentales du Levant pour continuer ses attaques.

En Syrie, Daech peut tuer quelqu’un en plein jour et personne ne s’y opposera

Abdul Mouin, un habitant de la localité de Shayl près de Deir Ez-Zor.

Celles-ci se concentrent sur deux régions: le gouvernorat de Dyala en Irak et celui de Deir Ez-Zor en Syrie. Sur les 2000 opérations revendiquées par Daech depuis la chute de sa dernière ville, Baghouz dans l’est syrien en mars 2019, 580 ont été menées dans la région de Dyala et 452 dans celle de Deir Ez-Zor. «Ce sont les deux places fortes de Daech, constate Aaron Y. Zelin, expert au Washington Institute for Near East Policy, là où ont été préservées des structures de commandement et de contrôle de l’organisation djihadiste

A Dyala, le relief montagneux et la présence de nombreuses grottes offrent aux djihadistes la possibilité de se cacher, tout en exploitant les différences confessionnelles liées à la présence de sunnites et de chiites arabes au milieu de Kurdes et de Turkmènes. En Irak, le retrait en cours de 2500 instructeurs – un tiers de la coalition internationale emmenée par les Américains – après la suspension des entraînements à cause de l’épidémie pourrait entraîner une recrudescence des attaques djihadistes.

Paralysie des pays occidentaux

En Syrie, «Daech peut tuer quelqu’un en plein jour et personne ne s’y opposera», se plaint Abdul Mouin, un habitant de la localité de Shayl près de Deir Ez-Zor, cité dans le rapport de Dareen Khalifa et Elizabeth Tsurkov publié sur le site spécialisé Warontherocks. Dans cette région, les djihadistes se déplacent librement, établissent des barrages routiers et en toute impunité extorquent de l’argent à la population.

 

«Daech mise sur le manque de confiance entre les locaux arabes et les Forces démocratiques syriennes, dominées par des Kurdes», explique Dareen Khalifa. «Et la population, ajoute-t-elle, se demande combien de temps les troupes américaines vont rester

Quelques centaines demeurent pour protéger les puits de pétrole. Dans ce climat d’incertitude, les djihadistes parviennent à convaincre les gens qu’il vaut mieux compter sur eux. Début avril encore, ils distribuaient des tracts menaçant toute personne coopérant avec les forces kurdes ou les Américains. «Demain, si des djihadistes viennent me demander de les protéger chez moi, je le ferai. Sinon, ils se vengeront, quand les Américains se seront retirés», explique sur Twitter le directeur d’une ONG dans le gouvernorat de Deir Ez-Zor.

Daech mise sur le manque de confiance entre les locaux arabes et les Forces démocratiques syriennes, dominées par des Kurdes

Dareen Khalifa, auteure d’un rapport publié sur le site spécialisé Warontherocks.

Dans le Nord-Est syrien, les très jeunes enfants endoctrinés dans des camps, ou dont les parents djihadistes sont morts ou emprisonnés, jouent un rôle particulièrement inquiétant dans les attaques contre les populations. Mais «maintenant, les préoccupations des gens, des responsables kurdes et de la coalition, se concentrent sur le virus et la manière d’en échapper», avertit un responsable kurde. C’est aussi le souci des djihadistes, comme l’a montré la mutinerie menée dans une geôle d’Hassakeh. Avant sa mort, leur chef Abou Bakr al-Baghdadi les avait enjoints il est vrai, à «briser les murs» de leurs prisons…

«L’EI espère profiter de la paralysie des pays occidentaux plongés dans une catastrophe économique (…) et préoccupés par leurs capacités sécuritaires face au virus pour inciter ses partisans à planifier et préparer des attentats» en Occident, avertissait lundi dans Le Figaro Jean-Charles Brisard, qui dirige le Centre d’analyse du terrorisme. (voir ci-après)

Un avertissement qui faisait écho à l’attaque au couteau de Romans-sur-Isère, la semaine dernière.

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«L’État islamique entend profiter de la saturation de nos capacités sécuritaires»

FIGAROVOX/ENTRETIEN – L’État islamique espère tirer profit de cette crise, qu’il interprète comme un «châtiment divin» contre ses ennemis, pour commettre de nouveaux attentats, considère le président du Centre d’Analyse du Terrorisme Jean-Charles Brisard.

Le Figaro
Le lieu de l’attaque terroriste de Romans-sur-Isère, samedi 4 avril.
Le lieu de l’attaque terroriste de Romans-sur-Isère, samedi 4 avril. JEFF PACHOUD/AFP

Jean-Charles Brisard est président du Centre d’Analyse du Terrorisme (CAT).


FIGAROVOX.- Faut-il faire un lien entre l’attaque terroriste de Romans-sur-Isère et les appels répétés de l’État islamique à attaquer les pays occidentaux atteints par l’épidémie?

Jean-Charles BRISARD.- Il est trop tôt pour le dire. L’enquête commence et déterminera précisément les circonstances de cet acte et les motivations de son auteur, notamment s’il a été inspiré par la propagande des organisations djihadistes. L’État islamique, à l’instar d’autres organisations djihadistes, exploite la crise du coronavirus à son avantage, estimant que les priorités mondiales s’éloignent de la lutte contre le terrorisme. L’État islamique joue sur deux leviers.

À l’instar de la dialectique traditionnelle des groupes djihadistes, l’EI considère d’abord cette crise comme un «châtiment divin» contre ses ennemis. Ce n’est pas nouveau, dans le passé d’autres organisations terroristes ont utilisé le même ressort à l’égard des crises sanitaires et des catastrophes naturelles. C’est ainsi qu’Al Qaida avait qualifié un tremblement de terre survenu en Afghanistan dans l’Hindou Kouch en 2002 de «punition de dieu contre ceux qui soutiennent la guerre menée par les Américains contre les Talibans». En 2005, Abou Mousab al-Zarkaoui, le chef d’Al Qaïda en Irak, dira que l’ouragan Katrina est une «punition divine» en réponse à la politique américaine en Irak et en Afghanistan. En 2012, l’ouragan Sandy sera également décrit par al-Qaida comme une punition infligée à la «mécréance» de l’Amérique et à ses «crimes contre l’islam». L’EI avait déjà qualifié le Sida de châtiment divin dans l’un de ses organes de propagande.

L’EI appelle à profiter de cette saturation des capacités sécuritaires pour commettre de nouveaux attentats.

La crise du coronavirus est censée plonger l’Occident dans une «catastrophe économique» et paralyser ses capacités sécuritaires. D’où le second levier, celui de la «bénédiction», l’EI espérant profiter de la «paralysie» des pays occidentaux pour reconstituer des capacités opérationnelles sur zone, et incite ses partisans à planifier et préparer des attentats dans les pays occidentaux. Sur le front extérieur, le retrait de troupes occidentales de la coalition internationale, en particulier américaines et françaises d’Irak, les conforte dans cette logique. Sur le front intérieur, la vulnérabilité temporaire de nos dispositifs sécuritaires résulte de la mobilisation des forces de sécurité dans la lutte contre la propagation de la pandémie. L’EI appelle à profiter de cette saturation des capacités sécuritaires et sanitaires pour commettre de nouveaux attentats.

» À VOIR AUSSI – Attaque à Romans-sur-Isère: «Il a pris un couteau de boucherie et a poignardé un client»

La crise sanitaire actuelle semble renforcer la menace terroriste sur notre sol, pourquoi?

La France, à l’instar de tous les autres pays occidentaux, a dû ajuster son dispositif sécuritaire à la crise sanitaire. C’est dans ce cadre qu’est notamment intervenu le rapatriement de militaires français de l’opération Chammal déployés en Irak. Même si la France reste engagée dans la lutte contre l’EI, il s’agit néanmoins d’un désengagement limité et temporaire dont entendent profiter les organisations djihadistes pour retrouver des points d’ancrage en Irak et en Syrie. S’agissant de l’Irak, s’ajoute également la focalisation américaine sur l’Iran, qui a détourné progressivement ces forces de leur mission première.

La menace endogène, inspirée par la propagande des organisations djihadistes, est la plus probable.

Sur le front intérieur, comme cela a d’ailleurs été souligné par la France aux autorités européennes il y a quelques jours pour justifier le prolongement des contrôles aux frontières intérieures jusqu’au 30 octobre prochain, la «vulnérabilité des États, dont les forces de sécurité sont très mobilisées par la lutte contre la propagation de la pandémie de Covid-19, est propice à de nouveaux projets terroristes». Si la menace exogène, la capacité de mener des attentats majeurs projetés depuis l’étranger, est aujourd’hui limitée en raison des contrôles aux frontières intérieures, de la limitation des transports et des mesures de confinements, la menace endogène, inspirée par la propagande des organisations djihadistes, est la plus probable. Au quotidien, cette propagande est relayée par leurs sympathisants pour amplifier les incitations au passage à l’acte.

Les services de renseignement et les forces de sécurité sont-ils parés à faire face malgré leur mobilisation déjà intense?

Si la crise sanitaire mobilise les forces de sécurité, elle ne détourne pas l’attention et la vigilance des services spécialisés. Ces services sont entièrement mobilisés dans la lutte contre le terrorisme, comme en attestent les projets d’attentats déjoués depuis le début de l’année. Ces services sont parfaitement conscients, et depuis longtemps, que les djihadistes feront tout pour exploiter nos faiblesses et amplifier les conséquences de cette crise sanitaire et qu’on doit se préparer à tout, sauf à une trêve de leur part durant cette période.

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