MEMORABILIA

Coronavirus : « si les technocrates jouaient leur peau », Sébastien Le Fol. 

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ÉDITO. La technocratie est plus efficace pour sermonner les Français que pour gérer les crises. Ses représentants ne payent pas les conséquences de leurs décisions.

Le Point 15 avril 2020.
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Dans son dernier livre, Jouer sa peau (Les Belles Lettres), le philosophe Nassim Nicholas Taleb résume bien la malédiction de nos temps : « Une catégorie de personnes ne cesse d’augmenter au sein de la population : des personnes qui sont plus douées pour expliquer les choses que pour les comprendre. Ou plus douées pour expliquer que pour faire. » On ne saurait mieux décrire la technostructure française. Elle ne possède pas de « mécanisme de mise en jeu de sa peau », pour reprendre l’expression de Taleb. Ses représentants payent rarement les conséquences de leurs décisions. À la différence des maçons dans le Code de Hammurabi, lequel stipulait que « si un maçon construit une maison et que la maison s’effondre et provoque la mort de son propriétaire, le maçon sera mis à mort ».

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Ainsi, cette technostructure montre son inertie face à la pandémie de Covid-19. Elle semble bien en peine de produire un plan de déconfinement. De brillants bureaucrates ont conçu normes et règlements qui empêchent ou ralentissent aujourd’hui la production de masques et de tests pour lutter contre la propagation du Covid-19. Masques et tests qui pourraient sauver des vies. Sur le site de Capital, Philippe Eliakim raconte une histoire édifiante. Un petit patron de l’Essonne, dont la société est spécialisée dans la papeterie médicale, a proposé d’adapter son appareil de production pour livrer 15 millions de masques en papier par mois au prix de cinquante centimes pièce. Aux dernières nouvelles, il attend toujours une homologation.

Qui, aujourd’hui, « joue sa peau », selon la terminologie de Taleb ? Les Français confinés et tous ceux qui travaillent encore. En l’absence de tests et de masques, c’est sur eux, et eux seuls, que repose la résilience du pays. Nos entreprises, toutes tailles confondues, font chaque jour la démonstration de leur agilité, comme cette PME bretonne NG Biotech, qui va bientôt produire deux millions de tests par mois.

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Nous n’avons nullement besoin de remontrances.

Notre État pachydermique ne peut pas toujours en dire autant. Ses représentants en rajoutent dans le sermonnage et le paternalisme. À l’heure habituelle de la météo, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, présente un bulletin épidémiologique qui gronde comme un orage. « Le risque, c’est le relâchement », répète le ministre de l’Intérieur, que l’on découvre dans un nouveau rôle : professeur de maintien. L’heure est à la police du jogging et à la lutte contre les amateurs de bancs publics. Le président de la République, lui, a choisi jusqu’à présent le registre héroïque. Lyrisme et roulements de tambour. Certains élus de la nation en manque de visibilité et certains intellectuels désœuvrés s’adonnent à un autre péché mignon national : l’abstraction. On tire des plans sur la comète, en l’occurrence le monde d’après.

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Ce type de gouvernement, à la fois sermonneur, bavard et mystique, risque d’insupporter les Français bien plus que le prolongement du confinement. Nous n’avons nullement besoin de remontrances. Nous attendons de nos dirigeants une stratégie pour nous sortir de là. Comment remet-on les Français au travail ? Certains d’entre eux sont immunisés. Va-t-on attendre qu’ils aient épuisé tout le répertoire comique du cinéma français pour les libérer ? Les chocolatiers ont été autorisés à rouvrir partiellement leur commerce en cette période de Pâques. Pourquoi cela ne vaudrait-il pas pour les autres commerces ?

Moins d’injonctions, plus d’action !

Qu’est-ce qui justifie que la distribution du courrier ne soit pas encore rétablie à la normale ? La direction de La Poste y travaille. Mais comment justifier auprès des caissières et des éboueurs que les postiers seraient plus exposés qu’eux ? La CGT a sans doute la réponse…

Pour répondre à toutes ces questions, les représentants de l’État n’ont pas besoin d’imiter Clemenceau, Churchill ou même Roger Gicquel(« La France a peur »). Ils doivent se montrer méthodiques et humbles. Moins d’injonctions, plus d’action ! Telle est l’attente du pays à l’égard de la technostructure. Méditons le destin mythologique du géant Antée, le fils de Gaïa, qui, soulevé de terre, est privé de ses forces. Toute connaissance et toute action qui ne sont pas reliées à la terre finissent en tragédie.

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