MEMORABILIA

“Je pense qu’en septembre, nous n’en serons pas sortis”

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Jean-Paul Hamon, Président de la Fédération des Médecins de France. 

Valeurs actuelles.

 

Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France très critique de la gestion gouvernementale, plaide pour un confinement plus “intelligent” à la coréenne. Confronté à la chute de fréquentation des cabinets médicaux, il redoute l’éclatement d’une surmortalité due aux pathologies non prises en charge. Entretien.

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Valeurs actuelles. La réouverture des écoles dès le 11 mai, alors que la plupart des lieux publics resteront fermés, est très décriée, notamment par les professeurs. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Paul Hamon. C’est une décision hasardeuse car on est toujours en pleine épidémie. Même si ça à l’air de se stabiliser, même si les lits de réanimation se vident légèrement, il y a toujours plus de monde dans les hôpitaux. Ce serait risquer de faire redémarrer l’épidémie.

La décision de remettre les parents au boulot en remettant les gamins à l’école a effectivement provoqué un tollé. Des pétitions commencent à circuler, des parents disent qu’ils ne mettront pas leurs enfants à l’école et ils n’ont pas tort. Le gouvernement a rétropédalé en disant que cela se ferait progressivement, par région, dans des conditions particulières.

L’argument de Macron, selon lequel la reprise se ferait pour éviter l’aggravation des inégalités entre les différentes classes sociales, pour ne pas perdre les décrocheurs, ne tient pas la route.

Qu’avez-vous pensé du discours d’Emmanuel Macron ? Il a réajusté le tir ?
Son discours a été parfait. Il a critiqué son administration, en assurant qu’il ferait le ménage, et on y sera attentifs. Il a fait preuve d’empathie, en nommant tout le monde, à l’exception des auxiliaires de vie qui maintiennent les personnes âgées dépendantes à domicile, et sans qui le pays ne pourrait fonctionner. Il a donné un délai raisonnable pour le déconfinement tout en parlant des masques et des tests. Mais pour les écoles, c’était un risque inutile.

Comment le déconfinement doit-il s’organiser d’après vous ?
Le confinement va être très long pour les Français, c’est pourquoi il faudrait l’alléger en le rendant plus intelligent. C’est-à-dire fermer les parcs, les forêts, les plages… contrôler leur accès, interdire les rassemblements à plus de deux ou trois… Il faut donner des possibilités aux gens de respirer, parce qu’ils vont exploser.

Pour freiner l’épidémie, puisqu’on ne l’arrêtera pas, ils nous faut être équipés en tests, en masques, et mettre en place ce fameux traçage. Ce seront de vraies armes. On voit bien que la Corée du Sud a limité le développement de la maladie avec ces méthodes.

Mais il faut tout de même dire aux Français qu’il va leur falloir s’habituer à vivre avec ce virus, pendant plusieurs mois, jusqu’à ce que l’on trouve un vaccin. Je pense qu’en septembre, nous n’en serons pas sortis. Quand j’entends le Professeur Raoult dire qu’on est à la fin de l’épidémie… il est gonflé de dire ça ! Nous sommes loin des 60% de personnes contaminées qui constitueraient une immunité collective. J’ai vu une vanne sur internet : le plus dur avec le confinement, c’est la première année…

Plusieurs membres du gouvernement font l’objet de plaintes en justice incriminant leur gestion de la crise, notamment de la part d’un collectif de médecins. Les soutenez-vous ?
Je ne dépense pas mon énergie à cela. Pour le moment, on est dans la lutte contre l’épidémie. Après nous demanderons une commission d’enquête, et on sera féroces. On ne va pas les lâcher. Il faut que l’administration française se réorganise, qu’elle fasse une cure de minceur, pour avoir davantage d’efficacité.

L’épisode des masques est significatif. A tel point que ce sont souvent les régions qui prennent le relais à la place de l’État pour obtenir des masques. Je travaille avec une associée, originaire de Taïwan. Sa famille nous a fait parvenir une centaine de masques en tissu, impeccablement faits, qui couvrent bien le visage, avec une double épaisseur et qui sont lavables.

Au Maroc, les masques se vendent dans les supermarchés à huit dirams le paquet de cent ! Au Danemark, il y a des distributeurs de masques dans les rues ! Ici, ils sont en dessous de tout…

La fréquentation des cabinets médicaux est en chute libre depuis le début de l’épidémie. Comment l’expliquez-vous ?
Depuis le début du confinement, l’activité des cabinets médicaux a été effectivement réduite pour atteindre les 30-40% aujourd’hui. Lorsque Édouard Philippe a dit que l’on pouvait aller renouveler son ordonnance en pharmacie, il a dit une connerie monumentale.

Tous les médecins se sont justement équipés et organisés pour faire en sorte que les patients ne se croisent pas dans les salles d’attente. Des masques sont distribués aux patients. Des centres Covid extérieurs aux cabinets ont été montés pour que les gens puissent continuer à venir consulter sans risque.

Ce n’est pas parce qu’il y a une épidémie de Covid que les autres pathologies ont disparu ! Il ne faut pas que les gens aient peur de venir dans les cabinets médicaux, qui ne sont plus du tout débordés. Je suis étonné que les Samu disent avoir moins d’appels pour les infarctus et les accidents vasculaires cérébraux. Les gens n’osent pas appeler, c’est un vrai souci. Il va certainement y avoir une surmortalité due aux retards de diagnostics.

Il y a certes, chez de nombreux patients, la crainte de se rendre chez leur médecin et d’y contracter le coronavirus, ou de les encombrer en cette période de tension, mais il y a aussi certains spécialistes qui ne veulent plus recevoir…
Des spécialistes ont, en effet, carrément fermé leur cabinet car ils n’ont aucun appel. Ils tournent à 5 ou 10% de leur activité habituelle et sont donc au chômage partiel. Idem pour les chirurgiens, alors que les cliniques ont fermé les blocs opératoires.

Après, les dentistes par exemple, ont reçu l’interdiction de travailler, par l’ordre des dentistes. C’est absolument invraisemblable. Ce doit pourtant être la seule profession qui est masquée, qui a des lunettes. Puisqu’ils font les urgences, ils prennent autant de risques… C’est assez étonnant.

Les opérations urgentes se font toujours mais les autres sont différées. Le retard des interventions nous tracasse aussi.

Il y a des cancers dont on retarde la prise en charge d’un mois, de deux mois. Il y a des gens que l’on ne peut pas laisser dans la nature pendant des mois.

Ce qui est en train de se passer est extrêmement angoissant.

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