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Violences urbaines en Île-de-France : actes isolés ou stratégie concertée?

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Des heurts entre police et habitants des cités ont éclaté ces deux derniers soirs en Île-de-France. Une enquête devra déterminer si les violences ont été coordonnées.

Est-ce le début d’une propagation des violences urbaines ou seulement quelques épisodes isolés ? La nuit du dimanche 19 au lundi 20 avril a été marquée par de multiples affrontements entre la police et une poignée d’habitants de quartiers d’Île-de-France. Dans les Hauts-de-Seine, les incendies de poubelles ou de véhicules ont touché Villeneuve-la-Garenne, Gennevilliers, Nanterre, Rueil et Suresnes. En Seine-Saint-Denis, la nuit a également été agitée à Aulnay-sous-Bois et Villepinte. Des tensions ont encore eu lieu dans la soirée de lundi à Villeneuve, Asnières et Nanterre.

Plusieurs procédures ont été ouvertes pour identifier les casseurs. A Aulnay, quatre personnes, dont un mineur, se trouvaient lundi après-midi en garde à vue pour « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». A Villepinte, deux autres personnes ont été relâchées, faute d’élément suffisant.

Une stratégie concertée ?

Dans les Hauts-de-Seine, le parquet a choisi d’ouvrir une enquête globale portant sur l’ensemble des faits survenus dans le département, notamment pour « violences avec armes à l’encontre des policiers ». Selon une source judiciaire, l’objectif est notamment de vérifier si la succession de feux criminels relève d’une stratégie concertée après l’accident d’un motard à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), la veille.

Samedi soir, vers 21h45, un jeune homme roulant à vive allure sur une moto-cross a en effet percuté la portière « en cours d’ouverture » d’une voiture de police, selon un communiqué du parquet de Nanterre rédigé ce lundi. « Le motard qui arrivait par l’arrière en cherchant d’abord à dépasser le véhicule par la gauche, a changé de trajectoire pour finalement doubler le véhicule arrêté par la droite (…) A la suite de ce choc qui l’a projeté à près d’un mètre du véhicule, le conducteur de la moto présentait une fracture ouverte de la jambe gauche. »

Fake news sur Twitter

Sur place, la tension est rapidement montée : « une trentaine d’individus se sont assemblés autour des policiers, puis du SAMU et des sapeurs-pompiers, proférant des menaces et des insultes, tandis que certains annonçaient que le motard avait eu la jambe arrachée, information fausse qui a été relayée sur les réseaux sociaux, étayant l’allégation d’une « bavure policière », précise le parquet.

Une vidéo du conducteur blessé au sol a été abondamment partagée sur Twitter ce samedi. Des personnalités comme Dominique Sopo, président de SOS Racisme, ou le rappeur, Gradur, lui ont donné un écho supplémentaire sans pour autant relayer l’information erronée.

La police des polices saisie

Âgé de 30 ans, l’homme a été hospitalisé et n’a toujours pas été auditionné. Il est visé par une enquête pour violation délictuelle du confinement (il avait déjà fait l’objet de trois verbalisations pour violation du confinement), rodéo motorisé et mise en danger d’autrui.

La police des polices, l’IGPN, a également été saisie d’une procédure pour faire la lumière sur d’éventuels manquements des policiers, après la plainte de l’avocat du jeune homme, Stéphane Gas, et déterminer si le policier qui a ouvert la portière de la voiture, au moment du passage de la moto, l’a fait sciemment pour déséquilibrer le conducteur.

D’autres violences urbaines sans lien apparent

Les nuits suivantes seront déterminantes pour savoir si cet accident a réellement agi comme un détonateur dans les cités franciliennes. Plusieurs policiers interrogés par L’Express estiment « prématuré de parler d’embrasement des banlieues. Attention à l’effet de loupe en plein confinement ! ». Un délégué syndical ajoute: « Il faut agir avec discernement, éviter un autre blessé mais pour l’instant, la situation est maîtrisée ».

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D’autres violences urbaines ont d’ailleurs éclaté en France ce week-end sans lien apparent avec l’accident de Villeneuve. A Toulouse (Haute-Garonne), des policiers sont tombés dans un guet-apens dimanche à 22 heures dans le quartier du Mirail. Appelés pour un feu de véhicules, ils ont été visés par des projectiles tirés par plusieurs groupes d’individus. Scénario identique dans le quartier des Aunettes à Evry (Essonne), vers 23h30. A Amiens (Somme), un véhicule de police a été caillassé alors que des fonctionnaires tentaient de mettre fin à un rodéo, autre fléau particulièrement remarqué dans plusieurs quartiers en cette période de confinement.

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Au-delà de ces affrontements, un cadre de la Direction du renseignement de la Préfecture de police de Paris estime que d’autres facteurs peuvent concourir à une montée des violences : « Des travailleurs au black se retrouvent à court d’argent, la résine de cannabis se fait rare et peut mener à des batailles de territoire. » Dans ces conditions, une fake news sur Twitter peut enflammer une soirée : « Le week-end dernier à la Courneuve, une quinzaine de types se sont écharpés à coups de couteau. L’un d’eux s’est effondré devant le commissariat, et il a fallu drôlement communiquer pour que ce ne soit pas interprété comme des violences policières ! »

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