MEMORABILIA

Violences dans les banlieues : “Les fauteurs de trouble n’en ont rien à faire du confinement. C’est la loi de la jungle”

– Deux nuits d’émeutes urbaines dans la commune des Hauts-de-Seine, répandues à une partie de la banlieue parisienne : le cocktail parfait de la victimisation et de l’embrasement, d’après Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police FO, qui redoute une généralisation des violences. Entretien glaçant.

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Valeurs actuelles. A Villeneuve-la-Garenne, les violents affrontements avec les forces de l’ordre se sont propagés un peu partout en banlieue parisienne. C’est un enchaînement que vous prenez au sérieux ?

Yves Lefebvre. On le craignait et on y arrive : on va vers en embrasement des banlieues, et je crains que ça n’aille crescendo.

Ce qui s’est passé à Villeneuve-la-Garenne, leur sert, passez moi l’expression, de détonateur, ni plus ni moins. Ils n’attendaient qu’un incident ou une interpellation délicate pour s’embraser, ils ont trouvé là une justification. La cité des 3000, à Aulnay-sous-Bois, a été plongée pendant un moment dans le noir.

La dernière fois que l’on a connu cela à cet endroit, c’était en 2005. Il faut remonter quinze ans en arrière, où l’on a vu énormément de violences urbaines en banlieue. Cela va poser de gros soucis. Sans vouloir stigmatiser la communauté musulmane, on va rentrer des deux pieds dans le ramadan et ça va être encore plus compliqué.

A côté de cela, la météo n’est pas non plus de la partie. Il fait beau en région parisienne. Résultat : on se retrouve avec des gens qui déambulent plus facilement dehors.

On est appliqués à faire respecter le confinement dans les quartiers, mais on n’a pas les moyens de le faire et on n’a jamais eu de directive formelle en la matière.

L’incident de Villeneuve-de-Garenne impliquait une voiture de police banalisée. Passer inaperçu pour ne pas faire de vagues, comme on n’a pu l’entendre ici et là ?

Bien sûr. On a tendance à déployer des unités en civil. En l’occurrence, il s’agissait du véhicule de service du commissaire de permanence. La Bac nuit de Paris circule uniquement dans des véhicules banalisés. L’intérêt est surtout de faire du flagrant délit.

Le confinement participe-t-il aux tensions dans ces quartiers fébriles ?

Une minorité dans ces quartiers difficiles fait régner sa loi et ses règlements. Les fauteurs de trouble n’en ont rien à faire du confinement. En dehors de cette période, la police y est déjà stigmatisée, mais lorsqu’elle y vient pour des contrôles renforcés, c’est encore pire.

Est-il vrai, comme cela avait été révélé il y a plusieurs semaines par le Canard Enchaîné, et rapporté régulièrement depuis, que vous avez reçu l’ordre d’être « conciliants » avec le confinement dans les banlieues ?

Je n’ai jamais vu d’ordre écrit, mais oui effectivement, pour éviter d’embraser les quartiers. Il n’y a pas de directive écrite, maintenant, c’est que du verbal. Vous vous doutez bien…

Craignez-vous que l’embrasement observé ces derniers jours en région parisienne ne se répande en province ?

Pas encore. En province, il y a des épiphénomènes de violences urbaines, surtout autour de Toulouse. Sur Lille, on m’a fait part d’appels à « se farcir du bleu » dès ce soir (le 21 avril, ndlr). Il y a un risque d’embrasement particulièrement important, c’est une certitude. Cela va être très chaud.

On a vu l’embrasement au commissariat de la Meinau, à Strasbourg (visé par des tirs de cocktails molotov le 20 avril, ndlr), des actions très violentes commises au Mirail, à Toulouse, le week-end dernier. Mais ailleurs, c’est assez sporadique, même sur Marseille, il y a peu de violences en ce moment.

Ça risque surtout de s’enflammer en banlieue parisienne.

Le trafic de stupéfiants, empêché par le confinement, est régulièrement mis en cause dans ces violences. Vous confirmez ?
L’économie souterraine aujourd’hui a pris un sacré coup. Ce ne sont pas ses barons qui s’adonnent à ces violences, ce sont toutes les petites frappes gravitant autour et qui en vivent. Ce sont les plus dangereux. Le deal est de plus en plus difficile car le réapprovisionnement ne se fait plus. Le prix du shit n’a jamais été aussi élevé. Plus le baril de pétrole s’écroule, plus le shit monte. Il faut remonter aux grandes périodes de sécheresse au Maroc pour retrouver un prix aussi haut.

Selon le ministère de l’Intérieur, la délinquance est en chute libre en région parisienne depuis le début du confinement. Partagez-vous cette conclusion ?

Parce qu’on n’y met plus les pieds ! Ils me font rire. Bien sûr, il y a de moins en moins de faits constatés, mais pourquoi ? D’abord parce que la loi du silence y règne, ensuite car l’immense majorité des habitants qui respectent les lois de la République dans ces quartiers ne sortent pas de chez eux et ne portent pas plainte.

Les commissariats ne prennent plus les petites plaintes aujourd’hui. On priorise les atteintes aux personnes et les grosses affaires. La petite plainte du quotidien, l’incivilité quotidienne n’est plus enregistrée.

Évidemment, on a moins de plaintes, c’est mathématique !

Pour autant, on prend de plus en plus de tirs de mortier, de cocktails Molotov, il y a de plus en plus de voitures qui brûlent… c’est la loi de la jungle.

Il y a donc moins de constatations, mais pas seulement dans ces quartiers, c’est le cas partout. Je ferai un parallèle avec les urgences qui ont de moins en moins de patients.

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