MEMORABILIA

 «Derrière la carence de l’État face au virus, le spectre du déclin de la France» Éric Zemmour.

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CHRONIQUE – L’État, depuis des années, ne croit plus en lui et croit davantage en l’Europe ou au marché, qui a désagrégé ses capacités de prévision et d’organisation.

Le Figaro, 24 avril 2020

C’est la guerre.

Mais pas seulement contre le virus.

C’est la guerre entre l’État et les collectivités locales, entre l’État et les régions, entre l’État et les maires, entre l’État et les départements. Une guerre dans la guerre qui révèle toutes nos faiblesses et nos contradictions. L’État qui réquisitionne les masques achetés par une région ; l’État qui annule des décisions prises par des maires pour juguler l’épidémie ; des présidents de région qui s’enflamment ; des maires de grandes villes qui disent au préfet: «Laissez-nous faire puisque vous ne savez pas.»

 

La guerre entre l’État et les territoires – qu’on appelait naguère les provinces – est aussi vieille que la France. Elle a toujours été réglée à l’avantage de l’État central, que ce soit par la force des armes, de la conviction politique ou de l’efficacité.

C’est cela qui est remis en cause aujourd’hui. L’État central a montré une rare impéritie. Un mélange explosif de bureaucratie et de désinvolture. Un État qui, depuis des années, ne croit plus en lui, qui croit davantage en l’Europe ou au marché, qui a désagrégé ses capacités de prévision et d’organisation, mais qui impose encore ses normes et ses contrôles tatillons, même dans l’urgence.

C’est dans cette carence de l’État que les collectivités locales s’engouffrent. Les uns, sincères, veulent rendre service à leurs administrés ; les autres, plus politiciens, songent que les municipales ne sont pas finies ; les derniers, plus idéologues, engagent une nouvelle bataille pour une nouvelle étape de décentralisation.

Ces derniers peuvent exhiber l’exemple germanique. L’Allemagne fédérale, où le confinement a été plus souple et moins long, où le virus a moins frappé, où la machine de santé s’est admirablement mise en marche. L’Allemagne, affirment les contempteurs du jacobinisme français, s’en sort mieux parce qu’elle est moins centralisée, qu’elle s’adapte mieux, qu’elle laisse plus d’espace aux initiatives locales. On connaît l’antienne.

Bizarrement, les thuriféraires du modèle fédéral sont plus discrets sur les résultats en Italie et en Espagne, pays qui ont poussé très loin – voire plus loin que l’Allemagne – la régionalisation. Or, ces deux pays latins sont les plus touchés d’Europe par l’épidémie et leurs différentes strates administratives n’ont pas montré une harmonisation efficace. Un peu comme le système jacobin français!

Il faut croire que les mentalités, les cultures, les tempéraments, sont plus décisifs que les systèmes administratifs.

Que la vraie coupure en Europe est entre un Nord efficace et un Sud décadent.

Que la France, qui a été arrachée à son destin de pays méditerranéen par la force d’un État gaullo-pompidolien industrialiste, est retombée depuis trente ans dans un inexorable déclin.

Que les remèdes décentralisateurs ont encore aggravé le mal qu’ils entendaient – souvent de bonne foi – guérir.

Que Pompidou avait raison avec sa fameuse boutade: «L’Europe des régions, ça a déjà existé: ça s’appelait le Moyen-Âge.»

Éric Zemmour

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