MEMORABILIA

«Crise d’autorité» L’éditorial du Figaro, par Vincent Trémolet de Villers.

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Par Vincent Tremolet de Villers
5 mai 2020.

– L’opinion publique est une drôle de monture. Elle peut être velléitaire, contradictoire, et d’une ruade faire chuter celui qu’elle a avantageusement porté. Fort heureusement, en démocratie, c’est le vote qui établit la légitimité, pas les sondages.

Dans la crise que nous traversons, le chef de l’État, à la différence de ses voisins allemand ou italien, ne peut, selon les enquêtes d’opinion, s’appuyer sur un assentiment majoritaire. Les embrouillaminis successifs – municipales, masques… – ont rompu la confiance. Les tentatives désordonnées de rattrapage ont eu l’effet des sables mouvants: celui qui reste immobile s’enfonce, celui qui bouge s’enfonce aussi.

Cet épisode s’inscrit dans une crise de l’autorité qui précède, et de loin, l’élection d’Emmanuel Macron.

L’autodestruction de la politique a commencé quand elle s’est soumise volontairement aux règles de la compulsion médiatique, de l’émotion, de la «langue caoutchouc» (Jean-Pierre Le Goff), du vide frénétique et clivant des réseaux sociaux. Tout cela ne date pas d’hier. L’observateur scrupuleux voit donc sans effort les excès de ceux qui accusent l’exécutif de tous les maux, de toutes les fautes, quand ils n’exigent pas le tribunal public ou l’échafaud!

En réalité, ce n’est pas seulement Emmanuel Macron ou Édouard Philippe qui sont visés, mais l’autorité de l’État. Un État affaibli depuis longtemps, impuissant autant que bêtement tatillon: le bouc émissaire idéal d’un fiasco national.

Il serait malhonnête pourtant d’exonérer ceux qui nous gouvernent au nom de la complexité de la tâche et de l’imprévisibilité de l’événement.

Souvenons-nous avec quels «grands mots», quel sentiment d’invulnérabilité ce pouvoir s’est installé. Comme les autres, il promettait la révolution, il voulait tout changer, mais Jupiter, malgré ses 56 % de dépenses publiques, a peiné à trouver des masques et des blouses.

L’humilité, ce mot sans cesse invoqué, serait de reconnaître qu’on a vidé la politique de sa nature tragique pour la réduire aux querelles de pouvoir, aux éclats de la communication, du succès, de l’innovation de façade.

On a joué au «nouveau monde» en négligeant les vertus que nous enseignait l’ancien.

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