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Du plus optimiste au plus noir, les scénarios de l’évolution du Covid-19

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Alors que la fin du confinement s’approche, les spécialistes de la diffusion des maladies dans les populations ont imaginé divers scénarios plus ou moins optimistes.

Le 11 mai marquera le début du déconfinement en France. A cette date, en fonction de la circulation du virus, des capacités hospitalières en réanimation et du système local de tests virologiques, chaque département sera placé en zone rouge, orange ou verte. Mais dans toute la France, les citoyens pourront à nouveau se déplacer sans attestation dans un rayon de 100 km autour de chez eux, les salariés retourneront au travail et les écoles rouvriront partiellement, ainsi que la plupart des commerces.

Trois armes seront alors utilisées afin de lutter contre le coronavirus SARS-CoV-2 : des campagnes massives de dépistages, l’isolement des personnes contaminées et la recherche des personnes récemment en contact avec eux grâce à des équipes humaines ou des moyens technologiques, sans oublier les habituelles mesures barrières comme la distanciation sociale et le port du masque. Mais la réussite de la mise en oeuvre de cette stratégie dépendra de nombreux facteurs, dont la plupart demeurent incertains.

Une stratégie encore floue

Ce vendredi 7 mai, le ministre de la Santé Olivier Véran a diffusé pour la première fois une carte de France des capacités par département en tests virologiques. Toute la France est en vert, ce qui signifie que « la capacité de dépistage est aujourd’hui au niveau des besoins estimés », soit 700 000 tests par semaine. Pourtant, des doutes persistent sur ces capacités. Les laboratoires d’analyses semblent « prêts », comme indiquait à L’Express Bernard Binétruy, directeur de recherche à l’Inserm. Mais la capacité de la France à se procurer les kits qui permettent les prélèvements n’est pas certaine, puisqu’ils ne sont pas produits sur le sol national et dépendent donc des importations.

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La mise en place de la recherche des contacts des personnes contaminées (contact tracing) pose également question. Ce travail devrait être réalisé par les « brigades sanitaires » qui seront formées par les médecins de ville, l’Assurance maladie et les Agences régionales de santé. 4000 agents médicaux et administratifs seront déployés, mais ils pourraient être plus de « 100 000 », selon Olivier Véran, qui intègre dans ce calcul « l’ensemble des professionnels de santé ». Ces derniers pourront-ils absorber cette charge de travail supplémentaire alors que la crise en cours a déjà surchargé les calendriers ? Quant à l’anticipation de l’intelligence collective de la population et sa capacité à respecter la distanciation sociale, les gestes barrières et les mesures d’isolement, elle est impossible. Sans oublier que de nombreuses questions entourant le coronavirus et la maladie qu’il provoque restent sans réponse.

Plusieurs études épidémiologiques tentent de prévoir le futur

En prenant en compte ces différents facteurs et inconnues, de nombreux épidémiologistes – les spécialistes de la diffusion des maladies dans les populations -, ont construit des modèles mathématiques permettant d’anticiper les potentiels futurs scénarios. Une étude prépubliée par des modélisateurs du Public Health Ex-pertise, mercredi 6 mai, estime que les mesures du gouvernement seront insuffisantes et qu’en l’absence de mesures de protection renforcées pour les personnes les plus vulnérables, il sera impossible d’éviter une nouvelle vague épidémique et un nouveau pic de mortalité. Selon une autre étude prépubliée par une équipe internationale, il serait possible de l’éviter, mais à condition de détecter et d’isoler 50% des malades ainsi que 40% de leurs « proches contacts ». Selon ces travaux, cela reviendrait à confiner environ 9% de la population, ainsi qu’un contact tracing extrêmement efficace. Un défi de taille.

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Des scientifiques de l’université du Minnesota, aux États-Unis, ont de leur côté publié une analyse dans laquelle ils décrivent trois scénarios distincts. « Notre but est d’aider les décideurs à envisager certaines des situations qui pourraient se présenter plus tard cette année ou l’année prochaine afin qu’ils puissent prendre des mesures dès maintenant, pendant qu’il est encore temps », explique Michael Osterholm, épidémiologiste à l’université du Minnesota (Etats-Unis) et principal auteur de ces travaux. Pour mener cette analyse, son équipe et lui se sont basés sur l’observation d’autres coronavirus moins pathogènes, comme les bêta coronavirus OC43 et HKU et des pandémies de grippe dont H1N1, H2N2 ou la grippe A. Selon leurs calculs, il est « probable » qu’à mesure que la pandémie s’atténuera, SRAS-CoV-2 continuera à circuler dans la population humaine selon un schéma saisonnier : une accalmie en été et un renforcement en hiver. « Mais quel que soit le scénario, nous devons nous préparer à subir de 18 à 24 mois d’activité significative du COVID-19, avec l’apparition de points chauds dans diverses zones géographiques », écrivent les scientifiques. Soit jusqu’à fin 2021 au minimum.

Une série de vagues épidémiques pendant 1 à 2 ans

Dans ce premier scénario, les chercheurs prévoient que la première vague de COVID-19 au printemps 2020 sera suivie par une série de vagues similaires diminuant très progressivement jusqu’à début 2022. Si aucune pandémie de grippe n’a jamais suivi ce schéma, le Covid-19 pourrait le faire pour deux raisons. La première est biologique. Les coronavirus sont des champions de la survie et si leur circulation peut diminuer, ils ne disparaissent que très rarement – l’épidémie de SRAS en 2002-2004 faisant figure d’exception.

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La deuxième vague en partant de la gauche correspond au pic de février-mars 2020, la deuxième correspondrait à l’automne 2020, puis mars 2021, automne 2020, jusqu’à mars 2022.

MICHAEL OSTERHOLM/UNIVERSITY OF MINNESOTA

L’autre raison est sociologique. Il n’est pas certain que les sociétés humaines soient capables de supporter ou de résister à un nouveau confinement et à ses conséquences économiques. Dès lors, si des mesures restrictives pourraient être maintenues afin d’aplatir la courbe au maximum, des pays pourraient choisir de privilégier leur économie. Cela engendrerait des pics inévitables, qui pourraient être maîtrisé par des mesures d’atténuation périodiques, comme des confinements de quelques semaines tous les six mois.

Scénario 2 : un tsunami en hiver 2020

Cette fois, les chercheurs imaginent que le premier pic épidémique est suivi par une vague encore plus importante lors de l’automne-hiver 2020. Ce scénario correspond à celui observé lors de la pandémie de grippe espagnole entre 1918 et 1919 (H1N1) pendant laquelle la première vague de mars 1918 s’est atténuée pendant les mois d’été, avant de repartir violemment lors de l’automne 1918. Un troisième pic, mineur celui-là, avait également été observé à l’hiver 1919. D’autres pandémies ont connu des parcours similaires, précisent les chercheurs américains : celle de grippe asiatique entre 1956-1958 (H2N2) ou encore celle de la grippe A, entre 2009-2010.

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La deuxième vague en partant de la gauche correspond au pic de février-mars 2020, la troisième vague « tsunami » arriverait en octobre novembre 2020, la troisième en novembre décembre 2021.

MICHAEL OSTERHOLM/UNIVERSITY OF MINNESOTA

Dans ce scénario, « les mesures d’atténuation devront être rétablies dès l’automne afin de tenter de réduire la propagation de l’infection et d’éviter que les systèmes de santé ne soient débordés », indiquent les chercheurs. L’épidémie prendrait fin grâce au développement rapide d’une immunité collective, qui implique que 60 à 70% de la population développe une immunité naturelle suite à l’infection. Dans le cas du Covid-19, deux problèmes se posent : la communauté scientifique est de plus en plus certaine qu’une infection au SARS-CoV-2 engendre une immunité naturelle – soit la production d’anticorps neutralisant et ke développement d’une mémoire immunitaire -, mais personne ne sait combien de temps elle dure. Ensuite, une deuxième vague de cette taille ne pourrait pas être absorbée par le système de santé. Le taux de mortalité, estimé à 0,5% quand les hôpitaux ne sont pas débordés, exploserait alors. Si ce scénario se produisait, il pourrait provoquer entre 200 000 et 400 000 morts en France.

Scénario 3 : des vaguelettes maîtrisées

Ce dernier scénario imagine une « combustion lente » de la pandémie jusqu’à avril 2022. Là encore, ce schéma n’a jamais été observé lors de pandémies de grippe antérieures, mais il n’est pas totalement impossible pour le COVID-19. « Ces vaguelettes correspondent à un consensus émergent selon lequel ce coronavirus serait en partie saisonnier mais ne serait pas éliminé par les fortes températures ni l’humidité », soulignent les auteurs.

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MICHAEL OSTERHOLM/UNIVERSITY OF MINNESOTA

Si ce schéma ne nécessitera pas le rétablissement des mesures d’atténuation et permettra sans doute l’ouverture des plages et des bars, les lieux de forte densité, comme les salles de concert, resteront probablement fermés. La distanciation sociale sera également maintenue pendant des mois, tout comme le port du masque. Ainsi, même dans ce scénario optimiste, l’impact de la pandémie sur certains secteurs d’activité restera extrêmement important.

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