MEMORABILIA

Didier Raoult : « Les hommes politiques sont tous des hologrammes » (1) L’Express.

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LE GRAND ENTRETIEN

L’Express

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Propos recueillis par Thomas Mahler et Anne Rosencher,

ÉPISODE 1. Dans un entretien musclé avec L’Express, l’infectiologue parle de l’hydroxychloroquine, des médias (qu’il étrille), de ce qu’il incarne, d’Onfray, de Nietzsche et de Macron.

L’EXPRESS Depuis le début de l’épidémie, vous êtes devenu l’enjeu de batailles d’opinion, jusqu’à Donald Trump, qui vient de déclarer qu’il prenait de l’hydroxychloroquine en préventif. Etes-vous un objet politique consentant ?

Didier Raoult : Oh, tout est objet politique. Je crois que je représente quelque chose d’un choc qui secoue le monde en ce moment : c’est-à-dire qu’on vient vous disputer le monopole de la parole. Ce « droit de dire » dont vous jouissiez – notamment vous, les médias -, on vous le dispute, on vous le vole. On s’en fout de vous. Maintenant, on dit les choses nous-mêmes.

Qui « nous » ?

Nous, les réseaux sociaux, YouTube… Prenez le site Our World in Data, qui est une mine d’informations. Il compare, par exemple, aux Etats-Unis, les causes réelles de la mortalité et leur écho dans les médias. Le terrorisme, les homicides et les suicides ne sont responsables que de 2 % de la mortalité, mais ils représentent 70 % de l’information sur les morts dans le Guardian ou le New York Times, contre 30 % sur Google. C’est une distorsion de la réalité, et cela signifie que des journaux comme le Guardian et le New York Timesmentent plus que le numérique.

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Les réseaux sociaux n’ont peut-être pas les biais institutionnels des « sachants », mais on y retrouve aussi les pires complots… La désintermédiation n’est pas sans risque, non ?

Je suis pour la liberté. Sur les réseaux sociaux, il y a le pire mais aussi le meilleur. Tandis que, dans la presse traditionnelle, il n’y a pas le meilleur. C’est tout juste du moyen ou du médiocre. C’est le mainstream, et ce n’est pas intéressant. Tout le monde voit que vous êtes en chute libre. Quand je fais une vidéo, j’ai trois fois le tirage du Monde. Il faut regarder la réalité en face. Une partie de l’agressivité des médias traditionnels est, je pense, liée au fait qu’on lui vole actuellement son rôle. La seule force qu’avaient les médias, c’était la crédibilité, mais ils l’ont abandonnée. Alors, oui, peut-être qu’en ce sens je représente quelque chose. Je suis d’accord avec l’idée du héros de Hegel. Je pense que, à certains moments, il y a quelqu’un qui représente la nécessité de la raison pour changer les choses. Comme Greta Thunberg, qui, à un moment, a cristallisé l’idée qu’il y avait quelque chose à faire sur le plan du climat. Les ruses de l’Histoire font croire que c’est quelqu’un qui provoque le changement. Mais c’est simplement que les hommes ont besoin de figures pour incarner les évolutions.

Vous êtes un de ces « héros » ?

Ce n’est pas à moi de dire ça. Honnêtement, je suis moi-même surpris par l’ampleur prise par cette affaire, alors que je fais juste mon métier. Nous sommes dans une société qui est devenue si areligieuse que la science elle-même est assimilée à une religion. Si on veut mettre un terme à un débat, on dit : « C’est scientifique. » Mais scientifique, ça ne veut rien dire ! Il n’y a pas de « communauté scientifique », il n’y a pas d’unanimité.

« L’épidémie sera terminée qu’on n’aura toujours pas les résultats… »

Dans vos livres, vous ne cessez de vouloir ramener de la raison et des chiffres par rapport au sensationnalisme des médias, rappelant par exemple que les maladies font de moins en moins de victimes. Vous voilà pourtant le personnage principal d’un épisode complètement fou et irrationnel…

Je ne suis pas d’accord avec cette interprétation : l’irrationalité, elle n’est pas de mon côté. Si vous reprenez le livre Simulacre et Simulation, de Jean Baudrillard, il annonçait en 1981 ce qui se passe aujourd’hui. Ce n’est plus simplement une distorsion entre ce que rapportent les médias et des faits tangibles, cela devient complètement déréalisé. Comment peut-on inventer qu’un des médicaments les plus prescrits soit un truc effroyablement toxique ? On l’a tellement répété du matin au soir qu’on a basculé dans la folie. Le Doliprane, première cause d’intoxication au monde, est bien plus dangereux que l’hydroxychloroquine ! Il n’y a plus d’accès à la vérité parce que les journalistes ne travaillent pas assez. Plutôt que de regarder les chiffres, ils relaient de ce que dit l’AFP, qui s’est renseignée auprès du ministère. Vous savez bien comment cela fonctionne. Les rares fois où je lis des journaux, quand je prends l’avion, ils disent tous la même chose. Pourquoi les gens ne croient-ils plus ni les journalistes ni les politiques ? En revanche, ils ont confiance en nous, les docteurs.

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Mais ce ne sont pas les journalistes qui vous ont attaqué bille en tête ! Ce sont des agences de santé et des confrères « docteurs » qui ont invité à la prudence sur les risques et bénéfices de votre remède…

Vous confondez les docteurs avec des gens qui ont fait des études de médecine, ce qui n’a rien à voir. Parce que vous n’êtes pas assez malins, vous vous êtes fait intoxiquer. Les experts qui donnent leur avis sur cette question – et qui ont du temps libre parce qu’ils ne travaillent pas – sont des méthodologistes. Pour une épidémie courte et limitée dans le temps comme l’est le Covid-19, ils réfléchissent comme s’il s’agissait du sida. D’ailleurs, toutes les études qui ont été faites sur le sida depuis vingt ans ne servent à rien du tout, c’est du pipeau, car on traite parfaitement les gens. Cela ne sert qu’à vendre des médicaments. Ces spécialistes des maladies infectieuses pratiquent ainsi des essais randomisés [NDLR : une étude comparant un groupe qui bénéficie d’un traitement avec un autre qui reçoit un autre traitement, un placebo ou aucun traitement, et dont la répartition se fait de façon aléatoire] pour savoir si ça fait un peu moins creuser les joues du patient. Tout cela, ce n’est pas de l’efficacité, mais du confort et de l’amélioration. Mais, avec le Covid-19, c’est complètement idiot de vouloir des essais cliniques randomisés. L’épidémie sera terminée qu’on n’aura toujours pas les résultats…

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Vous êtes parmi ceux qui, depuis le début de l’épidémie, relativisent son impact sur la mortalité. Mais, d’un autre côté, vous affirmez qu’il faut s’affranchir des pesanteurs de la méthodologie parce qu’il y a une urgence sanitaire… N’est-ce pas contradictoire ?

Ecoutez. A Paris, des quadragénaires sont morts. A Marseille, il n’y en a pas. Vous vous en foutez ? A un moment, vous n’êtes plus sur Terre. Vous êtes ailleurs. Nous, à l’IHU, on a eu un mort de moins de 70 ans qui avait reçu le traitement hydroxychloroquine et azythromycine, et aucun au-dessous de 60 ans. A Paris, la moitié des gens décédés du Covid-19 avaient moins de 70 ans. C’est honteux. Dans la région parisienne, il y a eu plus de morts pour 12 millions d’habitants qu’à Wuhan, où il y a le même nombre de personnes. Vous êtes lucides là-dessus ?

Il y a de nombreux facteurs qui peuvent entrer en compte dans cette différence de mortalité entre Paris et Marseille. A Marseille, bien plus de tests ont été réalisés, la densité et les flux ne sont pas les mêmes et la ville a été touchée plus tard…

Tout ça ce ne sont que des arguments. Vous racontez une connerie de plus parce que vous ne regardez pas les données. On m’a dit que je traite les jeunes qui ne meurent pas. Sauf qu’à Paris il y en a qui meurent ! Chez nous, non. Que vous vous fichiez qu’il y ait eu 2 000 morts de plus à Paris, c’est votre problème, ce n’est pas le mien. Il faut arrêter d’être des imbéciles. Bien sûr, on meurt tous à la fin, mais aucun de nous n’est pressé. La mort à 40 ans, ce n’est pas la même qu’à 90 ans. C’est sidérant que vous posiez de telles questions. Cela montre le degré de bêtise auquel on est arrivé. Depuis le XIXe siècle, les maladies infectieuses, on sait ce que c’est. On en fait le diagnostic et on les traite quand on peut. Tous les médecins soignent les malades. C’est la première fois que j’entends dire pour une maladie : « Vous restez chez vous, on ne vous soigne pas. » C’est effrayant. Un docteur a le devoir de soigner. Même si vous n’avez pas de traitement adéquat, il faut soigner – et en particulier pour cette maladie sur laquelle personne n’a travaillé. Par exemple, avec le Covid-19, l’essoufflement apparaît bien plus tardivement que dans d’autres maladies, juste au moment où vous êtes proche de la détresse respiratoire, ce qu’on appelle l’hypoxie heureuse. Vous n’avez plus d’oxygène, mais vous ne vous en rendez pas compte, parce que vous n’êtes pas essoufflé. Nous, on fait des scanners. Chez 70 % des gens qui n’avaient pas de signaux respiratoires, il y a des lésions pulmonaires graves. Si vous n’examinez pas les malades, vous ne pouvez pas le savoir.

« La seule chose qui m’importe, c’est l’estime de moi-même »

N’y a-t-il pas un malentendu autour de votre image ? Vous êtes plus populaire au sein de l’extrême droite, de l’extrême gauche ou chez les gilets jaunes. Mais, quand on lit vos ouvrages, on voit que vous êtes pro-progrès, pro-mondialisation, pro-immigration, pro-initiative individuelle, et pas vraiment obsédé par l’égalité…

Je suis libertaire. Mais je ne sais pas qui me soutient, et je m’en fous. Vous croyez que ma popularité m’intéresse ? Absolument pas. Je suis un stoïcien, et la seule chose qui m’importe, c’est l’estime de moi-même. Je fais trois métiers. Je suis médecin. Ce matin, j’ai fait des consultations et vu mes malades. Mon rôle est qu’ils soient satisfaits. Je suis enseignant, et mon rôle est de former des gens. J’apprends à mes étudiants à réfléchir. Enfin, je suis chercheur. C’est le temps qui déterminera ma place. On verra bien, de toutes les choses que j’ai découvertes, ce qui restera dans trente ans. Mais ça va, je suis rassuré. Pour tout le reste, c’est mon problème à moi. Je suis content quand on me fait des cadeaux, je suis comme tout le monde, je préfère les compliments aux coups de pied au cul. Mais ça ne me fait moralement pas plus que ça. Cela ne change rien. Dans ce pays, il y a des jalousies inouïes chaque fois que vous réussissez. Vous, les journalistes, on voit bien que vous êtes meilleurs en football qu’en sciences. Vous allez arriver à faire la différence entre Zidane et un gardien de but de deuxième division. Mais, pour la science, vous en êtes incapables.

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Vous êtes élitiste, alors que beaucoup de ceux qui vous soutiennent détestent l’élite…

Mais je m’en fous de qui me soutient ! Vous allez me reposer la question vingt fois ? En revanche, oui, je suis un grand élitiste. D’ailleurs, les élites s’en vont de ce pays. Si vous faisiez votre travail, vous vous rendriez compte qu’en médecine, et en particulier à Paris, c’est un désastre. Tous les mecs que je connaissais qui étaient bons là-bas sont partis. Au mieux, on vous sera d’aucun gré d’être devenu une star dans votre domaine. Au pire, on vous emmerdera. Je vais vous raconter une anecdote. En France, quand Philippe Lazar [statisticien et directeur général de l’Inserm de 1982 à 1996] a pris la tête de l’Inserm, il a décidé que plus personne ne pouvait diriger une unité de recherche plus de douze ans. Il a ainsi foutu dehors, au milieu de leur mandat, le seul Prix Nobel en activité en France, Jean Dausset, Georges Mathé, qui fut un pionnier de l’immunothérapie, et Alexandre Minkowski [fondateur de la néonatalogie en Europe]. Ça, c’est la France. Je me suis disputé avec Yves Lévy quand il était à la tête de l’Inserm. Ce n’est pas que lui : quand on devient directeur de quelque chose ou ministre, il y a une hubris hallucinante, alors qu’un ministre de la Santé ou de la Recherche est en place en moyenne deux ans et demi. S’il vous emmerde trop, vous attendez qu’il cède sa place. Lévy, c’était la même chose. Il voulait me donner des ordres. Mais nous, les PU-PH [professeurs des universités-praticiens hospitaliers], sommes les hommes les plus libres du monde. Au pire, on va à l’étranger. Quand on a un niveau comme celui-là, vous allez où vous voulez.

Il y a une fuite des cerveaux de Paris. Le niveau actuellement des gens au Collège de France, comparé à son passé, c’est inouï. Il faudrait y mettre Piketty et Todd. A l’époque, ils sont allés chercher Bourdieu et Foucault. Il va bien falloir se rendre compte de ce déclin parisien, et comprendre que 2 millions d’habitants, qui ne sont pas meilleurs que d’autres, ne peuvent pas gérer 65 millions de personnes. Il faut partager les responsabilités et les champs de connaissance. Ce n’est plus Versailles.

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« Je suis d’accord avec l’idée du héros de Hegel. […] A certains moments, il y a quelqu’un qui représente la nécessité de la raison pour changer les choses. Comme Greta Thunberg, qui, à un moment, a cristallisé l’idée qu’il y avait quelque chose à faire sur le plan du climat », estime Didier Raoult. (Près de son bureau, un tableau épique représentant l’IHU protégé par Poséidon.)

Benjamin Béchet / L’EXPRESS

Les erreurs politiques commises durant cette crise sanitaire doivent-elles être jugées devant les tribunaux, ou cette judiciarisation – y compris dans le domaine médical – vous inquiète-t-elle ?

Je suis pour les contre-pouvoirs dans une démocratie. Mais c’est parce que la presse ne joue pas suffisamment ce rôle qu’émerge un autre contre-pouvoir, qui risque de se substituer à elle si la presse ne retrouve pas sa crédibilité. C’est ça le problème. Je me suis retrouvé étiqueté comme faisant des fake news, tout ça parce que je rapportais ce qui se passait en Chine. Cette dénonciation des fake newssignifie que quelqu’un aurait le monopole de la vérité. Or, quand on a besoin de faire savoir qu’on a le monopole de la vérité, c’est qu’on ne l’a déjà plus. Et, pour en revenir à votre question, c’est plus l’inverse qui m’inquiète. Je n’avais jamais vu quelque chose comme l’interdiction de l’hydroxychloroquine. Interdire aux médecins de soigner avec un médicament anodin, c’est inédit, alors même que l’Etat a été incapable d’organiser des tests de dépistage. Vous pouvez croire ce que vous voulez, et d’ailleurs je m’en fous, mais vous ne pouvez pas dire qu’un médicament qui est autorisé dans la moitié du monde ne puisse pas être utilisé en France. C’est farfelu. Déjà, je n’étais pas content de l’obligation de vaccination, qui avait été faite dans une logique stalinienne.

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Mais l’obligation vaccinale a un peu restauré la confiance des Français dans les vaccins…

Ce n’est pas vrai. La couverture vaccinale avait déjà été restaurée auparavant. Le vrai problème en France, c’est Kouchner, qui, ministre [dans le gouvernement de Lionel Jospin], avait recruté Lucien Abenhaim pour essayer de démontrer que la sclérose en plaques était liée au vaccin contre l’hépatite B, en vain. Quelle faute politique ! Le directeur général de la santé Joël Ménard, opposé à l’arrêt de ce vaccin, avait démissionné. Quand j’ai essayé de les avertir, on a dit que Raoult était un suppôt de l’industrie vaccinale.

En revanche, la vaccination contre la varicelle est recommandée depuis vingt ans aux Etats-Unis, et il n’y a pratiquement plus de varicelle là-bas. Celui contre le rotavirus est recommandé en Angleterre, et cela a fait diminuer d’un tiers les hospitalisations des enfants pour gastro-entérites. Quant à la grippe, cela fait depuis bien longtemps qu’on vaccine les enfants dans ces pays, parce que ce sont eux qui la véhiculent, tandis que nous, nous vaccinons les vieux, en sachant qu’après 70 ans ce vaccin marche de moins en moins. Commençons par faire de la science avant de faire de la politique ! En France, on peut condamner à la prison à sursis des gens qui n’ont pas voulu faire vacciner leur gosse à 3 mois contre la polio, le tétanos ou la diphtérie, en sachant que ces maladies ne sont pas présentes ici chez les enfants. On applique juste un principe, alors que ce n’est pas un intérêt médical et épidémiologique. Je ne suis pas d’accord avec ça. Pour Alain Fischer [l’immunologue qui a influencé la nouvelle politique de vaccination], la contrainte est la manière de penser. Ce n’est pas la mienne. Je crois d’abord à l’augmentation de la connaissance. Le politique prend ensuite sa décision, et c’est la sienne, en fonction de ses connaissances. Mais la tendance, de plus en plus, est à l’ingérence du politique dans la médecine. Puisqu’ils ne font plus la guerre et n’ont plus d’argent, les politiques font de la médecine. Ils ont ainsi décidé de cette obligation vaccinale plutôt que de faire de l’information qui soit propre et correcte.

« Je suis une caricature de Français »

Vous avez rejoint la revue Front populaire de Michel Onfray, qui est souverainiste et antilibéral… A priori, pas votre univers de pensée…

Je me fiche des idées politiques des gens. Je n’ai pas d’idéologie, et vous ne pouvez me caser nulle part. C’est d’ailleurs ce qui irrite. Ma famille était très investie dans la guerre et la Résistance. J’ai donc été gaulliste, ce qui m’évite de choisir lors d’une élection. Cela dit, je ne suis pas sûr que celui pour qui je vote fasse mieux que celui en face. [Rires.] Je vote parce que je pense que la démocratie, c’est important : cela permet au moins de changer quelqu’un qui est trop mauvais.

Pour revenir à Onfray…

Il y a des choses qu’il partage avec moi, par exemple : cette influence nietzschéenne extrêmement importante que je sens chez lui…

Pourquoi Nietzsche est-il si important ?

Ecoutez, c’est que vous n’avez jamais lu un livre de votre vie. C’est le philosophe le plus génial de tous les temps. Si vous ne vous rendez pas compte de ça, c’est que vous ne l’avez pas lu. C’est incroyable de lucidité. Juste un exemple, tenez. Il dit : les gens exceptionnels pensent que les gens médiocres les détestent parce qu’ils sont jaloux. Mais c’est faux : ils pensent qu’ils sont superflus. A part dans le football, peut-être, personne ne pense que quelqu’un est meilleur que lui. Il n’y a que dans Nietzsche que vous pouvez trouver ça. C’est là la source de la réflexion pour moi, et en particulier de la réflexion sur la science.

Est-ce que vous endossez la lecture de Michel Onfray selon laquelle votre remède est critiqué parce qu’il ne coûte pas cher et que ça dérange les puissances de l’argent ?

Encore une fois, je n’endosse rien du tout. J’aime bien les gens qui existent. Michel Onfray existe… Il n’y a pas grand monde qui existe pour dire la vérité. Il a une nature, il a quelque chose à dire.

C’est une question de type humain ?

Pas de type humain, c’est ce qu’il dit qui est intéressant. Son physique honnêtement, cela ne m’intéresse pas beaucoup. [Rires.] Ce n’est pas mon style…

Ce n’était pas dans ce sens-là. D’ailleurs, est-ce qu’il n’y a pas de ça chez vous ? Est-ce que vous n’incarnez pas un type humain, le docteur français au franc-parler…

Si, je suis d’accord avec cela. Je suis une caricature de Français. Tout le monde le voit. Qui sont nos héros ? Moi, quand j’étais petit, je voulais être Bayard, d’Artagnan, Cyrano de Bergerac. C’est ça, nos héros : ne pas avoir peur, le panache… C’est ce qu’on aime ! C’est la France, c’est comme ça.

Vous avez déclaré que, pour la revue de Michel Onfray, vous alliez aussi vous occuper de « l’Etat profond« . Le terme n’est pas anodin…

Je crois que nous vivons une période de l’Histoire qui est l’équivalent de la Renaissance : une bascule du monde. A la Renaissance, l’Europe s’est mise à dominer le monde pour cinq siècles. Je pense que c’est la fin. Les Etats-Unis s’en sortiront peut-être – c’est tellement mélangé là-bas, qu’il y a des ressources étonnantes – mais nous, oui, nous, l’Europe de l’Ouest, nous nous retirons petit à petit et par étapes. Nous ne sommes pas devenus des empires qui partagent. C’est significatif au reste : quand on a commencé à parler d’Hexagone au lieu de parler de France, cela voulait dire quelque chose ! On ne considère plus que l’Hexagone, c’est la métropole : on considère que c’est la France. Petit à petit, l’Europe de l’Ouest est en train de perdre son leadership. Elle a perdu son leadership scientifique, c’est très évident. Les Chinois sont bien meilleurs que nous. Et nous n’avons par ailleurs strictement aucune autonomie. Vous voulez des masques ? Il faut demander en Chine ! Vous voulez de gants ? Il faut demander en Chine. Des médicaments ? Il faut demander en Inde. On ne produit plus rien. Et ce qui effrayant, en revanche, c’est la proportion du tertiaire. On est passé de 20 % à 80 % de tertiaire. On ne sait plus rien faire, à part produire des administratifs ou des gens qui jouent avec de l’argent.

C’est pour les administratifs que vous avez dit « Etat profond » ?

Je ne sais pas si j’ai dit « Etat profond ». En tout cas, il y a un vrai problème, c’est que nous n’avons plus l’esprit de production. Médicalement, on assiste depuis un siècle et demi à un enjeu extraordinaire : l’espérance de vie, qui n’avait quasiment pas changé depuis aussi loin que l’on remonte (période de crises mises à part), s’est spectaculairement allongée, pour atteindre 81 ans. Mais c’est fini, on ne fera pas mieux. Tout de même ça, c’est un tournant. C’est-à-dire que l’on n’a pas mieux, et on n’est pas sûr d’en avoir besoin. Du coup, que fait l’industrie pharmaceutique ? Que font les gens qui font des essais thérapeutiques ? On a même inventé une méthodologie qui s’appelle les « effets de non infériorité », c’est-à-dire qu’on sait que cela ne sert à rien avant de commencer. On essaie de démontrer « que ce n’est pas pire », comme disent les Québécois, que ce qui existe déjà. C’est un tournant !

« Pour moi l’un des plus grands philosophes du XXe siècle c’est Philip K. Dick »

Vous avez écrit : « L’unanimité n’est jamais raisonnable. » Pourquoi détestez-vous tant le consensus, au point de dire que « le consensus, c’est Pétain » ?

Vous savez que dans un tribunal rabbinique, s’il y a unanimité lors d’un vote, on revote ? Je suis d’accord avec ça ! Pour que 10 personnes pensent la même chose sur une question, c’est soit qu’elles n’ont pas compris la question, soit qu’elles sont achetées, soit qu’il n’y a pas de question.

Il y a la question du consensus et la question de la science. Est-ce que vous récusez la notion de « vérité scientifique » ?

C’est un truc pour les enfants, ça, la vérité scientifique ! Combien font un et un ?

Comme ça, on serait tenté de vous répondre deux…

Eh bien, dans l’ordinateur, ça fait 10 [Didier Raoult fait référence au système binaire]. C’est un système différent. La vérité scientifique, c’est quelque chose qui est vrai à un moment donné dans des circonstances données avec un niveau de connaissances donné. Brecht fait dire à Galilée : « La science est fille du temps. » Quand vous lui demandez comment il voit le monde, un physicien vous explique que, quand on fait de la physique quantique depuis longtemps, on pense qu’il y a plusieurs passés et plusieurs présents. C’est tout le génie et la liberté intellectuelle des gens de science-fiction – l’école de Palo Alto – qui ont pressenti cette façon de voir le monde. Pour moi, l’un des plus grands philosophes du XXe siècle, c’est Philip K. Dick : il a vu que la politique, par exemple, ressemblerait de plus en plus à un simulacre, dans lequel vous avez des hommes et des femmes qui sont des hologrammes…

Des hologrammes ?

Oui ! Depuis trois quinquennats, je trouve que le casting, c’est des hologrammes. Il faut tant de femmes, tant de couleurs… Ce qui compte, ce n’est pas la compétence, mais la photo sur le perron de l’Elysée ! Alors vous avez des hologrammes dotés de cabinets d’énarques qui bidouillent un peu ce qu’ils veulent. J’ai assisté à au moins deux épisodes de ces castings, j’en suis resté sidéré. Ce n’est pas nouveau : Berlusconi faisait ça, mais c’était beaucoup plus franc !

Ah mais vous avez la photo de Macron dans votre bureau…

J’ai tout le monde ! [Il montre une série de quatre photos encadrées et disposées à la verticale, le représentant avec Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron.] C’est un hommage à mon père, car j’ai la photo de lui avec de Gaulle. [Cette fois, il montre un petit cadre posé sur la bibliothèque.] Moi, j’ai fait avec ce que j’avais sous la main, hein !

Et Emmanuel Macron, c’est un hologramme ?

Entendons-nous : la raison pour laquelle Dick les décrit comme des hologrammes, c’est que la société a atteint un degré de complexité dans lequel vous avez besoin d’un représentant, mais ce dernier ne peut en réalité pas gouverner. Pour les 50 ans des Echos, ils ont fait toute une série de courbes, vous allez pouvoir retrouver cela, vous êtes des journalistes. [Rires.] Et ils montraient que, contrairement à l’impression que nous avions, les politiques ne jouaient aucun rôle dans la cinétique de ce qui se passe. Rien. On a par exemple l’impression que c’est Mitterrand et Jospin qui ont réduit le temps de travail ; en réalité, c’est une courbe descendante sans eux. Il n’y a pas d’accident de parcours. Ce n’est pas Macron qui est un hologramme : ce sont tous des hologrammes ! Il y a une évolution des sociétés qui est indépendante des choix politiques et qui est caractérisée par une certaine aversion du risque. Je comprends. Dans une société dans laquelle on vit très longtemps et dans laquelle on est globalement riches, on ne voit pas trop pourquoi prendre des risques s’il n’y a pas de réels bénéfices relatifs à escompter. C’est la raison pour laquelle dans les pays où il y a plus à gagner – comme en Asie actuellement – les gens prennent plus de risques.

Cet entretien a été réalisé avant la publication, par The Lancet, de la vaste étude observationnellequi conclut à l’absence de bénéfice de l’hydroxychloroquine ou de la chloroquine pour les malades du Covid-19, mais pointe une mortalité plus élevée et un risque accru de troubles du rythme cardiaque, notamment pour l’association hydroxychloroquine et azythromycine défendue par Didier Raoult. Il a par conséquent également été réalisé avant que le ministre de la Santé, Olivier Véran, ne demande une révision des règles dérogatoires de prescription de ce traitement.

2 Replies to “Didier Raoult : « Les hommes politiques sont tous des hologrammes » (1) L’Express.”

  1. J’ai lu l’ensemble de l’interview, et tout ce que je peux apporter a ce commentaire et le fait suivant: Un l’encre de ma famille sur Marseille a été diagnostiqué covid19. L’hôpital de la Timone l’a traité immédiatement avec la molécule l’hydroxychloroquine. Miracle ou pas elle s’en est sortie sans dommage ni séquelle. Voilà un constat qui ne prête a aucune contestation. Salutations, Robert

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