MEMORABILIA

MONTREAL et «Le fantasme progressiste de la cité-État».

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CHRONIQUE – À force de ne résister à rien, la droite intériorise les exigences de la gauche, et se justifie au nom de la modernité et du pragmatisme.

Par Mathieu Bock-Côté
Le FIGARO.

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/mathieu-bock-cote-le-fantasme-progressiste-de-la-cite-etat-20200529

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– Charismatique et joviale, Valérie Plante, la mairesse de Montréal, pourrait passer pour la cousine survitaminée d’Anne Hidalgo. Elle n’en demeure pas moins une idéologue de gauche inflexible. Depuis son élection, en novembre 2017, elle a cherché à convertir la métropole québécoise en laboratoire du néoprogressisme. Sans surprise, elle ne cache pas son hostilité aux automobilistes. Mais l’essentiel est ailleurs.

 

En 2018, elle avait envisagé, avant de reculer, la mise place d’une brigade anti-rumeurs, censée surveiller les conversations des citoyens pour contenir la diffusion des discours critiques sur l’immigration. Adepte du multiculturalisme, elle présentait récemment dans un clip vidéo une vision de l’histoire de Montréal gommant complètement ses origines françaises, en plus de multiplier les discours remettant en question la légitimité de la présence européenne en Amérique. Les Québécois sont de trop chez eux. La mauvaise conscience occidentale touche là son paroxysme.

Controverse

La dernière initiative de l’administration Plante a toutefois suscité une certaine controverse chez le commun des mortels. On apprenait ainsi à la mi-mai qu’au nom de la lutte contre la «suprématie du masculin sur le féminin» dans la langue française, la ville se convertira formellement à l’écriture inclusive, et plus particulièrement, à l’écriture épicène. Il existe une sociologie féministe paranoïaque, devenue la norme universitaire, qui veut renverser un patriarcat depuis longtemps effondré, mais qui se montre étrangement silencieuse devant le voile islamique, normalisé au nom de la diversité.

Il s’agira de remplacer autant que possible les marqueurs «genrés» dans la langue, comme si elle devait intérioriser les prescriptions de la théorie du genre, pour abolir la différence sexuelle. Comme le dit la ville dans un document officiel, «au XXIe siècle, il est temps de revoir notre façon de s’exprimer pour assurer l’inclusion des divers types de genre humain».

 

Radio-Canada donnait un exemple de cette nouvelle manière d’écrire : «Au lieu de dire, par exemple: “La Ville recherche un responsable de la communication non genrée”, il faudrait dire ou écrire: “La Ville cherche responsable de la communication non genrée”», sans l’article défini «un». N’oublions pas non plus l’usage du loufoque point médian qui hachure les mots au point de rendre les phrases illisibles.

Dans la jeune génération, victime d’un conditionnement idéologique sans précédent, cette manière d’écrire se normalise. Les fonctionnaires municipaux devront se soumettre à des séances de formation linguistique, pour apprendre à écrire la novlangue féministe. On devrait plutôt parler de séances de rééducation. On sourira en pensant qu’il suffira d’écrire correctement, en respectant les règles de la langue française et non pas celles de la novlangue, pour entrer en dissidence contre l’administration montréalaise. Il suffira d’écrire un français convenable pour devenir réactionnaire!

Orwell l’avait bien vu, qui contrôle le sens des mots domine ensuite la vie de l’esprit.

Orwell l’avait bien vu, qui contrôle le sens des mots domine ensuite la vie de l’esprit. C’est ainsi qu’on doit comprendre cette tentative de conquête du langage. Le progressisme cherche à soumettre la totalité du réel à sa logique. Rien ne doit lui échapper. On y verra une idéocratie, pour le dire avec Milosz. Trop souvent, ce qu’on appelle la droite peine à prendre au sérieux les innovations idéologiques du progressisme, en y voyant tout autant d’excentricités intellectuelles appelées à passer.

Mais la folie ne passe pas, et se diffuse. À force de ne résister à rien, la droite intériorise les exigences de la gauche, et se justifie au nom de la modernité et du pragmatisme. On peut le prédire, demain, la droite médiatiquement convenable adoptera l’écriture inclusive. Parce qu’elle refuse de prendre au sérieux la guerre idéologique menée par le régime diversitaire, elle en vient toujours à s’y soumettre, avant d’accuser ceux qui s’obstinent à lui tenir tête de déraper vers l’extrême droite.

Il faut inscrire cette réforme montréalaise dans une perspective globale. De plus en plus, les métropoles mondialisées cherchent à s’affranchir de leur pays. On l’a vu au moment du Brexit, quand plusieurs Londoniens en appelèrent à la sécession de leur ville du Royaume-Uni. Il s’agissait de s’arracher d’un cadre national jugé réactionnaire et trop blanc.

La métropole devient le laboratoire d’une civilisation nouvelle, multiculturelle, postnationale et post-genrée, où toutes les appartenances naturelles et historiques pourront se dissoudre, pour qu’advienne une société plurielle, où dans les faits,se multiplieront les ghettos identitaires.

Le progressisme trouve dans le fantasme de la cité-État affranchie de la pesanteur historique de l’État-nation un espace où projet une nouvelle utopie, où le régime diversitaire se déploiera sans entraves. À Montréal, il pousse même à inventer un nouveau langage.

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