MEMORABILIA

«Pourquoi le «privilège blanc» est une théorie délétère» Eugénie Bastié.

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ANALYSE – Si les Blancs ne sont pas discriminés, c’est que les Noirs le sont. Pour que ces derniers ne le soient plus, il faut que les premiers le deviennent. La guerre des races est un jeu à somme nulle.

Le Figaro
3 juin 2020

Les images, atroces, du meurtre de George Floyd par un policier américain ont remis au premier plan la fracture identitaire, un temps mis sous le boisseau par le baiser Lamourette du coronavirus.

Sous nos yeux s’accomplit la traduction violente d’un terrible retournement idéologique: le retour de la «race» dans le débat public. Aux États-Unis, on voit des Blancs s’agenouiller devant les Noirs pour leur demander pardon pour des siècles de racisme infligés par leur communauté.

Sur les réseaux sociaux, de jeunes progressistes affichent des manuels de prise de conscience de leur «privilège blanc», dans l’espérance que cette flagellation publique fasse diminuer la violence collective.

 

L’idée de «privilège» va beaucoup plus loin que la simple dénonciation des discriminations que subissent les personnes issues de minorités.

Elle affirme que le fait d’être Blanc est en soi, partout tout le temps, un «avantage», peu importe sa condition matérielle, la loi sous laquelle on vit et ses difficultés personnelles.

Plus: elle sous-entend que le fait de ne pas être discriminé n’est pas une situation normale, à laquelle nous devrions tous aspirer, mais une construction sociale à l’avantage des Blancs.

Dans notre imaginaire, le mot privilège renvoie à l’Ancien Régime et à la distinction des ordres. Il fait écho au discours de Sieyès: «Si l’on ôtait l’ordre privilégié, la nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus.»

Si les Blancs ne sont pas discriminés, c’est que les Noirs le sont. Pour que ces derniers ne le soient plus, il faut que les premiers le deviennent. La guerre des races est un jeu à somme nulle.

Elle instaure la concurrence victimaire au cœur même de la misère, puisqu’un pauvre blanc sera selon ce paradigme un «privilégié» par rapport à son frère de couleur.

En France, ces théories imprègnent de plus en plus la vulgate militante. Elles rompent avec l’antiracisme universaliste

E

n France, ces théories imprègnent de plus en plus la vulgate militante. Elles rompent avec l’antiracisme universaliste. D’abord, en postulant une séparation entre alliés et «dominés»: les «alliés» peuvent défendre les «dominés» mais ne sauraient s’exprimer à leur place et doivent abdiquer tout esprit critique.

La race est toujours niée comme réalité biologique mais réintroduite comme construction sociale. L’essentialisme (tous les Noirs sont…) était un fléau, il est devenu un devoir (tous les Blancs sont…).

La fin justifie les moyens puisque, comme l’écrivait Sartre «ce racisme antiraciste est le seul chemin qui puisse mener à l’abolition des différences de race»(dans sa préface à L’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, de Léopold Sédar Senghor).

Effrayant retournement: dans le vieux logiciel antiraciste, dire que les Blancs étaient supérieurs était raciste ; dans le nouveau, c’est le nier qui l’est.

 

Le racisme n’est plus une faute morale à combattre par l’éducation (la lutte moderne des Lumières contre le préjugé), mais un système de domination auquel il est impossible d’échapper malgré toute sa bonne volonté. Diffus, structurel, institutionnel, ce racisme doit être méthodiquement déconstruit.

La blanchité est une construction sociale au service des dominants, dont ceux-ci n’ont pas conscience. Il faut leur faire accoucher au forceps la honte d’être Blancs. Ces théories ont pour particularité d’être présentées par leurs défenseurs comme étant «scientifiques» car issues du canon des sciences sociales.

Quiconque les conteste se met à la merci du double procès de l’intérêt et de l’incompétence. Si vous niez être un privilégié, c’est que vous n’avez pas assez lu d’ouvrages de Critical Race Theory, ou que vous tirez bénéfice de ce déni. Nous sommes là dans le cadre de ce que le philosophe Karl Popper appelait «l’infalsifiabilité d’une théorie».

Une théorie infalsifiable, c’est-à-dire non-scientifique, est une théorie qui résiste à la démonstration du contraire, et inclut cette réfutation comme faisant partie de la théorie. Exemple: si vous critiquez le marxisme, c’est que vous êtes un bourgeois. Si vous critiquez la psychanalyse, c’est que vous êtes névrosé. Si vous critiquez le privilège blanc, c’est que vous tirez une rente de celui-ci.

Si ce sont les Français qui ont inventé «La déconstruction» (rebaptisée «French Theory» sur les campus américains), celle-ci nous revient désormais dans la figure sous la forme d’une guerre raciale importée. Car, comment comparer un pays qui, il y a une cinquantaine d’années, interdisait les mariages mixtes (l’arrêt Loving date de 1967), séparait les communautés et affiche un taux stupéfiant d’homicides policiers avec notre nation, qui a sa propre histoire et ses propres fractures?

 

À ceux qui fustigent le «retard» qu’aurait notre pays dans la prise en compte du «racisme systémique», il faut montrer les images de l’Amérique à feu et à sang: est-ce vraiment de ce modèle que nous voulons?

 

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